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Pierre-Alexandre Bonin à l'assaut des légendes québécoises

Pierre-Alexandre Bonin à l'assaut des légendes québécoises

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 18/10/2017

Pierre-Alexandre Bonin est auteur pour la jeunesse, libraire pour la jeunesse à la librairie Monet de Montréal et juré pour le Prix jeunesse des libraires du Québec. Celui dont les livres pour le jeune public peuplent le quotidien fait paraître cette semaine La colère de la Dame blanche, le premier volet d’une série fantastique nommée « Chasseurs de légendes », aux éditions Bayard. Petite incursion dans l’univers de ce passionné.

Votre roman est le premier tome d’une trilogie fantastique. Qu’est-ce qui vous attire, en tant qu’auteur, mais également en tant que libraire, dans le genre fantastique?
Il me semble que, en tant que lecteur, j’ai toujours été attiré par le fantastique. J’aime les possibilités que le genre offre, en termes narratifs. Je suis fasciné par cette irruption du surnaturel dans la réalité, cette rupture de ce qu’on tient pourtant pour acquis. Et dès que j’ai commencé à écrire mes premiers textes, à l’adolescence, c’est là que je me suis dirigé. Disons qu’avec ma trilogie, je poursuis simplement sur ma lancée!

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire notamment sur une légende québécoise, en l’occurrence la Dame blanche?
En fait, le titre du tome 1 est un peu trompeur! Oui, la Dame blanche joue un rôle central dans l’intrigue. Mais il y a une multiplication des manifestations fantastiques partout à travers le Québec, et Sophie, mon héroïne, va essayer de comprendre pourquoi. Sinon, pour répondre plus près de la question, c’est en grande partie grâce à (ou plutôt, à cause de! *rires*) Thomas, mon éditeur. C’est lui qui m’a approché avec l’idée d’une version québécoise de L’Épouvanteur, où on mettrait de l’avant le bestiaire fantastique du Québec. Son idée m’a tout de suite plu, et je me suis ensuite amusé à voir jusqu’où je pouvais la pousser.

Qu’est-ce qui distingue votre héroïne des autres héroïnes de la littérature jeunesse contemporaine, selon vous?
J’aimerais dire que Sophie est unique en littérature jeunesse, mais ce serait mentir. En fait, je pense qu’elle s’inscrit dans la continuité de certaines héroïnes fortes et marquantes, que ce soit Hermione Granger ou, plus près de nous, Laurianne, dans la série « Gamer », de Pierre-Yves Villeneuve. Ce qui la distingue, à mon sens, vient du fait qu’elle est métis. La famille de sa mère est Abénakise, et celle de son père est blanche. Donc, tout au long de la trilogie, Sophie va s’interroger sur ce double héritage pour ensuite essayer de réconcilier les deux, à travers le folklore et les légendes.

Quand on est libraire, on développe un sens critique assez fort, à force de côtoyer autant d’ouvrages, chaque jour. Est-ce que cela vous a été utile lors de l’écriture de votre roman?
Oh, absolument! Et j’ai appris autant des excellents romans que des moins bons! Je note ce qui me plaît dans l’écriture d’un auteur, dans sa manière de présenter ses personnages, mais je garde aussi en mémoire ce qui m’agace et que je trouve moins bien réussi. Je pense donc avoir réussi à éviter plusieurs pièges propres à l’auteur qui débute, ou au roman fantastique en général. Mais bon, je laisse le jugement final à mes lecteurs! (*rires*)

Quels auteurs sont vos modèles, vos mentors?
Il y en a tellement, je ne sais pas lesquels choisir! J’ai l’air de faire des blagues, mais je suis sérieux. Je suis un lecteur boulimique, et il y a beaucoup d’auteurs qui m’ont influencé à différentes époques de ma vie. Mais si on parle de mon écriture, je vais mentionner Stephen King et Jim Butcher, du côté américain, même si ce sont deux écrivains qui ne font que du roman pour adultes. King m’a appris à me préoccuper de l’intrigue avant le style et Butcher me fascine par sa capacité à jongler avec plusieurs problèmes en même temps. Au Québec, il y a Émilie Rivard, pour son humour tellement efficace, Patrick Isabelle, pour la qualité de l’écriture, Annie Bacon, pour les mondes qu’elle crée et Pierre-Yves Villeneuve, qui m’a montré qu’une héroïne n’a pas besoin de se battre contre des monstres pour être forte.

Quelle est la plus grande force de la littérature québécoise jeunesse, selon vous?
L’absence de tabous. J’ai l’impression qu’on peut parler de tout ici, même si c’est de la littérature jeunesse. Je pense entre autres à Patrick Isabelle et son triptyque sur l’intimidation, à Sarah Lalonde et l’exploration de la sexualité à l’adolescence avec Le sexy défi de Lou Lafleur et d’autres collections comme « Tabou », chez De Mortagne ou encore « C ma vie », chez Guy Saint-Jean. Quand on pense qu’il y a des albums en France qui créent un tollé parce qu’on y voit des adultes nus, et que les États-Unis sont les champions de la censure lorsqu’il s’agit de romans jeunesse, je nous trouve très ouverts d’esprit.


Vous avez des enfants, travaillez à la librairie Monet : où trouvez-vous le temps d’écrire!?
Le soir, quand tout le monde dort! Heureusement qu’ils sont encore jeunes et qu’ils se couchent relativement tôt! (*rires*) Sinon, j’ai la chance d’être capable d’écrire rapidement, et d’avoir une bonne discipline d’écriture. Avant de tomber dans la fiction, j’ai écrit beaucoup d’articles pour des revues de littérature et mon mémoire de maîtrise ainsi que ma thèse de doctorat ont grandement contribué à m’obliger à écrire régulièrement, et rapidement. Mais j’ai toujours eu cette faculté de mettre mes idées en ordre rapidement et efficacement, et je profite effrontément de cet avantage!

Quelle est votre routine?
Je n’ai pas de routine à proprement parler, puisque je dois m’adapter à la vie familiale. Disons que j’écris dès que j’ai le temps pour le faire et que j’essaie de maximiser ces périodes! Sinon, je suis incapable d’écrire en silence. J’ai donc toujours de la musique qui joue dans mon bureau (en anglais ou instrumentale, question de ne pas être distrait par les paroles). Et j’ai systématiquement trois ou quatre fenêtres de traitement de texte ouvertes en même temps. Il y a mon manuscrit, mon plan, des notes générales, de l’information sur certains aspects plus pointus, etc.

Pourquoi écrire pour les jeunes?
Parce que j’ai l’impression qu’avec eux, tout est possible. Ils n’ont pas encore perdu leur faculté de s’émerveiller, ils sont encore faciles à émouvoir, à toucher. Attention, ça ne veut pas dire qu’on peut leur passer n’importe quoi! Je pense que c’est ce mélange d’exigence et d’ouverture qui me plaît autant. C’est peut-être aussi parce que je lis énormément de romans pour enfants et pour ados que ça vient plus me chercher? Évidemment, il y a le fait que je sois papa, mais disons que mes enfants sont encore un peu jeunes pour les « Chasseurs de légendes »! D’un point de vue plus égoïste, j’espère peut-être faire partie de ces auteurs qui marquent leurs lecteurs pendant une période charnière de leur vie. Et j’ai toujours aimé raconter des histoires, donc le fait d’écrire pour les ados me permet de le faire à un autre niveau.

 

 


Une jeune héroïne met la main sur un journal, signé par son grand-père, qui lui révèle l’existence d’une mystérieuse confrérie secrète qui protège les humains des diverses bestioles fantastiques (qu’on croyait issues de légendes…). Mais tout cela peut-il être bien réel? Aux côtés de cette pétillante et courageuse protagoniste, le lecteur se retrouve plongé dans le bestiaire fantastique qui peuple les légendes québécoises.

 

 

 

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