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Jim Stanford: C comme capitalisme

Jim Stanford: C comme capitalisme

Par Benjamin Eskinazi, publié le 10/01/2012
Pour les non-initiés, l’économie a des allures de créature diabolique, de monstre terrifiant constitué de chiffres, de jargon incompréhensible et de graphiques obscurs. Le sujet est trop compliqué, austère, aride. C’est en pensant à tous ceux qui sentent venir la migraine dès qu’on évoque la finance que l’économiste canadien Jim Stanford a écrit son Petit cours d’autodéfense en économie (Lux). Sa devise: «L’économie est trop importante pour être laissée aux économistes.»
En un peu moins de 500 pages, Jim Stanford s’emploie à démystifier l’économie, pour que cette science sociale ne soit plus réservée à une élite en costume trois-pièces, mais soit accessible à tous. L’auteur, très critique envers le capitalisme, lui donne à peine la note de passage: C-.

«Il y a de la provocation là-dedans, explique-t-il. Mais il y a aussi la volonté de ne pas fournir la réponse réflexe de la gauche, qui serait de donner un F au capitalisme. Nous sous-estimons toujours le capitalisme. Je ne crois pas, malgré la crise que nous vivons actuellement, que le capitalisme va s’effondrer.»

Le livre de Stanford paraît alors que le monde est plongé dans sa pire crise financière en quatre-vingts ans: «Et ça va empirer, commente l’économiste. Nous sommes dans une situation similaire à la Crise de 1929. On peut s’attendre à une décennie de récession.»

Dans ce contexte économique lugubre, un mouvement planétaire – les Indignés – demande des comptes aux gouvernements du monde entier pour leur gestion de la crise financière et les profondes inégalités de la société. «Nous sommes les 99% qui ne tolèrent plus l’avidité et la corruption des 1%», clament-ils.

«Le slogan des Indignés est non seulement justifié moralement, il est aussi exact économiquement, explique Stanford. Alors que 1% de la population subvient à ses besoins grâce à sa fortune, les 99% restants doivent travailler pour vivre.» Au Canada, 1% des Canadiens possède le tiers de la richesse financière du pays.

«Je ne sais pas ce qui va émerger de la mobilisation des Indignés, mais ce mouvement a le potentiel de briser la passivité et le sentiment de défaite dont je parle dans le livre. Cette passivité est la plus grande réussite des néolibéraux. Ils ont réussi à convaincre la population que vivre dans l’incertitude et dans la peur (de perdre son emploi, de tomber malade…) était normal, et qu’il ne servait à rien de se battre pour exiger mieux. Il faut que la gauche montre qu’elle est capable de gagner des batailles pour surmonter cette passivité», commente l’auteur.

«On essaie de nous faire croire que la crise financière que nous subissons aujourd’hui était inéluctable, que c’était une catastrophe naturelle, comme une météorite qui s’écraserait sur la Terre, tempête Stanford. C’est un mythe. La crise était non seulement prévisible, elle était aussi évitable.»

Stanford blâme, entre autres choses, la déréglementation financière: «Le travail des banques, c’est de créer du crédit ex nihilo. C’est une chose dont l’économie a besoin. Mais pourquoi assigne-t-on cette tâche à des banques privées dont le but est de faire du profit? Nous devons dissocier le travail élémentaire des banques de la spéculation. C’était un des principes des années 30, mais nous l’avons abandonné dans les années 90.»

Le Petit cours d’autodéfense en économie se termine sur un appel à agir. Mais comment? «Un vieux dicton syndicaliste dit: “Éduquer, mobiliser, organiser”, rappelle Stanford. La première étape est d’apprendre – et de rejeter les conneries de la télé – avant de s’exprimer haut et fort pour défendre ses intérêts.»


Bibliographie :
PETIT COURS D’AUTODÉFENSE EN ÉCONOMIE, Lux, 496 p. | 24,95$
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