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Francis Desharnais et Pierre Bouchard: Bédéistes galactiques

Francis Desharnais et Pierre Bouchard: Bédéistes galactiques

Par Cynthia Brisson, Les libraires, publié le 08/04/2013

Ils habitent tous deux la Vieille Capitale, mais leur imagination, elle, n’a pas de frontière. Avec le troisième tome de « Motel Galactic », Francis Desharnais et Pierre Bouchard repoussent une fois de plus les limites de l’absurde. Chevauchez votre spatiojet, turluter haut et fort les tounes de la Bolduc… c’est parti pour un nouveau délire futuriste!

2516. Le Motel Galactic est plein à craquer. C’est la finale de la coupe Ron-Fournier et les gens se bousculent pour assister à l’affrontement Canadien-Nordiques. Tout le monde est euphorique, sauf Pierre Bouchard 1.0 qui s’insurge : « C’pas du hockey ça! Ça fait juste se tapocher, les joueurs sont ben que trop gros et trop boostés! ». Décidément, Pierre Bouchard « l’original » en a marre du futur et il aimerait bien retourner à son époque. La chose n’est pas impossible explique Parizoda (une version remaniée, en chemise hawaïenne, de Yoda) : il suffit de faire le tour du soleil, en chantant des chansons de la Bolduc. C’est donc à contrecœur que Pierre Bouchard 2.1.1 quitte son attachant motel pour accompagner son acolyte dans le passé… Jusqu’au Saguenay, point de départ de cette triologie.

 
On s’y Pierre…
Pour ceux et celles qui n’auraient pas lu les précédents « Motel Galactic », il y deux personnages qui s’appellent Pierre Bouchard. Pierre Bouchard 2.1.1 vit dans le futur. Il est le clone de Pierre Bouchard 1.0 qui a vécu à notre époque, mais qui a été miraculeusement préservé dans un bloc de glace et donc toujours vivant en 2516. Finalement, il y a Pierre Bouchard l’auteur, celui qui dessine la BD.
 

« Avec le troisième tome, on boucle la boucle. En le dessinant, j’étais super ému, car le personnage retourne à l’Île-aux-ours et commence à dessiner des histoires », confie Pierre Bouchard le dessinateur, qui a justement raconté les histoires de cette petite pointe de terre, où il a passé une partie de son adolescence, dans L’Île-aux-ours publiée en 2007 chez Mécanique générale. La fin est donc un sympathique clin d’œil autobiographique.

Or, est-ce que cela signifie que « Motel Galactic » s’arrête avec ce troisième tome? « Oui, pour l’instant… La fin reste ouverte. Mais s’il revient, il n’y aura pas le Pierre Bouchard 1.0 », explique le scénariste, Francis Desharnais. « C’est la fin d’un cycle », confirme le dessinateur. Pourtant, la matière ne manque pas pour d’autres aventures (« C’est tellement vaste. On peut faire n’importe quoi. Pierre Bouchard 2.1.1 peut faire d’autres voyages, aller sur d’autres planètes… Il peut rencontrer encore plein de monde », confirme Desharnais) et l’imagination des deux bédéistes semble intarissable... Comment diable font-ils pour trouver toutes ces idées à cent lieues des conventions?

« Pour le troisième, on a fait le brainstorming à trois, avec Luc Bossé [l’éditeur]. Je me rappelle, on revenait de Montréal, et j’ai dit  “j’ai envie de faire quelque chose autour du voyage dans le temps” et c’est là qu’on a mis un peu les bases du livre, avec l’idée justement de faire la boucle avec l’Île-aux-ours. C’est là aussi qu’on a dit qu’il fallait plus de hockey, parce que dans les deux premiers il n’y avait pas de hockey et que Luc est un gros fan », sourit le scénariste. « Le deuxième, on avait eu l’idée dans un festival », se rappelle Pierre Bouchard. « Je voulais qu’il soit un peu plus épique, un peu plus “starwarsien”, à plus grand déploiement, avec des batailles, enchaîne Francis Desharnais. Le troisième revient peut-être un peu plus proche des deux personnages principaux. »

Dans la galaxie de l’absurde, le plaisir est à l’honneur

La ligne directrice demeure cependant la même que dans les deux volets précédents : avoir du plaisir! Plaisir de lecture bien sûr, mais également plaisir de création pour les deux auteurs. « J’écris le scénario et Pierre rajoute des blagues, des choses que je n’avais pas scénarisées. Donc, quand je le relis, j’ai toujours des surprises », explique le créateur de « Burquette ». « Exemple, dans le dernier tome, les deux Pierre font le tour du Québec. La directive de Francis c’est : “les deux Pierre sont en haut de la Gaspésie” ou “ils visitent l’Abitibi”. Après, c’est moi qui fais les recherches et j’ajoute des petits commentaires ici et là, surtout dans les bulles », développe le dessinateur. « C’est aussi dans les détails, dans les décors. Je ne dis pas : dessine telle planète avec un Zellers dessus… Pierre va le rajouter et à chaque fois que je vois ça, je suis crampé », continue l’autre.

Est-il arrivé à l’occasion que les gags improvisés ne fonctionnent pas avec la suite de l’histoire? « Il est arrivé que Pierre rajoute des blagues qui cadraient moins avec le reste, qui contredisaient quelque chose qui était dit ailleurs, mais dans le troisième je n’ai rien retouché… à part une fois où il a mis une pitoune sur le toit du Stade qui crie “Rouyn”. Il y avait déjà une blague plus loin sur les danseuses de Rouyn-Noranda et j’ai dit : “on va lâcher les jokes sur l’Abitibi”, surtout que je viens de là! Donc, la pitoune sur le toit dit finalement “Montréal”», raconte Desharnais. Son complice confirme qu’il n’y a pas eu « de grosses chicanes éditoriales ». Au contraire, les deux s’entendent pour dire qu’ils ont beaucoup de plaisir à travailler ensemble.

Retour vers le passé

Le premier « Motel Galactic » est sorti en 2011. Les deux bédéistes ont donc travaillé avec assiduité pour présenter une histoire par année. Leur « science-fiction du terroir » a tout de suite séduit la critique et le public, malgré son côté éclaté, en marge des standards. « C’est le fun de voir que le public a suivi. En même temps, j’y ai tout le temps cru. Je me disais : si les gens sont games de lire la première page, ils vont suivre. Parce que l’histoire est drôle, l’humour est l’fun. On comprend aussi dès les premières pages que l’histoire et l’esthétique vont ensemble. Un dessin ultra léché n’aurait pas fité deux secondes… Même des bonshommes de l’école franco-belge, ça n’aurait pas fonctionné non plus, ça aurait été trop clean. Il fallait un truc un peu brouillon, un peu impulsif », explique le scénariste.

Les 400 coups, qui publiaient déjà les deux auteurs, ont pourtant refusé leur projet, c’est pourquoi ils se sont tournés vers les éditions Pow Pow, fraîchement créées par Luc Bossé en 2010. « Luc était ouvert à une bande dessinée comme ça, qui est un espèce d’hybride entre la BD et le livre illustré… C’est de la bande dessinée au final, mais ça peut être assez déroutant pour quelqu’un qui a juste lu des “Boule et Bill” », prévient Desharnais.

Retour vers le futur

Maintenant que ce premier cycle de « Motel Galactic » est terminé, les deux auteurs peuvent se concentrer sur de nouveaux projets. Francis Desharnais annonce qu’il n’y a pas de suite de « Burquette » de prévue dans un avenir proche, mais les lecteurs pourront retrouver son coup de crayon dans une nouvelle série, scénarisée par Caroline Allard et mettant en vedette non pas une mère, mais plutôt une fille « indigne ». Le premier tome devrait sortir à l’automne dans la collection « Hamac », aux éditions Septentrion.

Pierre Bouchard, qui est également artiste-peintre, se consacre présentement à son exposition qui tiendra jusqu’à la fin du mois à la Galerie Morgan Bridge à Québec. C’est au même endroit qu’aura lieu le lancement de l’album, le 11 avril à 20 h.

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