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Sylvie Desrosiers: À l’abordage !

Sylvie Desrosiers: À l’abordage !

Par Pierre Blais, publié le 22/10/2005
Vendus à plus de 400 000 exemplaires, les 16 romans de la série «Notdog» de Sylvie Desrosiers constituent des classiques de la littérature jeunesse au Québec, et ce, depuis le lancement du tout premier, La Patte dans le sac, en 1987. On parle même ici de la série qui serait la plus populaire chez les 9-12 ans. Le 17e tome des aventures du chien Notdog, intitulé L’Héritage de la pirate, est un incontournable de la rentrée automnale à La courte échelle, maison d’édition qui n’a plus besoin de présentation auprès des enfants du primaire et du secondaire.
Cette fois-ci, Notdog se retrouve bien malgré lui au cœur d’une histoire de piraterie et de trésor caché, imbroglio qui semble amuser autant le lecteur que l’auteure, jointe au téléphone plus tôt cet été : «L’histoire de pirate n’est effectivement qu’un prétexte pour lancer l’enquête des trois enfants et de Notdog, explique Sylvie Desrosiers. En fait, Notdog et ses amis devront faire la lumière sur le mystère entourant une carte au trésor recherchée par bien des personnages, pas toujours sympathiques. Cette carte nous transportera au temps des flibustiers. Certains sont fictifs, mais d’autres, comme Anne Bonny et Rackham le Rouge, sont historiquement vrais. Mais surtout, ils impressionnent les enfants.» Encore plus depuis le succès obtenu par Pirates des Caraïbes, avec Johnny Depp.

L’auteure et ex-collaboratrice du magazine Croc aime truffer ses romans de clins d’œil. Dans L’Héritage de la pirate, ceux-ci s’adressent aux lecteurs de Tintin avec Rackham le Rouge, ou bien aux nostalgiques des séries jeunesse des années 70 avec Le Pirate maboule : «Et mes blagues, dira t-elle, je ne me dis pas que ça fera rire les enfants. Il faut avant tout que ça me fasse rire. Je fais cependant attention au jeune lecteur qui n’a pas ces références, mais qui s’amusera de la situation. Mais c’est sûr que le métier est là, après toutes ces années au sein de La courte échelle. Je sais maintenant très bien comment provoquer un revirement de situation. La difficulté, après 17 romans “Notdog”, c’est de se renouveler ; il faut trouver une nouvelle astuce et la façon de dire les choses.»

Et pour le renouvellement, soulignons que de nouveaux personnages font leur apparition dans L’Héritage de la pirate, mais les habitués reconnaîtront autour de Notdog les trois enfants-vedettes, John, Agnès et Jocelyne : «Les relations entre mes personnages restent les mêmes depuis 17 ans. Ils ne vieillissent pas, il arrive bien des choses dans mes romans, mais rien n’évolue entre eux.» On constate rapidement que Sylvie Desrosiers demeure toujours aussi fière de son chien orange, devenu mythique pour le jeune public qui la suit depuis longtemps et pas seulement au Québec. En effet, plusieurs des ouvrages racontant les aventures de Notdog sont traduits en Chine, en Grèce et en Espagne, en plus d’être distribués dans l’Europe francophone depuis nombre d’années.


Mais comment explique-t-elle le succès de la série ?

«Je voulais créer, dans chaque livre, un univers où cohabitent des personnages à la limite de la réalité et du fantastique, avec de l’aventure et du mystère. Et puis j’adore travailler pour La courte échelle, car il y a là un souci d’excellence et de collaboration qui fait aussi partie de la formule gagnante», souligne la romancière. En parlant de collaboration, il faut souligner que Desrosiers travaille depuis ses débuts avec l’illustrateur Daniel Sylvestre, qu’elle considère comme le «meilleur» : «J’accorde à peu de gens la compétence de remettre en question ce que je fais. Ça a l’air prétentieux dit comme ça, mais les critiques sont dures à prendre. Je fais donc entièrement confiance à mon éditrice et à mon illustrateur. Et j’ai été très chanceuse : je n’ai jamais eu de mauvaises critiques, et mes livres se vendent bien. En fait, j’aimerais pouvoir ne faire que ça, écrire, mais j’ai aussi peur de perdre mon inspiration. Après une aventure de Notdog, j’ai besoin d’écrire autre chose, et il y a aussi le défi de bien mettre en marché mes romans destinés aux adultes, alors qu’on m’associe beaucoup aux romans jeunesse.»


Une banquette pour deux

Le retour de Sylvie Desrosiers vers la littérature dite pour adultes (après le recueil Bonne nuit, bon rêves, pas de puces, pas de punaises, Triptyque) se fait en 2003 avec la parution du Jeu de l’oie. Petite histoire vraie d’une cancer, récit autobiographique relatant son combat contre le cancer du sein. Puis, en 2004, c’est Voyage à Lointainville, roman (illustré par Bretécher) sur la solitude et les rapports hommes-femmes. Le prétexte? Une femme et un homme discutent. Elle, est auteure et se dirige en voiture au Salon du livre de Lointainville ; lui, est noyé et assis, dégoulinant, sur la banquette arrière. Pour la suite, qui paraît fin octobre, Sylvie Desrosiers s’est amusée à réécrire l’histoire de façon identique, mais en permutant le rôle de ses personnages. La conversation oppose maintenant une noyée à un écrivain qui se rend à l’incontournable Salon du livre de Lointainville : «Je me suis amusée comme une folle à changer les répliques et j’ai été étonnée du résultat, qui pourrait m’amener vers un troisième tome.»

Et en dehors de la plume, les projets connexes sont nombreux. La série télé sur son personnage de Thomas (dont le sixième tome sera lancé en 2006) a failli se faire pour Télé-Québec. La série «Notdog», elle, fait aussi l’objet d’un projet, plus sérieux, cette fois par le biais de l’animation. On cherche du financement et la série, si elle voit le jour, pourrait être traduite en anglais lors de sa création, afin d’élargir le public cible.

Sylvie Desrosiers a un automne chargé : ses deux nouveaux romans sont lancés à quelques semaines d’intervalle. De plus, le tournage du film Duo de Richard Ciupka, dont elle signe le scénario, se met en branle, avec François Massicotte et Anick Lemay dans les rôles principaux. Plusieurs des scènes du film seront tournées dans Charlevoix. L’auteure avait auparavant cosigné (avec Sylvie Pilon) le scénario de Nez rouge (avec Patrick Huard et Michèle-Barbara Pelletier), qui fut un succès en salles, lui donnant le goût de poursuivre son aventure dans le septième art. Femme de plusieurs fronts, Sylvie Desrosiers semble crier « À l’abordage ! » chaque fois qu’elle se met à écrire ses trésors d’histoires, qui se retrouvent dans des livres que bien des enfants emporteraient avec eux sur une île déserte!


Bibliographie :
L’Héritage de la pirate, La courte échelle, illustrations de Daniel Sylvestre, 96 p., 9,95 $ Retour à Lointainville, La courte échelle, 208 p., 22,95 $ Voyage à Lointainville, La courte échelle, 198 p., 22,95 $ Le Jeu de l’oie. Petite Histoire vraie d’un cancer, La courte échelle, 192 p., 21,95 $
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