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Pour un été meurtrier...

Pour un été meurtrier...

Par Norbert Spehner, publié le 20/07/2011
L’été est enfin arrivé! C’est le moment que vous attendiez pour vous attaquer à l’imposante pile de romans policiers qui vous fait de l’œil depuis quelques semaines, des nouveautés alléchantes qui vous promettent toutes d’agréables frissons. Mais vous ne pouvez pas tout lire. Il y en a trop. Alors, que choisir dans cette manne estivale? Voici quelques suggestions de crimes parfaits...
Ne la quitte pas des yeux (Belfond Noir) est le troisième «thriller familial» du Canadien Linwood Barclay, un récit à suspense surprenant et difficile à lâcher. David Harwood, sa femme Jan, et leur fils de 4 ans se rendent dans un parc d’attractions. Jan disparaît subitement. Enlèvement? Suicide? Disparition volontaire? La police soupçonne le mari, dont certaines affirmations sont contredites par les faits. À partir de là, l’intrigue prend un virage tout à fait inattendu et passionnant, jusqu’au dénouement spectaculaire. Du grand art!

Dans la même veine, Sorry (Sonatine) de Zoran Drvenkar a des prémices plutôt originales: quatre copains de lycée dans la trentaine ont l’idée de créer une agence dont l’objet est de s’excuser à la place des autres. Le succès est immédiat, l’argent coule à flot, jusqu’au jour où un mystérieux assassin, pris de remords, décide de recourir à leurs services. C’est le début d’une descente aux enfers rocambolesque, aux conséquences fatales. Un récit terrifiant, à haute tension dramatique!

Mélanges des sangs (Calmann Lévy), ce roman noir du Sud-Africain Roger Smith n’est rien de moins qu’un chef-d’œuvre! Au Cap, Jack Burns, un ex-marine qui a fui les États-Unis après un hold-up meurtrier, tombe dans le collimateur de Gatsby Barnard, un ripou raciste, violent, avec du sang sur les mains. Il est lui-même dans la mire de Disaster Zondi, un enquêteur zoulou qui veut sa tête. Un récit brutal, choquant, mené à un train d’enfer par un écrivain qui s’annonce comme un digne héritier de Deon Meyer.

Autre réussite exemplaire, Voodoo Land (Gallimard), de Nick Stone, qui met en scène Max Mingus, un flic de Miami enquêtant sur un meurtre étrange: la victime a été exécutée selon un rituel vaudou. Mingus part en chasse contre un certain Solomon Boukman, un puissant chef mafieux, véritable mythe au sein de la communauté haïtienne, mais dont personne ne connaît l’apparence physique. La traque s’annonce périlleuse, car dans l’ombre du vaudou, les zombis s’agitent, les cadavres se ramassent à la pelle. Âmes sensibles s’abstenir: certaines scènes sont d’une violence et d’un sadisme extrêmes. Nick Stone ne fait pas dans la dentelle!

Table rase. Les marionnettistes (t. 3) de Jean Louis Fleury est quant à lui un roman de procédure policière dont l’action se déroule dans les pourvoiries de la Gaspésie. Aglaé Boisjoli, de la Sûreté du Québec, veut empêcher un tueur de passer à l’action. Ce dernier a lancé un défi à la police en promettant de détruire deux vies puis de disparaître. Un polar fort intéressant qui est aussi un hymne à la chasse et un hommage à l’une des plus belles régions du Québec, avec un personnage central attachant et nuancé.

Dans Eva Moreno (Seuil), Hakan Nesser délaisse le commissaire Van Veeteren (il a pris sa retraite) pour mettre en vedette l’inspectrice Eva Moreno. En vacances avec son fiancé, elle s’intéresse à la disparition d’une jeune fille rencontrée dans le train. De fil en aiguille, elle en arrive à déterrer une autre affaire criminelle vieille de seize ans. Un récit exemplaire, par un maître suédois du genre qui entraîne le lecteur dans une enquête passionnante semée d’embûches.

Bad Boy (Albin Michel), de Peter Robinson, raconte l’affaire la plus angoissante et la plus personnelle de l’inspecteur Alan Banks. Sa fille Tracy s’est entichée d’un mauvais garçon, un type très dangereux qui décide de l’enlever quand la police le recherche pour détention d’arme. C’est le début d’une traque mortelle à travers le pays. Le dix-neuvième roman de cette longue série est aussi l’un des meilleurs. La narration est impeccable, l’écriture fluide et le suspense constant.

Le royaume des Voleurs (Flammarion Québec) de William Ryan, est un polar historique dont l’intrigue se situe à Moscou, en 1936, à l’aube des Grandes Purges de Staline. Pour élucider une affaire de meurtre complexe aux ramifications politiques dangereuses, l’inspecteur Korolev, de la Milice locale, doit pénétrer dans le royaume des Voleurs, ces individus qui règnent sur la pègre moscovite et défient la police de l’État. L’auteur plonge le lecteur dans l’atmosphère de conjuration qui recouvrait le Moscou des années 1930. Un récit à la fois instructif et divertissant.

Boston noir (Rivages) est une anthologie thématique concoctée par Dennis Lehane, un ensemble de onze nouvelles dans lesquelles des écrivains comme Stewart O’Nan, Brendan Dubois et quelques autres, tracent un portrait riche et contrasté de la ville de Boston, avec des sujets, des époques et des tons variés ainsi que des personnages marqués par le destin et «qui se cassent la gueule en descendant du trottoir».

Si après tout ça, votre boulimie meurtrière n’est pas encore calmée, il vous restera toujours Les neuf dragons (Seuil), de Michael Connelly, Carte blanche (Flammarion Québec), le nouveau James Bond signé Jeffery Deaver ou le dernier thriller judiciaire de John Grisham, La Confession (Robert Laffont). La crème du crime, quoi!
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