Chroniques

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 76
Ma meilleure, meilleure amie

Ma meilleure, meilleure amie

Par Nathalie Ferraris, publié le 18/04/2013

Quand j’étais petite, j’avais une meilleure, meilleure amie. Elle s’appelait Karen. Même si nous étions très différentes — elle aimait la musique américaine, moi les groupes québécois, elle était sportive, moi artiste, elle parlait peu, moi beaucoup —, Karen et moi apprécions la compagnie de l’autre. À tel point que nous pouvions passer des heures au téléphone à étudier ensemble, à regarder à deux les mêmes émissions de télé ou tout simplement à écouter le silence. Régulièrement, Karen venait manger et dormir à la maison. Notre amitié était si forte que mes parents la traitaient comme si elle était ma sœur, moi qui suis enfant unique. Cette belle amitié a malheureusement pris fin lors de nos années de jeunes adultes. Nos chemins, comme nos idées, se sont séparés. Mais je garde tout au fond de mon cœur de mémorables souvenirs de cette puissante amitié, surtout lorsque j’ouvre un livre qui évoque ce lien exceptionnel qui unit deux personnes.

Les défauts de mes amis
Mon regard d’enfant n’a jamais trouvé de travers chez Karen. Elle était drôle et jouait pour moi un rôle de confidente. Ça me suffisait. Mais nos amies, elles, étaient bourrées de défauts! Maryse jouait la snob, Caroline faisait des blagues plates, et je ne parle même pas de Sophie qui se plaignait à longueur de journée! Néanmoins, elles demeuraient nos camarades, tout comme dans l’album Mes amis ont des petits défauts mais…

Écrit par Diane Noiseux et imagé par AnneMarie Bourgeois, ce livre présente une dizaine de scènes dénonçant le défaut, mais vantant aussi la qualité d’un ami. Voici trois exemples : « Léa met tout le monde au pas, mais je l’aime bien parce qu’elle a trouvé les mots pour me consoler quand j’ai perdu mon chat. », « Daphnée fait des bruits horribles avec sa gomme à mâcher, mais je l’admire parce qu’elle croit dur comme fer à son rêve de devenir pompier. », « Jérémie porte des chandails dix fois trop grands pour lui, mais je ne pourrais me passer de ses blagues qui font rire tous les amis. »

Défauts de caractère, mauvaises manies et modes de vie différents sont au cœur de cet album joliment illustré. Ces petites tares peuvent être fatigantes, voire agaçantes, mais elles font partie de la vie et donnent leur caractère unique à chaque individu. Bon, j’avoue que Maryse était de bon conseil, que Caroline partageait tous ses bonbons et que Sophie avait des idées de jeu géniales. Merci à ce livre pour la réflexion!

Les surprises de mon ami
Karen et moi adorions nous faire des surprises. À l’école, il m’arrivait d’apporter deux portions de dessert afin de lui faire découvrir les talents culinaires de ma mère. De son côté, elle n’hésitait pas à m’offrir des macarons (épinglettes) pour enrichir ma collection.

Dans l’album Mon ami Henri, le personnage principal et narrateur de l’histoire a droit à une surprise de taille. Attendant depuis plus d’une heure et demie son ami Henri, le héros commence sérieusement à se faire du souci. Il demande à l’écureuil s’il a vu son copain. L’animal lui répond par l’affirmative et ajoute : « Pendant l’avant-midi, je l’ai vu rentrer dans l’épicerie avec un ami. » « Avec un ami? Mais c’est moi son ami! », rétorque le protagoniste. Ce dernier poursuit sa recherche et, chaque fois qu’il pose une question, on lui répond que son ami Henri a été aperçu avec deux, trois, plein d’amis. Triste et embêté, le héros retourne chez lui, tout penaud. Que trouve-t-il dans sa maison? Son ami Henri et tous leurs amis qui lui lancent « Bonne fête! »

À l’image de la plume et du crayon de Philippe Béha, cette histoire est tendre. Avec rimes, simplicité et douceur, le créateur fait monter habilement les émotions qui naissent chez le héros : l’inquiétude, l’incompréhension, le questionnement, l’accablement, le chagrin… ainsi que le rire, la joie, l’enthousiasme et le contentement! L’amitié est une source intarissable de plaisir. Mon amie Karen a grandement contribué à mon bonheur.

L’amie de mon amie
La solide amitié que j’ai connue avec Karen, je l’ai retrouvée dans l’album L’Abominable. Écrit par Danielle Chaperon et illustré par Iris, ce livre met en scène Clara et Annabelle, les deux meilleures amies du monde.

Heureuse d’avoir des parents qui s’occupent bien d’elle, un frère trop petit pour l’embêter et une maison assez grande pour abriter sa collection d’insectes, Clara a surtout l’immense bonheur de partager sa vie avec Annabelle Jolicœur, sa « magnifique » et « formidable » amie. Aux yeux de Clara, Annabelle est belle comme un ange, drôle comme un singe et cuisine comme un grand chef. Inséparables, les fillettes passent leurs journées ensemble à s’empiffrer de bonbons, à imiter leurs chanteuses préférées et même à s’ennuyer.

Or, « par un jour très triste et très gris », l’ABOMINABLE apparaît à la porte de la classe. « Bien entendu, la maîtresse nous a demandé d’être gentils avec elle. L’ABOMINABLE s’est assise près d’Annabelle et Annabelle lui a souri. » Convaincue qu’Annabelle ne l’aime plus, Clara a le souffle coupé et les yeux brouillés. Elle sent son petit cœur dégringoler dans sa poitrine. Vite, elle doit élaborer un plan diabolique pour se débarrasser de l’ABOMINABLE.

Cette histoire, dont le personnage principal est l’amitié, est très touchante. Danielle Chaperon a choisi les mots justes pour faire vivre au lecteur les nombreux sentiments qui envahissent Clara, comme la jalousie, la déception, la colère et la tristesse. Heureusement, l’auteure réserve à son lectorat une belle finale qui prouve que l’amitié se partage. Avec son sujet et ses dessins remplis de réalisme, L’Abominable plaira aux petits et aux grands. L’avoir écrit, je l’aurais sans doute dédié à mon amie Karen…

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