Chroniques

Littérature policière

Le libraire - Numéro 74
André Jacques et Mario Bolduc : de calibre international

André Jacques et Mario Bolduc : de calibre international

Par Norbert Spehner, publié le 10/12/2012

André Jacques et Mario Bolduc sont des auteurs de calibre international. Ils méritent une large audience et surtout, on aimerait les lire plus souvent.

André Jacques a publié son premier roman policier Les lions rampants (Québec Amérique) en 2000. Puis il a récidivé en 2004, avec La commanderie et en 2008, avec La tendresse du serpent. Ses romans ont tous pour protagoniste principal Alexandre Jobin, un antiquaire plutôt original qui a servi pendant vingt-cinq ans dans les services de renseignement de l’armée. Cet homme d’action compense ses activités pacifiques d’antiquaire par des aventures rocambolesques, car il a le chic pour se placer dans des situations périlleuses. Dans De pierres et de sang, quatrième volet de ses exploits, il vole au secours de Julie Dorval (cette jeune femme lui a sauvé la vie en Serbie) qui s’est emparée d’un lot de diamants d’une valeur exceptionnelle dans une mine de Yellowknife où se déroulent d’étranges trafics. Les voilà plongés dans une sanglante course d’obstacles, pourchassés par des tueurs sans scrupules bien décidés à récupérer les pierres précieuses subtilisées. Cadavres s’amoncelant à la pelle, poursuites échevelées entre Yellowknife, Paris et Anvers, le tout ponctué de nombreux rebondissements, l’action ne manque pas dans cette intrigue menée de main de maître par un auteur qui manie parfaitement l’art du suspense. En plus de nous divertir avec une histoire palpitante et solidement documentée, l’auteur nous fait découvrir l’univers fascinant des diamantaires. Il lève légèrement le voile sur la face la plus sombre de cette industrie qui brasse des milliards, attise bien des convoitises et provoque de nombreux conflits dans le monde, notamment en Afrique où circulent « les diamants de sang » qui monnayent le trafic d’armes et de drogue.

C’est un tout autre type de personnage que nous rencontrons dans La nuit des albinos de Mario Bolduc. Max O’Brien est un sympathique escroc international de grande envergure qui ne s’attaque qu’aux riches ou aux malfrats. Avec Alexandre Jobin, il partage le goût du risque, de l’action, et un côté globe-trotter qui ajoute une petite note exotique à leurs exploits. O’Brien est apparu une première fois dans Cachemire (Libre Expression) en 2004, puis dans Tsiganes, en 2007. Cette fois, cet aventurier des temps modernes nous entraîne en Tanzanie, où son ex-maîtresse Valéria Michieka (avec laquelle il espérait renouer) et sa fille Sophie ont été sauvagement assassinées. Max veut faire la lumière sur ces crimes insensés et se lance sur la piste des coupables. Horrifié, il découvre un terrible trafic d’organes humains qui sévit dans une grande partie de l’Afrique. Les victimes principales en sont les albinos, ces « nègres blancs » auxquels on prête des pouvoirs surnaturels. Les malheureux sont traqués, enlevés, mutilés ou dépecés, leurs membres et organes sont utilisés comme amulettes. C’est un trafic très lucratif qui génère des revenus colossaux. La Tanzanie et les contrées avoisinantes n’étant pas des modèles de démocratie, O’Brien se trouve plongé au cœur de l’enfer, aux prises avec des adversaires puissants prêts à tout pour protéger leurs intérêts. À travers une intrigue mouvementée à souhait, il nous fait découvrir un continent africain déchiré, où la modernité et les espoirs de progrès se heurtent encore aux forces de la tradition, à l’obscurantisme des sorciers et des guérisseurs tout-puissants qui défient l’autorité locale. Bref, La nuit des albinos est une belle réussite.

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