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J O, fric et amnésie

J O, fric et amnésie

Par Laurent Laplante, publié le 17/06/2008
Le parcours de la flamme olympique aura tristement illustré notre aptitude à la naïveté et à l’amnésie. N’en déplaise à la mythologie, les Jeux olympiques (JO) sont politisés, mercantiles, inaptes à la transparence. Une fois encore, il faut recourir au livre pour s’approcher des faits.
Prétendre qu’un fossé sépare l’olympisme de la politique, c’est surpasser l’autruche dans ses esquives.

Berlin, 1936: «La complicité du président du Comité international olympique (CIO) conduit aux États-Unis et en Europe des personnalités à protester. Des mouvements de boycott s’organisent, des gouvernements sont alertés. En France, la passion est vive jusqu’au 9 juillet 1936. Ce jour-là, l’octroi de la subvention olympique est voté à l’Assemblée. Les communistes s’abstiennent. Un seul député vote contre: Pierre Mendès-France» (Les dessus de l’olympisme, Caillat et Brohm, La Découverte, 1984). La biographie de Jean Lacouture trace le portrait du seul opposant à la démesure de Goebbels (Pierre Mendès-France, Seuil, 1981).

Helsinki, 1952: «Sur leur demande, les Russes et les Hongrois avaient été installés ailleurs (que dans le village olympique) et leurs résidences sont entourées de fils barbelés pour éviter toute évasion vers la liberté» (Petit guide des Jeux olympiques, De l’Homme, 1972).

Munich, 1972: «L’admission de la Rhodésie déclenche un vaste mouvement de boycott. Trente-cinq pays sont prêts à renoncer à participer. [...] Le 22 août, la Rhodésie est exclue. C’est une décision politique, reconnaît M. Brundage» (Les dessus de l’olympisme).

Moscou, 1980: «Dans les conditions actuelles, déclare le président Carter, je ne peux pas admettre qu’une équipe américaine puisse se déplacer en territoire soviétique à moins que les troupes russes se replient du territoire afghan dans les quatre semaines qui viennent» (ibid.). Quatre ans plus tard, Moscou se vengera en boudant Los Angeles. Le promoteur Peter Ueberroth en profitera pour vendre le parcours de la flamme olympique au prix de 3 000 dollars le kilomètre.

Montréal, 1976: «Pour protester contre la présence de la Nouvelle-Zélande dont les rugbymen viennent d’effectuer une tournée en Afrique du Sud, les délégations africaines, sur ordre de leur gouvernement, quittent en masse le village olympique...» (ibid.).

L’olympisme, d’ailleurs, demeure marqué par sa fréquentation des élites. Sa politique? Coopter dans son club privé les gens issus de la noblesse: grand-duc Jean de Luxembourg, prince Alexandre de Mérode, prince Fayçal Fahd Abdul Aiz... (Vyv Simson et Andrew Jennings, Main basse sur les JO, Flammarion, 1992). Quant à l’idéal olympique, Donald Guay a raison de nier que les JO ressemblent aux célébrations des Grecs: «La notion de performance, de record leur est étrangère. Il ne s’agit pas pour eux d’être le meilleur mais, avec l’intervention des dieux, d’être le premier ou le vainqueur de l’épreuve. C’est cette protection des dieux qui donne au vainqueur toute son importance» (La conquête du sport, Lanctôt éditeur, 1997).

Concluons. Le gouvernement chinois sait que les JO sont politisés. Le CIO a octroyé à Beijing les JO de 2008 pour enrichir ses commanditaires; il n’a que faire de l’écrasement du Tibet par Beijing. Bouder la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing ne privera pas les réseaux de télévision d’un seul commanditaire. Les athlètes, comme ils l’ont toujours fait à l’exception des sprinters Smith et Carlos à Mexico, veilleront à leurs performances personnelles. Même les 300 morts de Mexico (1968) n’ont pas modifié ces repères.

P.S. Je ne suis pas neutre: j’ai signé en 1996 un pamphlet intitulé Pour en finir avec l’olympisme (Boréal).
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