Entrevues

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 81
Julie Champagne : Amour, rires et boulettes

Julie Champagne : Amour, rires et boulettes

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 23/01/2014

Un personnage à la Bridget Jones, en plus téméraire, des histoires rocambolesques où se croisent costume de bergère cannibale, espionnage du haut des arbres et ados prêtes à tout pour conquérir leur Jules (même s’il porte des bas blancs ou qu’il chante devant son miroir) : voilà tout ce qu’il faut pour accrocher les lecteurs à la série « L’escouade Fiasco ». Avec sa plume alerte et irrévérencieuse, l’auteure Julie Champagne ose… et convainc facilement entre deux douzaines de rires!

Comment passe-t-on de diplômée en marketing à auteure pour la jeunesse?
J’ai toujours inventé des histoires. Mes boîtes à souvenirs ne renferment pas d’ours en peluche ou de poupées Bout’Chou. Elles contiennent des tonnes de manuscrits jaunis, écrits avec le vieux dactylo de ma mère et malheureusement illustrés avec mes propres dessins. Pour assouvir mes pulsions, je suis devenue journaliste pigiste. Quand je me suis sentie assez solide dans mon écriture, je suis sortie du garde-robe littéraire. J’ai soumis un premier manuscrit, un album pour les tout-petits, qui a été publié chez Bayard Canada en 2009. Après la naissance de mon fils, en 2010, j’ai officiellement quitté le monde de la pub pour vivre de ma plume. Je jongle maintenant entre le journalisme, la littérature jeunesse et la gestion des microbes familiaux!

Émilie, votre personnage principal, est gaffeuse, impulsive, intelligente : on dirait la petite sœur tout craché de Bridget Jones!
En tant que fan inconditionnelle de Bridget Jones, je suis flattée de la comparaison. Je crois que Bridget Jones aurait pu être une excellente recrue pour l’escouade Fiasco. Elle est spontanée, attachante, loyale et terriblement imparfaite. C’est ce que je voulais pour Émilie. Je ne voulais pas une héroïne lisse et populaire. Comme auteure, je carbure aux personnages qui sont un peu en marge. Bridget et Émilie utilisent toutes deux l’humour pour désamorcer les tensions du quotidien. Elles ont un bon sens de l’autodérision quand le malheur frappe, et elles entretiennent des amitiés quasi fusionnelles. Je crois que la grande différence se situe au niveau de leur rapport à l’amour. Si le coup de foudre est accidentel pour Émilie, Bridget Jones cherchait désespérément l’homme de sa vie. Et ne me parlez surtout pas de la mort de Mark Darcy! Je suis toujours dans le déni!

Votre roman rappelle la série de Louise Rennison « Le journal intime de Georgia Nicolson ». Connaissez-vous cette série?
C’est une de mes séries coup de cœur! J’ai lu les premiers tomes, il y a plusieurs années. J’avais craqué pour l’humour décapant et surtout l’irrévérence de Georgia Nicolson. Évidemment, Émilie est beaucoup moins insolente, mais je crois que les deux séries partagent une même folie, une même intensité. Cependant, je ne voulais pas que mon personnage raconte ses états d’âme dans un journal intime ou un blogue. Plusieurs auteurs l’ont fait – et très bien – avant moi. Je voulais deux guerrières qui vont sur le terrain, qui sont dans l’action, et non pas dans l’introspection. Comme lectrice et spectatrice, je préfère de loin les situations rocambolesques au romantisme, que ce soit avec Modern Family, La Galère, Tout sur moi, Mauvais karma, les romans de Susin Nielsen, la série « Spellman » de Lisa Lutz ou encore la série « Plum » de Janet Evanovich. J’avais envie de retrouver cette même démesure dans une série québécoise pour les jeunes filles.

La qualité de votre plume est remarquable : le vocabulaire est riche, les phrases coulent aisément et prennent souvent une tournure inattendue qui surprend et garde le lecteur en alerte. Pour vous, la forme de votre récit est-elle aussi importante que le fond de l’histoire?
Tout à fait. Le vocabulaire coloré et le rythme soutenu illustrent en quelque sorte le cerveau bouillonnant d’Émilie. Mais plus encore, je voulais oser un style d’écriture un peu différent. Depuis quelques années, les jeunes filles sont un public extrêmement convoité en littérature jeunesse. Mon ambition, comme auteure, c’est de les sortir de leur zone de confort littéraire pour les amener un peu plus loin. Rien de trop drastique. Il faut faire confiance aux jeunes lecteurs. C’est une génération allumée qui adore repousser ses limites. Je pense que c’est en sortant un peu de la recette préétablie qu’on leur donnera le goût de fouiller, d’aller chercher des trésors dans le fond des librairies, de découvrir des romans et des auteurs que personne ne connaît. C’est en osant sortir du moule qu’on leur insufflera tranquillement cette curiosité littéraire, qu’on leur donnera envie non seulement d’explorer les perles de la littérature jeunesse, mais aussi de la littérature tout court, une fois qu’ils seront devenus des adultes.

C’est dans un marathon qu’Émilie se voit engagée, un peu malgré elle, dans le premier tome de la série. Pourquoi avoir choisi la course? Est-ce une activité que vous adorez ou, au contraire, un exercice que vous détestez?
Je suis nullissime en sport. Même mon fils de 3 ans refuse de jouer au ballon avec moi! Durant mes cours d’éducation physique, j’avais de meilleures notes de participation quand je me trouvais sur le banc des joueurs et non pas sur le terrain! Encore aujourd’hui, j’entretiens une relation amour-haine avec le sport en général et la course en particulier. J’essaie de me tenir en forme en joggant quelques fois par semaine. Je suis toujours aussi rouge et haletante à la fin de ma course, mais je commence à apprécier l’exercice. Pour me divertir quand je cours, j’ai toujours ce passage du tome 1 en tête : « J’en ai ma claque de cette histoire de respiration secondaire. C’est un mythe, une légende urbaine. Si ça se trouve, mon deuxième souffle est en train de prendre le thé avec le monstre du Loch Ness et le Bonhomme Sept Heures.

Qui sont Arianne et Marjolaine que vous remerciez en fin d’ouvrage?
Ce sont mes cousines, deux merveilleuses jeunes filles de 14 et 16 ans. Quand je suis en période d’écriture, je les bombarde de questions tous les jours. Sans exception. Comme j’ai un style littéraire assez imagé, je veux m’assurer que les références utilisées sont pertinentes. Beaucoup de choses ont changé depuis mon secondaire. Je leur demande ce qu’elles écoutent comme musique, ce qu’elles apprennent en classe... Elles sont un peu mes espionnes sur le terrain. Elles sont si patientes avec leur cousine déconnectée!

Comment se fait-il qu’en tant qu’adulte, une histoire d’adolescente transie d’amour et prête à tout (notamment à vaincre le ridicule) pour son Jules germe dans votre cerveau?
(rires) Je me sens comme une adolescente de 14 ans la plupart du temps! Je crois que je me retrouve dans leur spontanéité, leur maladresse, leur candeur rafraichissante, leur sensibilité à fleur de peau… Quand un vendeur porte-à-porte sonne chez moi, on me demande souvent si mes parents sont à la maison!

Vous avez déjà rencontré plusieurs de vos lecteurs dans le (ou les) salon(s) du livre. Que vous confient-ils par rapport à votre série?
Les lecteurs se reconnaissent dans cette amitié inconditionnelle qui unit Émilie et Marisol, des complices pour le meilleur et pour le pire qui se mettent souvent les pieds dans les plats. On me parle beaucoup de l’humour mordant, des mises en situation pas possibles, des blocages d’Émilie quand elle se trouve en présence de son demi-dieu… J’ai même eu la chance de recevoir des témoignages d’adultes qui disaient se reconnaître dans les frasques des personnages, qui revivaient avec L’escouade Fiasco leurs propres humiliations de jeunesse. Pour moi, ce genre de confidences est encore mieux que des mois de thérapie: je ne suis donc pas seule!

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