Chroniques

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 82
Grands hommes

Grands hommes

Par Nathalie Ferraris, publié le 10/04/2014

Au cours des mois de janvier et de février, me sont tombés entre les mains deux livres que j’ai eu envie de réunir sous le thème « grands hommes ». Toutefois, le titre de ma chronique ne correspond pas tout à fait à la définition lancée en 1840 par l’écrivain écossais Thomas Carlyle selon laquelle la « théorie du grand homme » explique l’Histoire par l’impact d’un individu, soit un « grand homme », théorie relativisée plus tard par Herbert Spencer et Léon Tolstoï (oui, Internet aide les individus à avoir l’air plus intelligent!). Non. Les livres que je présente mettent en scène des hommes au grand cœur. Ce sont des hommes bons et généreux. Des hommes comme on aime en avoir dans son entourage.

Au cours des mois de janvier et de février, me sont tombés entre les mains deux livres que j’ai eu envie de réunir sous le thème « grands hommes ». Toutefois, le titre de ma chronique ne correspond pas tout à fait à la définition lancée en 1840 par l’écrivain écossais Thomas Carlyle selon laquelle la « théorie du grand homme » explique l’Histoire par l’impact d’un individu, soit un « grand homme », théorie relativisée plus tard par Herbert Spencer et Léon Tolstoï (oui, Internet aide les individus à avoir l’air plus intelligent!). Non. Les livres que je présente mettent en scène des hommes au grand cœur. Ce sont des hommes bons et généreux. Des hommes comme on aime en avoir dans son entourage.

 

Homme de mémoire

« Ça sentait bon le gâteau au chocolat, la joie, et les clémentines sur le bout de mes doigts. Vieux-Grand-Papa se berçait, les mains jointes sur son ventre. Il souriait, heureux d’avoir participé à la fête. C’était le jour de mes cinq ans. Je suis beaucoup plus grande maintenant. »

 

Voilà comment débute le très bel album Le calepin picoté avec un canard dessus. Outre une poupée qui danse et dont elle se lasse rapidement, une jeune fille reçoit de son aïeul un vieux calepin vide, sale et jauni. « Je l’ai depuis très, très longtemps », lui chuchote son Vieux-Grand-Papa. « Presque cent ans. C’est un souvenir. […] Quand tu seras une grand-maman, tu n’auras pas à attendre que quelqu’un te raconte tes souvenirs. Tu n’auras qu’à lire ton petit calepin. Et tous les autres que tu rempliras en grandissant. »

 

Mais à cinq ans, la fillette ne sait pas écrire. Alors, pour cacher les taches sur la couverture, elle dessine des petits points de toutes les couleurs. Puis elle ajoute un canard bleu. Lorsque la narratrice réussit à y écrire son nom en imitant les lettres tracées par ses parents, Vieux-Grand-Papa est très heureux.

 

Au fil des jours, la fillette dessine dans son calepin ses souvenirs, ainsi que ceux de son ancêtre. Ceux qui s’échappent par les trous de sa mémoire usée, ceux qu’il raconte dans son sommeil. Ce sont des souvenirs parfois tristes, parfois drôles, parfois les deux.

 

Devenant de plus en plus faible, Vieux-Grand-Papa décède. La mère de la fillette répète souvent que son père était « une force de la nature, un grand homme ». La petite le note dans son calepin, pour s’en souvenir le jour où elle comprendra mieux ce que veut dire « être une force de la nature ».

 

Signée Pierre Chartray et Sylvie Rancourt, cette histoire est illustrée par Marion Arbona. Il faut voir Vieux-Grand-Papa assis de tout son long dans sa chaise berçante et occupant presque tout l’espace dès le début du récit. Il faut également voir ses grandes mains, ses longues jambes, ses grandes dents et sa forte carrure. L’illustratrice a joué de brillante façon avec les proportions dans ce livre qui se termine avec un Vieux-Grand-Papa qui se transforme en un arbre magistralement feuillu, une véritable « force de la nature ».

 

Tendrement raconté et intelligemment illustré, Le calepin picoté avec un canard dessus est un hommage à la mémoire, plus précisément à la transmission des souvenirs, et le calepin, un cadeau inestimable pour la conserver le plus précieusement et le plus longtemps possible.

 

Homme de bonheur

« Grand Jacques est l’homme le plus heureux de la mer entière », écrit Simon Gauthier, conteur aux multiples talents natif de Sept-Îles, dans l’album Le Pirate et le Gardien de phare. Adaptée du conte traditionnel Le meunier sans souci, cette histoire célèbre l’amitié entre deux hommes.

 

Vivant seul sur une île entourée de dangereux récifs, Grand Jacques est gardien de phare. Tôt le matin, il pêche des poissons bleu et vert, l’après-midi, il astique le bois de sa pipe en érable, et quand tombe la nuit, il contemple les étoiles et ouvre l’œil éblouissant de son phare. Peu importe la pluie et le vent, sa bonne humeur est inébranlable.

 

Une nuit, la mer se couvre d’un épais brouillard. Pendant trois semaines, Grand Jacques ne laisse pas dérougir le bout de son canon afin d’avertir les capitaines de bateau de s’éloigner de son île et de ses récifs. Épuisé, il lance un signal de détresse : « Au secours! Je n’en peux plus! Je vais péter au frette! Si quelqu’un trouve cette lettre, il saura que, sur-le-champ, je requiers son aide pour entretenir mon phare. »

 

Non loin sur le rivage, la lettre atterrit chez Petit Jean le pêcheur, sa femme et leurs douze enfants. Du travail, un salaire, de l’argent… tout ce dont a besoin Petit Jean l’attend au phare où il remet Grand Jacques sur pied pendant trois jours. La complicité s’installe immédiatement entre les deux hommes qui travaillent dur.

 

Un soir que Petit Jean va rendre visite aux siens, Barbe-Rousse fait irruption au phare. Il veut connaître le secret du bonheur de Grand Jacques. Incapable de croire que frotter sa pipe, allumer son phare et chanter rendent heureux le gardien, Barbe-Rousse décide de lui faire perdre sa joie grâce à un petit jeu de devinettes. Si Grand Jacques échoue, Barbe-Rousse le rétrécira d’une tête! Avec l’aide de Petit Jean, le gardien réussira à clouer le bec à ce pirate de Barbe-Rousse…

 

Même s’il s’appelle Petit Jean et qu’il ne figure pas dans le titre de l’histoire dont il fait partie, ce personnage est un grand homme dans le sens noble du terme. Il émane du jeune pêcheur la bonté, la générosité, la gentillesse et l’amour des siens. En fait, il ressemble beaucoup à Grand Jacques.

 

Voilà un joli récit qui met l’accent sur les liens du cœur sur fond de vagues parfois calmes, parfois tumultueuses.

Homme de mémoire
« Ça sentait bon le gâteau au chocolat, la joie, et les clémentines sur le bout de mes doigts. Vieux-Grand-Papa se berçait, les mains jointes sur son ventre. Il souriait, heureux d’avoir participé à la fête. C’était le jour de mes cinq ans. Je suis beaucoup plus grande maintenant. »

Voilà comment débute le très bel album Le calepin picoté avec un canard dessus. Outre une poupée qui danse et dont elle se lasse rapidement, une jeune fille reçoit de son aïeul un vieux calepin vide, sale et jauni. « Je l’ai depuis très, très longtemps », lui chuchote son Vieux-Grand-Papa. « Presque cent ans. C’est un souvenir. […] Quand tu seras une grand-maman, tu n’auras pas à attendre que quelqu’un te raconte tes souvenirs. Tu n’auras qu’à lire ton petit calepin. Et tous les autres que tu rempliras en grandissant. »

Mais à cinq ans, la fillette ne sait pas écrire. Alors, pour cacher les taches sur la couverture, elle dessine des petits points de toutes les couleurs. Puis elle ajoute un canard bleu. Lorsque la narratrice réussit à y écrire son nom en imitant les lettres tracées par ses parents, Vieux-Grand-Papa est très heureux.

Au fil des jours, la fillette dessine dans son calepin ses souvenirs, ainsi que ceux de son ancêtre. Ceux qui s’échappent par les trous de sa mémoire usée, ceux qu’il raconte dans son sommeil. Ce sont des souvenirs parfois tristes, parfois drôles, parfois les deux.

Devenant de plus en plus faible, Vieux-Grand-Papa décède. La mère de la fillette répète souvent que son père était « une force de la nature, un grand homme ». La petite le note dans son calepin, pour s’en souvenir le jour où elle comprendra mieux ce que veut dire « être une force de la nature ».

Signée Pierre Chartray et Sylvie Rancourt, cette histoire est illustrée par Marion Arbona. Il faut voir Vieux-Grand-Papa assis de tout son long dans sa chaise berçante et occupant presque tout l’espace dès le début du récit. Il faut également voir ses grandes mains, ses longues jambes, ses grandes dents et sa forte carrure. L’illustratrice a joué de brillante façon avec les proportions dans ce livre qui se termine avec un Vieux-Grand-Papa qui se transforme en un arbre magistralement feuillu, une véritable « force de la nature ».

Tendrement raconté et intelligemment illustré, Le calepin picoté avec un canard dessus est un hommage à la mémoire, plus précisément à la transmission des souvenirs, et le calepin, un cadeau inestimable pour la conserver le plus précieusement et le plus longtemps possible.

Homme de bonheur
« Grand Jacques est l’homme le plus heureux de la mer entière », écrit Simon Gauthier, conteur aux multiples talents natif de Sept-Îles, dans l’album Le Pirate et le Gardien de phare. Adaptée du conte traditionnel Le meunier sans souci, cette histoire célèbre l’amitié entre deux hommes.

Vivant seul sur une île entourée de dangereux récifs, Grand Jacques est gardien de phare. Tôt le matin, il pêche des poissons bleu et vert, l’après-midi, il astique le bois de sa pipe en érable, et quand tombe la nuit, il contemple les étoiles et ouvre l’œil éblouissant de son phare. Peu importe la pluie et le vent, sa bonne humeur est inébranlable.

Une nuit, la mer se couvre d’un épais brouillard. Pendant trois semaines, Grand Jacques ne laisse pas dérougir le bout de son canon afin d’avertir les capitaines de bateau de s’éloigner de son île et de ses récifs. Épuisé, il lance un signal de détresse : « Au secours! Je n’en peux plus! Je vais péter au frette! Si quelqu’un trouve cette lettre, il saura que, sur-le-champ, je requiers son aide pour entretenir mon phare. »

Non loin sur le rivage, la lettre atterrit chez Petit Jean le pêcheur, sa femme et leurs douze enfants. Du travail, un salaire, de l’argent… tout ce dont a besoin Petit Jean l’attend au phare où il remet Grand Jacques sur pied pendant trois jours. La complicité s’installe immédiatement entre les deux hommes qui travaillent dur.

Un soir que Petit Jean va rendre visite aux siens, Barbe-Rousse fait irruption au phare. Il veut connaître le secret du bonheur de Grand Jacques. Incapable de croire que frotter sa pipe, allumer son phare et chanter rendent heureux le gardien, Barbe-Rousse décide de lui faire perdre sa joie grâce à un petit jeu de devinettes. Si Grand Jacques échoue, Barbe-Rousse le rétrécira d’une tête! Avec l’aide de Petit Jean, le gardien réussira à clouer le bec à ce pirate de Barbe-Rousse…

Même s’il s’appelle Petit Jean et qu’il ne figure pas dans le titre de l’histoire dont il fait partie, ce personnage est un grand homme dans le sens noble du terme. Il émane du jeune pêcheur la bonté, la générosité, la gentillesse et l’amour des siens. En fait, il ressemble beaucoup à Grand Jacques.

Voilà un joli récit qui met l’accent sur les liens du cœur sur fond de vagues parfois calmes, parfois tumultueuses.

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