Entrevues

Littérature jeunesse

Les libraires - Numéro 96
François Bérubé : S’inspirer des jeunes

François Bérubé : S’inspirer des jeunes

Par Marie Fradette, publié le 30/08/2016

Premier roman de ce père de famille rimouskois, le tome 1 de la série « Planète soccer », La compétition nous plonge au cœur du quotidien de Raphaël Rousseau, 12 ans, passionné de soccer, tout prêt à faire son entrée au secondaire. Toutefois, un déménagement imprévu ainsi que la découverte d’une nouvelle école et de certains élèves frondeurs viennent le contrarier. Le héros devra néanmoins et inévitablement affronter sa nouvelle vie. Son auteur, François Bérubé, nous raconte les prémices et l’élan qui l’ont amené à signer ce premier titre d’une série sportive à saveur familiale.

Bien que le soccer soit omniprésent dans ce premier opus, la famille est au cœur du récit. Et, ce n’est pas un hasard. « À la base, je voulais écrire une saga familiale autour des personnages. Un premier tome sur Raphaël, un autre sur la grande sœur, un sur les parents […]. C’est important de montrer que ça ne va pas toujours mal dans nos familles. Elles ont leurs hauts et leurs bas. Les parents de Raph sont parfois maladroits, mais ils sont ensemble et ils se tiennent. » Lui-même fils de parents mariés depuis quarante-deux ans, François prêche par l’exemple et souligne ses dix ans de vie commune. « Les statistiques sont souvent contre la famille. Moi, on m’a appris que oui, des fois, c’est pas facile, mais je pense qu’il y a moyen que ça fonctionne au Québec en 2016. Il faut y croire. » Le modèle Rousseau permet de voir la dynamique d’une famille au quotidien avec ce que ça implique de discorde, mais aussi de fraternité, d’amour filial.

Si la famille est partie prenante de ses valeurs, son coin de pays l’est tout autant. Né à Rimouski, François Bérubé part quelques années dans l’Ouest canadien et revient dans le Bas-Saint-Laurent pour étudier et y faire sa vie en tant qu’enseignant. Fier de sa région, il espère la faire connaître aux jeunes de partout au Québec. « Quand j’ai commencé à écrire l’histoire, j’enseignais au Bic et je voulais une histoire qui accrocherait les jeunes de ma classe. Je me suis tout de même demandé si le décor allait rejoindre un plus large lectorat. Le fait de camper l’histoire dans le Bas-Saint-Laurent, ça amène des intrigues différentes, des perspectives différentes. Il ne faut pas toujours tout ramener à Montréal ou Québec. C’est mon coin, c’est ma place, et je suis content d’avoir gardé ça là. » L’auteur s’amuse ferme à présenter des lieux précis, notamment l’école Mont-Saint-Louis, où il a enseigné pendant trois ans en 4e, 5e et 6e année, le Complexe sportif Guillaume-Leblanc, ainsi que le restaurent Chez Saint-Pierre, véritable institution réputée et reconnue bien au-delà de la région.

Écrire avec son lecteur
L’envie d’écrire cette histoire lui est d’ailleurs venue grâce aux jeunes de son coin, plus précisément aux élèves de sa classe âgés de 9 et 10 ans auxquels il soumettait un projet d’écriture. « Sur le coup de l’émotion, j’ai dit à mes élèves : “Moi aussi, je vais vous écrire une histoire, à coup d’un chapitre par semaine”.» L’idée était bien sûr de les motiver à entrer dans ce projet. « Ils ont ainsi été les premiers lecteurs du livre et m’ont offert le premier feed-back. Ça me permettait de corriger tout de suite ce qui clochait selon leurs réactions. Et, l’année suivante, parachuté dans une classe de 5e et de 6e année, il proposait une deuxième version du roman à ces jeunes qui étaient pour la plupart les mêmes. « Il y avait là plus de soccer, l’histoire était plus étoffée et Sara, l’amie de Raphaël, est apparue là, dans cette seconde version. » Si l’auteur s’adressait d’abord à ses élèves, il souligne avec fermeté que le roman comporte des situations que tous les jeunes peuvent vivre. « N’importe quel jeune peut se reconnaître dans la famille, l’amitié, l’amour. C’est universel. » L’intimidation, sujet abondamment traité s’il en est un, revient dans ce titre. La sœur du héros se retrouve malencontreusement sur le Web, victime d’une maladresse de sa meilleure amie. « C’est le mauvais côté des réseaux sociaux. Juste d’en parler permet peut-être de régler le problème […]. Le fait, ici, que la grande sœur soit touchée, ça a des répercussions sur toute la famille. Ça met en scène les dommages que ça peut causer. Sans parler de suicide –  je ne voulais pas aller jusque-là –, je voulais surtout évoquer le malaise, le trouble que ça peut causer. »

Faire lire les garçon
Grâce au sujet choisi, au décor et aux thèmes, le roman de François Bérubé répond effectivement à des intérêts et des goûts variés. Toutefois, il raconte avoir d’abord voulu accrocher les garçons de sa classe. Même si la littérature jeunesse actuelle a tendance à répondre davantage aux besoins des lectrices – on n’a qu’à voir la surabondance de livres roses sur les tablettes –, l’auteur est convaincu que les garçons peuvent trouver leur compte dans la production. « Il y a moins de choses qui les accrochent, mais dès qu’ils le sont, c’est fort. C’est ma perception de prof. Ils vont lire, mais ils doivent trouver leur créneau qui est peut-être plus dur à dénicher que les filles. Il faut juste être attentif à ce qu’ils aiment. » Les lecteurs auront assurément du plaisir ici. En effet, le soccer, les nombreuses descriptions entourant les parties, la compétition, ainsi que la présence d’un personnage masculin central posent les bases d’une série de gars.

Mais il ne faut pas croire que les filles sont laissées pour compte. Au contraire, l’auteur croit fermement qu’elles sauront s’y retrouver : « D’abord, il y a beaucoup de jeunes filles qui jouent au soccer, puis la série met en scène différents personnages féminins », des filles qui jouent un rôle-clé dans la vie de Raphaël. Que l’on pense à sa mère, Isabelle, omniprésente dans sa vie, et à Maryan, sa sœur de 15 ans, préoccupée par ses amitiés, par les garçons, mais toujours là pour l’encourager : « Dans son rôle de grande sœur, [elle] se tient un peu à l’écart, mais elle a ce sourire qui démontre bien qu’elle est heureuse pour moi et mon équipe. » Enfin, et surtout, Sarah, la jeune « amireuse » du héros, sa meilleure amie depuis l’enfance, pour qui il se découvre de nouveaux sentiments, différents de ceux attribuables à l’amitié.

François Bérubé explore différentes facettes de l’adolescence et espère ainsi que les jeunes seront au rendez-vous. À suivre…


Photo : © Yvan Couillard

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