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Jacques B. Gélinas : parlons plutôt de globalisation…

Jacques B. Gélinas : parlons plutôt de globalisation…

Par , publié le 01/03/2001
Coopérant puis sociologue, Jacques B. Gélinas s’est longuement intéressé aux problèmes de l’émancipation du tiers monde. Il a publié un ouvrage fort intéressant pour la compréhension du phénomène de la mondialisation, La globalisation du monde (Écosociété).
Qu’est-ce qui distingue la globalisation de la mondialisation ?

La mondialisation est un phénomène ancien, amorcé il y a plus de 500 ans, alors que la globalisation de l’économie est une création de notre époque. Le mot lui-même, globalization, n’est apparu dans les revues d’affaires américaines qu’en 1983, pour désigner non seulement la dimension planétaire d’une nouvelle forme d’accumulation, mais surtout son caractère englobant, totalisant et transnational, voire supraétatique. Mondialisation et globalisation ont donc un trait commun, soit la planétarisation de l’économie. Mais les deux phénomènes diffèrent substantiellement : ce qui caractérise la globalisation et en fait une réalité inédite, c’est précisément la globalité. Le changement s’est opéré au début des années 1980, lorsque le système capitaliste, porté par les compagnies transnationales (CTN) et la révolution informationnelle, s’est métamorphosé en un mode de gestion globalitaire qui tend à englober dans la sphère marchande – dans le global market – toutes les ressources de la planète et toutes les activités humaines, y compris la culture, l’éducation, la science, l’information, la santé et la vie elle-même (la life industry). On peut définir la globalisation comme la gestion du monde par de puissants intérêts économiques, transnationaux et supraétatiques, aux visées globalisantes. À noter que le mot « globalisation » n’est nullement un anglicisme, comme l’ont faussement prétendu les linguistes, mais un néologisme, aussi bien en anglais qu’en français, inventé pour exprimer une réalité nouvelle.

À qui profite la globalisation ?

La globalisation n’est pas, comme on veut le faire croire, une mégamachine aveugle qui poursuit son avancée inexorable sous l’impulsion des lois naturelles et infaillibles du marché. C’est au contraire un système produit, conduit et financé par des institutions humaines – les compagnies transnationales ou global corporations – et par leur hauts dirigeants, des hommes en chair et en os, parfaitement identifiables. Ce sont les global players. Véritables titans des temps modernes, ils s’attribuent fièrement le titre de global movers and shakers. Regroupés en de puissantes confréries ou lobbies, ils constituent une force redoutable et redoutée. Leur unique but : le profit, c’est-à-dire l’accumulation illimitée de richesses et de pouvoir. Ils s’enrichissent à une vitesse inouïe. Les profits des mille plus grosses CTN ont augmenté de 18% l’an dernier pour s’élever à 708 milliards de dollars américains. Par ailleurs, la fortune combinée des deux cents plus riches milliardaires de la planète a presque triplé depuis 1990, passant de 480 milliards de dollars américains à 1200 milliards. Ce sont eux les vrais maîtres du monde globalisé. C’est à eux et à leurs contremaîtres que profite la globalisation.

Quel est le rôle des gouvernements dans le processus de globalisation ?

Convertis en alliés fidèles des nouveaux maîtres du monde globalisé, nos politiciens sont loin d’être les victimes innocentes de la globalisation. Ils s’en font au contraire les serviteurs empressés, se livrant volontairement eux-mêmes aux forces qu’ils ont le devoir de contrôler. Leur alibi préféré : on n’a pas le choix ! There is no alternative ! Ils omettent de dire qu’ils ont organisé eux-mêmes et continuent d’organiser leur propre capitulation. Traité après traité, loi après loi, les gouvernements éliminent systématiquement les obstacles qui gênent la concentration de la richesse et du pouvoir au profit des CTN et de leurs dirigeants. Ils signent des accords qui les dessaisissent de leur pouvoir de réglementer en matière d’environnement, de droits sociaux et d’alimentation. C’est ce qu’ils s’apprêtent à faire, une fois de plus, au Sommet des Amériques de Québec, en donnant leur aval aux négociations en cours pour la création d’une zone de libre-échange – et surtout de libres-investissements ! – des Amériques. C’est ainsi que par intérêt, par ignorance ou par simple esprit de servitude, nos gouvernants troquent leur rôle de gardiens du bien public pour celui de contremaîtres sur le vaste chantier de la globalisation.


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La globalisation du monde, Jacques B. Gélinas, Écosociété
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