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Cécile Gagnon: cinquante ans d’écriture et l’histoire reste encore

Cécile Gagnon: cinquante ans d’écriture et l’histoire reste encore

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 19/07/2011

On a lu, pour soi ou pour un enfant, l’un des cent ouvrages qu’elle a signés. Un prestigieux prix de littérature jeunesse, décerné à un auteur québécois pour un premier ouvrage, porte également son nom. Cécile Gagnon, c’est cinquante ans d’écriture et une contribution énorme à la littérature jeunesse d’ici.

Une chose est sûre: Cécile Gagnon, tout comme ses héroïnes, n’a pas froid aux yeux. La preuve? En 1956, elle quitte la ville de Québec pour des études universitaires à Boston, en art graphique. De retour au Québec, elle peine à trouver des éditeurs de livre jeunesse. Elle se tourne alors vers les éditions du Pélican, où elle publie un livre dont elle a dû écrire le texte, pour pouvoir l’illustrer. Un vif succès, un prix littéraire pour couronner le tout: voilà le début de la prometteuse carrière d’une femme qui revendiquera toute sa vie l’importance d’élever la littérature jeunesse au rang de celle pour adulte. «Au début, il n’y avait que des livres européens dans les librairies et je trouvais cela inacceptable. Je me suis battue pour que les auteurs jeunesse d’ici soient reconnus. Je crois que les jeunes ont besoin de beaux livres, intéressants et bien écrits, pour ouvrir les portes de leur imaginaire», explique celle qui a finalement suivi le chemin qu’elle s’est elle-même inventé, pour parvenir à ses fins.

Avec la parution de Mademoiselle Adèle — l’histoire d’une jeune bonne de Roberval qui quittera sa ville natale pour Québec, en 1907 —, Cécile Gagnon signe une fois de plus une œuvre de qualité, qui, de surcroît, a tout pour plaire aux adolescents. Quantité de recherches ont été nécessaires à l’écriture de ce récit: «Quand on écrit sur une époque différente, il faut la posséder, il faut maîtriser les lieux, les évènements, les mentalités, les tabous, les classes sociales, la vie des familles. On ne peut pas écrire sur quelque chose qu’on ne connaît pas. Je me suis donc énormément documentée: je suis allée sur Internet, à la bibliothèque et je me suis fait aider par des historiens de Québec que j’adore, Jean Provencher et Jean-Marie Lebel, dont les livres m’ont beaucoup servi. Ma motivation avec le personnage d’Adèle fut d’essayer de donner aux jeunes lecteurs le modèle de quelqu’un qui, sans aucune facilité, réussit à se créer une vie de qualité.»

Cécile Gagnon, qui s’intéresse ici, comme dans plusieurs autres de ses livres, à ces petites gens de la société, déplore au passage l’enseignement de l’Histoire dans le milieu scolaire: «Bien sûr, on montre les grands mouvements, les conquêtes, les dirigeants, mais la vie de tous les jours, c’est ça qui a fait notre pays, dans le fond. Et je trouve que le développement de la ville s’est fait à partir de gens comme Adèle. Il y avait des femmes extraordinaires, desquelles on ne parle jamais. Dans notre temps, l’histoire était teintée de religion, avec les gentils curés et les méchants sauvages, mais on avait quand même une idée plus détaillée de la vie quotidienne. Ça manque, de nos jours, de ne pas parler des petites gens. Et moi, ce sont eux qui m’intéressent.»

L’intérêt de madame Gagnon ne se résume pas aux romans. Au contraire, elle fut la pionnière québécoise pour avoir mis sur le marché des anthologies de contes du Québec. Ces histoires tradition-nelles, elle les a ramassées à force de recherches acharnées: «J’ai passé trois ans à lire les archives de folklore d’Ottawa. Les contes trouvés avaient été racontés par des paysans dans toutes les campagnes du Québec. J’ai donc dû en réécrire certains, surtout ceux qui étaient écrits au son! Grâce à ces contes, les gens pourront lire des histoires que, sans doute, leur arrière-grand-mère racontait.»

Une autre belle façon, donc, de faire revivre l’histoire pour les plus jeunes…

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D’autres romans historiques jeunesse...
Ancien professeur d’histoire, Claude Merle redonne vie à Ulysse dans la collection «Héros de légende» de Bayard. Un roman pour lecteurs avides d’aventures et d’humanité puisque, au-delà du mythe, Ulysse partage des valeurs bien humaines. Et pour ceux qui, justement, se passionnent pour les histoires de dieux, il faudra se replonger dans l’univers de Percy Jackson avec la nouvelle série «Héros de l’Olympe»: encore une fois, un heureux mélange entre suspense et dieux grecs, de même qu’entre monde moderne et mythologie, signé Rick Riordan (Albin Michel).

Avec la série «Alexandre», les éditions Michel Quintin lèvent le voile sur la jeunesse d’Alexandre le Grand, tout en fiction et en rebondissements, grâce aux talentueux Alain M. Bergeron et Sampar. Dans Mort au roi!, le plus récent tome, Alexandre doit trouver, grâce aux conseils d’Aristote, un antidote pour sauver le roi de l’empoisonnement.

Outre les récits de chevaliers et de châteaux, les histoires d’amour secret ont la cote lorsqu’il est question du Moyen-Âge. Anne et Godefroy (Soulières éditeur) nous entraîne parmi la pléthore de coutumes et de superstitions médiévales, grâce à un récit romantique teinté d’une écriture fidèle au parler de l’époque. Une belle découverte!

Plus près de chez nous
Avec Pauline Gill, l’histoire d’amour n’est jamais bien loin. Dans Samuel chez les Abénakis (Cornac), elle prend naissance dans une tribu abénakise, en 1700, alors que deux enfants blancs, adoptés, tombent amoureux, et ce, malgré la coutume qui veut qu’ils épousent un membre du clan. Pour en découvrir davantage sur la Nouvelle-France, le libraire suggère Marie Rollet, mère de la Nouvelle-France (Isatis). Du départ de l’Europe à la colonisation, de l’arrivée des Anglais à la froideur de l’hiver, tout est raconté avec concision dans cet ouvrage dont le dossier est tout autant intéressant que le récit.

Avec «Pacific Express» (la courte échelle), Anne Bernard-Lenoir propose quant à elle une série qui retrace l’histoire de la construction du premier chemin de fer transcontinental du Canada, en 1880. Attentat à la bombe, disparition étrange d’un employé chinois… Ce pan de l’histoire n’aura jamais été aussi intéressante!

Et pour les indécis, pourquoi ne pas opter pour des voyages dans le temps, grâce à L’Atlas d’émeraude, livre couvert d’éloges depuis sa sortie aux États-Unis? À vous de voir si «Harry Potter» sera déclassé par ce nouvel ouvrage fantastico-historique!

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