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Gilbert Achcar: Dialogue de l’urgence

Gilbert Achcar: Dialogue de l’urgence

Par Mira Cliche, publié le 27/08/2007
Militant, collaborateur au Monde diplomatique et professeur de politique internationale, Gilbert Achcar s’est entretenu avec Noam Chomsky sur les aspects les plus brûlants de la crise qui déchire le Moyen-Orient. La retranscription de ces entretiens dresse un bilan inquiet et nuancé des rapports qui unissent ou séparent l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Afghanistan, le Liban, Israël... et les États-Unis.
Les conflits moyen-orientaux évoluant de jour en jour, les éditions Écosociété n’ont pas lésiné: avec à peine quelques mois de retard sur l’édition originale anglaise, elles publiaient récemment La Poudrière du Moyen-Orient. Washington joue avec le feu. Retranscription des discussions enflammées que Noam Chomsky et Gilbert Achcar ont menées du 4 au 6 janvier 2006, ce livre constitue une introduction fouillée et vivante aux grands enjeux qui déchirent la région.

«Ce type d’ouvrage présente un avantage pédagogique intéressant puisque, un peu comme les dialogues de Platon, il est plus dynamique et se lit plus facilement qu’une rédaction livresque, tout en étant aussi approfondi», commente Gilbert Achcar. Joint à l’Université de Londres où il vient d’obtenir une chaire après avoir enseigné quatre ans à Berlin, le chercheur originaire du Liban explique que ses premiers contacts avec Noam Chomsky ont été de nature épistolaire: «Nous avons commencé à correspondre pendant la guerre du Kosovo. Je lui avais d’abord écrit à ce sujet, mais nous avons ensuite échangé sur bien d’autres questions.»

Quand Gilbert Achcar s’est présenté dans le bureau de Chomsky au MIT en janvier 2006, répondant à l’invitation de l’agent littéraire du célèbre linguiste et activiste, les deux hommes se rencontraient en chair et en os pour la cinquième ou sixième fois seulement. Leur connivence et leur respect mutuel sont toutefois perceptibles dès les premières pages de l’ouvrage. S’ils impressionnent tous deux par leur profonde connaissance de l’ensemble des conflits, ils ont chacun leurs domaines de spécialité: Chomsky parle avec plus d’aisance de l’histoire d’Israël, où il a pensé émigrer dans les années 1950, tandis qu’Achcar connaît plus à fond la situation du Liban et de l’Irak, par exemple.

Les deux interlocuteurs divergent sur plusieurs points, le plus sensible étant les rapports entre Israël et la Palestine, mais leurs allégeances progressistes leur fournissent toujours une base de discussion, sinon les moyens d’un compromis. Ils parlent par ailleurs à l’unisson au sujet de l’avenir du Moyen-Orient en général et du rôle qu’y joue Washington en particulier. «Ça fait un bon quart de siècle que je suis assez pessimiste pour cette partie du monde, rappelle Achcar. Malheureusement, d’année en année, la
situation dépasse mes pires prédictions. Il n’y a jamais eu, rappelle-t-il, d’époque plus noire au Moyen-Orient, notamment en Irak, en Palestine et au Liban. Et l’ensemble de la région est touché par ces trois
foyers d’incendie, qui embrasent le reste du monde en brandissant la menace terroriste... On peut espérer que le prochain changement de garde à Washington relâchera un peu la tension internationale, conclut Achcar, mais c’est un vœu pieux, et ça ne règlera pas tout. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le pire est probablement encore devant nous.»


Bibliographie :
La Poudrière du Moyen-Orient. Washington joue avec le feu, Gilbert Achcar et Noam Chomsky, Écosociété, 376 p., 33$
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