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Aline Apostolska: À mille lieues du conte de fées

Aline Apostolska: À mille lieues du conte de fées

Par Claudia Larochelle, publié le 16/04/2012

Elle n’est pas fleur bleue. Elle ne voile pas son écriture, la dénude plutôt avec une franchise désarmante qui, sans caresser, n’égratigne pas non plus, mais qui ouvre une brèche. Avec Un été d’amour et de cendres, un roman destiné aux jeunes, Aline Apostolska assure qu’écrire pour les ados n’implique certainement pas plus de censure que lorsqu’on s’adresse aux adultes, même s’il est question d’amour et de mort.

Éros et Thanatos. C’est partout dans l’oeuvre littéraire de cette historienne de formation devenue journaliste culturelle, animatrice et chroniqueuse à la radio et à la télévision. Et s’il en était question avec évidence ou en filigrane dans ses précédents titres (Lettres à mes fils qui ne verront jamais la Yougoslavie, L’homme de ma vie, Neretva…), il en est de même dans sa littérature jeunesse, comme ce dernier-né, basé sur des faits vécus à l’été 1997, lors d’un séjour dans le nord de l’Inde, à Dharamsala, au sein de la communauté tibétaine exilée auprès du dalaï-lama.

«C’est beaucoup l’envers du décor, sans tous les flonflons auxquels on se rattache quand on pense au dalaï-lama. On allait dans les camps rencontrer des gens où jamais un touriste n’a foutu les pieds. J’ai fait pas mal le tour du monde, je suis allée dans des pays très pauvres. Jamais de ma vie je n’ai vu autant de violence que là-bas», exprime Aline Apostolska.

Les histoires d’amour finissent mal en général
L’écrivaine aura donc mis un peu plus de dix ans après son propre retour au bercail avant d’écrire l’histoire d’Emma, une Québécoise de 15 ans qui part s’installer avec ses parents dans cette communauté tibétaine. Elle raconte le quotidien d’êtres différents à travers le tumulte de l’Inde, la violence ambiante et témoigne de son amour pour Tenzin, un orphelin à peine plus âgé qu’elle. Il sera son premier, de ceux qui rendent la vie plus légère, l’espace d’une caresse audacieuse, mais qui font aussi vieillir d’un coup sec à la rupture. Surtout quand la tragédie frappe, sournoise et lourde de conséquences.

Avant de coucher sur papier cette histoire qui n’a rien d’un conte de fées, d’autres livres sont nés de l’imaginaire tissé de souvenirs d’enfance de l’auteure, quelque part entre la Macédoine où elle est née, Paris où elle a grandi et Montréal où elle vit actuellement; à la fois mère, communicatrice et femme d’idées.

Chaque fois, les questions de l’exil, de l’ailleurs, de la filiation et du respect de la différence émergent de ses textes teintés d’humanité. Chaque fois, son regard est d’une grande lucidité, même s’il est parfois dur, même si les lecteurs à qui elle s’adresse plus spécifiquement dans Un été d’amour et de cendres ne sont pas majeurs.

«Non, c’est vrai, il n’y a aucune concession de vocabulaire, de réflexions ou de références. Mais sur le plan littéraire, c’est un livre un peu plus didactique que si j’avais écrit un roman pour les adultes. Je prends par exemple plus de temps pour expliquer ou remettre en contexte des notions historiques», assure-t-elle.

À chances inégales
Et, bien sûr, en abordant le délicat sujet du suicide, l’écrivaine était motivée par des convictions profondes et nécessaires, sans jamais entrer dans le pathos. «En Occident, les jeunes ont la chance de décider de ce qu’ils vont devenir, ils peuvent se prendre en main. Et si la vie imposée par leurs parents ne leur convient pas, ils peuvent au moins se donner la chance de créer la leur. Tenzin et ses amis, contrairement à Emma, sont dans des conditions collectives qui ne leur laissent pas beaucoup de choix. Pour accéder à la liberté, le prix est lourd à payer; c’est celui de mourir.»

«Il ne peuvent même pas vivre l’amour avec l’insouciance de leur âge», poursuit Aline Apostolska qui aborde le thème amoureux avec une forte sensibilité, n’ignorant jamais toute la gravité que ces émois du coeur peuvent prendre à l’adolescence.

«Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie tétanisée. Je m’assis à côté de ma mère et face à lui. Il tenait les yeux baissés et souriait tout le temps, pour cacher sa gêne et aussi parce que ça lui évitait de parler. […] Chaque fois, mon coeur s’emballait, résonnant si fort dans ma poitrine que je croyais que tous l’entendaient», exprime pour sa part l’héroïne à la rencontre de Tenzin, qui ne parle pas la même langue qu’elle. Pour tout moyen de communication entre eux: ces élans viscéraux si difficilement camouflables.

«Il y a des liens authentiques et forts entre ces deux personnages, comme dans aucun de mes romans auparavant. La plupart du temps, il y a beaucoup de sexualité et peu de sentiments», précise l’auteure qui ouvre une brèche avec ce livre, défrichant une zone de son imaginaire qui ne perd rien pour attendre.

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