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Le bien commun

Le bien commun

Par Hélène Simard, Les libraires, publié le 05/07/2010
En Occident, vivre pendant toute une année en réduisant au maximum son empreinte écologique est un pari à la portée de nombreuses personnes, qu’on soit de la campagne ou de la ville. Le défi frise néanmoins l’utopie — et pour certains esprits défaitistes, la folie — quand on habite dans une mégapole où surconsommation rime avec pollution, quand nos moeurs laissent des traces nuisibles, indélébiles et souvent invisibles. C’est pourtant le pari fou qu’ont décidé de relever un New-Yorkais et sa petite famille. Un pari réussi.
Commencée en novembre 2006 dans l’intimité de la cellule familiale, l’incroyable aventure de Colin Beavan, de sa femme Michelle Conlin et de leur fillette Isabella, un an et demi à l’époque, a enflammé et fait réfléchir toute l’Amérique. Le projet No Impact Man a généré un site Internet sur l’environnement considéré comme faisant partie des quinze du genre les plus influents du monde par le Time Magazine (noimpactproject.org), un blog si suivi (noimpactman.typepad.com) que le nombre maximal d’inscriptions à l’infolettre est atteint et un best-seller (No Impact Man. The Adventures of a Guilty Liberal Who Attempts to Save the Planet and the Discoveries He Makes About Himself and Our Way of Life in the Process, paru le 9 septembre 2009, McClelland & Stewart). Mentionnons enfin un documentaire sorti en salles le 11 septembre 2009 et ayant fait partie des sélections officielles de trois festivals de cinéma américains dont le plus important, Sundance. Colin Beavan a expliqué les raisons qui l’ont motivé à réduire son empreinte environnementale sur les ondes de la télévision et de la radio aux heures de grande écoute. On a aussi vu des photos de lui et de sa famille dans les journaux — la presse était obsédée par le fait que le trio avait abandonné le papier de toilette.

L’impact du projet
Devenu un peu malgré lui une référence pour quiconque se soucie de l’environnement, Colin Beavan visite aujourd’hui des écoles à titre de conférencier. Il y incite notamment les jeunes à réduire leurs émissions de carbone pendant une semaine (No Impact Experiment — le programme, téléchargeable, ne s’adresse pas qu’aux étudiants) et a préparé un guide pédagogique pour les enseignants. Bref, l’expérience No Impact Man se poursuit bien au-delà du projet individuel; il s’agit désormais d’un mouvement collectif étendu à travers tous les États-Unis et qui, avec la parution en français du livre, franchit maintenant les frontières.

Mais revenons un peu en arrière. Auteur d’essais historiques et de critiques pour des revues comme Men’s Health et Cosmopolitan, Colin Beavan n’a rien du «grano» pur et dur quand se dessinent les grandes lignes du projet No Impact Man. Il n’est qu’un mari et père qui trime dur douze heures par jour et vit au neuvième étage d’un immeuble en plein coeur de Manhattan. Il s’empiffre de mets à emporter et carbure au café. Sa femme, Michelle Conlin, est journaliste au Business Week. «Élevée dans une culture American Express Gold», elle adore faire les magasins et ne conçoit pas sa vie sans télé. Chaque jour, boulot oblige, ils déposent Isabella chez sa nounou. La famille est complétée par une chienne, Frankie, qui, contrairement à ses maîtres, a trouvé ardu d’abandonner les ascenseurs au profit des escaliers.

Un jour, Colin Beavan s’aperçoit que remplir religieusement son bac de recyclage n’apaise plus sa conscience, que son train de vie, dévastateur pour sa santé et l’environnement, le rend malheureux. Las du gaspillage des ressources naturelles, dégoûté par les monceaux de déchets que sa famille produit quotidiennement et inquiet du réchauffement climatique, il décide de s’impliquer davantage, pour lui, sa famille et la planète. Mais dès le premier matin de son expérience, Colin se bute à des obstacles comme les couches jetables et les papiers mouchoirs. Que faire? Débrouillardise et persévérance constitueront les clés de son succès, car pendant un an, Colin et Michelle n’ont acheté aucun vêtement, ont fait don de leur télévision, se sont déplacés à pied ou à vélo, ont délaissé les produits ménagers toxiques, fait une croix sur les réunions familiales de Thanksgiving et de Noël, pour lesquelles un voyage en train ou en avion s’imposait. Ils ont cuisiné végétarien avec des aliments locaux et de préférence bio transportés dans des bocaux propres, lavé leurs vêtements dans leur baignoire, débranché le frigo et fini par s’éclairer à la chandelle…

En réduisant sa consommation d’énergie et ses émissions de dioxydes de carbone, en préservant et en économisant l’eau, en mangeant frais, en éliminant la consommation de plastique et de papier, Colin Beavan a repoussé les limites de son projet. Il ne demande à personne d’être aussi drastique, mais son expérience prouve que vivre plus simplement et dans le respect de l’environnement, en augmentant le temps passé ensemble, permet d’avoir des relations de couple et de parents plus saines. Virer au vert abaisse le niveau de stress et rend plus riche dans les deux sens du terme. Captivant témoignage, No Impact Man représente une source d’informations essentielles livrées en toute simplicité mais avec un sens du «punch» maîtrisé.

Le vert va bien avec tout
Attablées dans un resto végé il y a peu de temps, une amie et moi discutions du vernis à ongles que nous appliquons avec amusement sur les ongles de nos filles du même âge lorsque j’appris qu’il en existait des «bio». Vraiment? La discussion a bifurqué vers un autre sujet, et c’est dans Passez au vert. Une façon simple pour vivre sainement tout en protégeant la planète que j’ai enfin su en quoi tel vernis pouvait bien être meilleur qu’un autre pour l’environnement. Hormis peut-être le choix discutable de publier le texte en vert forêt, j’ai apprécié cet ouvrage de Sloan Barnett, qui résulte également d’une expérience personnelle — l’asthme de son fils étais causé par les polluants présents dans sa maison. La célèbre collaboratrice de l’émission Today y dévoile la liste de ses produits biodégradables préférés — la plupart doivent être achetés en ligne — et ses mélanges maison pour récurer en toute sécurité. Elle nous abreuve aussi d’une foule de remarques sur les dangers qui nous guettent dans notre demeure même, ou qui découlent de nos habitudes de consommation.

Des deux livres, celui de Colin Beavan s’avère le plus convaincant; sa vision globale du problème et l’originalité de son projet, la façon de l’avoir vécu avec humilité, engendrent un sentiment d’appartenance qui vaut mieux qu’une liste d’emplettes, même bien faite. Comme quoi il faut peut-être penser aux autres avant soi pour que l’humanité puisse jouir des bontés de dame Nature pendant encore au moins quelques siècles.




Bibliographie :
No impact man, Colin Beavan, Fleuve Noir, 277 p. | 34,95$ Passez au vert, Sloan Barnett, Un monde différent, 288 p. | 26,95$
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