Entrevues

Littérature jeunesse

Les libraires - Numéro 102
Amélie Panneton

Amélie Panneton

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 28/08/2017

Celles qui ont aimé les romans de Sarah-Maude Beauchesne ainsi que ceux d’Alexandra Larochelle seront bien heureuses de découvrir cette nouvelle venue dans l’univers jeunesse. Avec Comme une chaleur de feu de camp, Amélie Panneton, qui a récemment publié le roman pour adultes Petite laine, joint les rangs des écrivaines qui se souviennent de l’intensité amoureuse, de l’ambiguïté des amitiés et des grandes questions qui taraudent les adolescentes.

Qu’est-ce qui différencie votre personnage principal des autres personnages féminins que l’on voit en majorité dans la littérature pour adolescents?
Emmanuelle a 15 ans, une timidité de petite souris et une tendance à virer rouge tomate à la moindre conversation improvisée. Elle se sent surtout à l’aise sous l’eau, durant ses entraînements de natation; une fois sur la terre ferme, elle s’appuie même sur l’expérience de nageuses olympiques pour donner du sens aux situations dans lesquelles elle se retrouve. Heureusement, elle a aussi une bonne dose d’humour et d’autodérision. Dans le roman, on la suit dans une histoire où l’amour est un déclencheur, une belle grande chose qui lui permet de s’épanouir, de mieux être dans le monde. Mais on la voit aussi confrontée à des événements très graves, qui la chamboulent et la forcent à réfléchir à des questions qui vont au-delà de son expérience personnelle.

Plusieurs thématiques autour de la question des abus sexuels sont abordées dans votre roman : l’agression en tant que telle, mais aussi celle de la dénonciation et de son impact sur la victime et sur ceux qui en ont été témoins, sur la famille. Pourquoi avoir choisi d’aborder le tout sans que ce soit « de plein fouet »?
Je pense que la violence sexuelle a des conséquences très vastes. L’agression dont est témoin Emmanuelle crée une onde de choc dans la communauté : tant la victime que l’agresseur ont une famille, des amis, qui réagissent à ce qui est arrivé. Je voulais illustrer qu’une violence comme celle-là ne se vit pas en vase clos. Les mots et le jugement des gens autour ont un impact sur la façon dont la victime vivra les suites de l’agression – et si elle choisira ou non de la dénoncer. C’est ce qui soulève tant de questions chez Emmanuelle : comment est-ce qu’on peut offrir son soutien à quelqu’un qui a vécu une agression sexuelle? Quelle est notre responsabilité face aux victimes? Et comment composer avec les sentiments d’injustice et de colère qui nous brassent le cœur, surtout à l’adolescence?

« C’est une chose que j’aime du country. Le fait que c’est vrai », dit l’un de vos personnages. Oser mettre de l’avant de la musique country alors que ce n’est pas la plus en vogue actuellement auprès des jeunes était-il un choix délibéré? Est-ce une passion que vous avez ou était-ce le moyen de prouver aux gens que s’ouvrir à l’inconnu, ça peut être bien?
J’aime le country – mais pas en passionnée, et encore moins en grande connaisseuse! Quand j’ai commencé à écrire le livre, j’avais surtout envie de tricoter une ambiance folk : un mélange de feux de camp, de pluies d’été, de gestes simples et de grands sentiments. La musique s’est invitée dans l’histoire quand j’ai cherché ce sur quoi Emmanuelle et Thomas pourraient se rejoindre. Je voulais quelque chose d’un peu particulier, qui puisse sembler bizarre aux gens autour, et qui leur permettrait de se créer rapidement une bulle bien à eux. Et il y a des questions assez lourdes qui traversent le roman… Que la musique country se faufile tranquillement dans l’intrigue, ça allège l’atmosphère. On y sent un peu plus de douceur; on y entend le banjo et les beaux trémolos des chansons préférées de Thomas.

 

Photo : © Pascal Lavoie

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