Chroniques

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 77
Festin de campagne

Festin de campagne

Par Nathalie Ferraris, publié le 25/06/2013

Toute ma vie, j’ai vécu en ville. Née à Trois-Rivières, baptisée à Québec et éduquée à Montréal, j’habite maintenant Chambly. La ferme, la machinerie agricole, le labourage, la vie dans les champs et l’amour dans les prés, je n’y connais rien! Évidemment, comme toute bonne citadine, je sillonne parfois l’été les routes de campagne à la recherche de kiosques maraîchers : acheter des tomates, des concombres, du melon et des fraises provenant des récoltes des cultivateurs d’ici me donne un peu l’impression de me rapprocher d’eux. Ça, et les livres mettant en vedette l’agriculture.

Des choux, des patates, du persil…

Harry Cauvert est agriculteur. Il fait pousser des végétaux comme du maïs, du brocoli, du fenouil, des pommes de terre et des choux-fleurs. La seule chose qu’il ne sème pas, c’est des haricots verts : avec le nom qu’il a, c’est mieux pas! Harry possède tout l’équipement dont il a besoin : une sarcleuse, deux tracteurs, une herse à disques, une semeuse, une charrue et un séchoir à échalotes. La seule machine qu’il n’a pas est une moissonneuse-batteuse. Alors quand vient le temps de moissonner et de battre, Harry se tourne vers ses amis Pam et Rudy, spécialistes de la chose.

Harry aime son métier et il est heureux, jusqu’au jour où plus rien ne pousse dans ses champs. Chez les voisins, c’est pareil : « Ça alors! », « Alors ça! » Quelqu’un ou quelque chose vole les graines des agriculteurs. Décidé à trouver le coupable, Harry s’installe par une belle nuit dans son tracteur, tous phares éteints. Il attend en buvant du café, en se frottant les yeux, en bâillant, en mangeant une pomme, en buvant encore du café et en jouant à des jeux sur son téléphone. Puis, à 4 h 33, apparaît une sorte d’aspirateur géant avec un bec sur lequel est écrit « Agri World ». S’ensuit une course de tracteurs à 44 km/h, grâce à Pam et à Rudy, Harry réussit à mettre la main sur le coupable, un type en costume qui a créé dans son laboratoire des graines supposément bien meilleures que les siennes.

Teintée d’un humour tout à fait délicieux et se déployant dans un album de très grand format (25 cm x 33 cm), l’histoire Les aventures agricoles d’Harry l’agriculteur est fort sympathique. Les personnages principaux sont d’une bonhomie agréable et leur solidarité est remarquable. Fiers d’exercer leur métier, Harry, Pam et Rudy défendent l’agriculture biologique et à taille humaine contre une multinationale prête à tout pour s’imposer et faire de gros profits.

Court, mais ô combien éloquent, le texte respire la simplicité et fait sourire. Il est à l’image des illustrations qui présentent la vie quotidienne des agriculteurs et qui, loin de refléter un style moderne impliquant couleurs vives et techniques mixtes, sont entièrement réalisées au crayon de bois. Le choix de ce médium confère au livre un petit air d’autrefois, un air d’époque pas si lointaine où la lenteur et le naturel étaient à la mode. Un coup de cœur littéraire et agricole!

 

Des tomates, des oignons, des poireaux…

Canette est une jolie canne qui vit paisiblement dans sa maison, à la croisée des allées d’une grande forêt. Menant une vie tranquille, elle est passionnée par le jardinage. En hiver, elle rêve à son potager, au printemps, elle s’affaire à ses semences, en été, elle s’occupe de ses fruits et légumes, et l’automne venu, elle récolte ce qu’elle a cultivé.

Mais voilà qu’un beau matin, Canette se rend compte qu’on lui a dérobé des céleris pendant la nuit. Qui ose donc la voler ainsi? Pour surprendre le coupable, Canette décide de veiller. Mais la fatigue est si grande qu’elle s’endort. Une idée germe alors dans sa tête et elle tend un piège. Réveillée par un grand bruit au milieu de la nuit, Canette court jusqu’au trou qu’elle a creusé pour capturer le voleur. Et là, quelle surprise! Son ami le sanglier se fait tout petit au fond de la trappe. Intelligente comme pas une, Canette délivre le sanglier et lui propose de travailler pour elle afin de se faire pardonner, ce qu’il accepte. Pour récompenser son ami de son bon travail, Canette lui offre lait chaud, gâteau aux abricots, haricots et autres produits de son potager.

Présentant une prémisse semblable à celle des Aventures agricoles d’Harry l’agriculteur, Canette et le sanglier met en scène une fermière travaillante qui, loin d’être rancunière, décide de profiter de la corpulence de son ami pour l’aider dans ses travaux, lui enseignant du même coup qu’il est plus sage de travailler afin d’obtenir une chose que de la voler. L’auteure, dont le père est un agriculteur passionné de la terre, transmet dans ce livre un conte familial. Le texte est soigné, tout comme les illustrations, qui sont très colorées. L’album se termine avec deux pages d’information sur le coquin de sanglier et un jeu.

 

Et du poulet!

Je termine cette chronique agricole en vous parlant du mini roman Le capitaine poulet. De retour de l’école, Tonin découvre dans le frigo un œuf qui fait un drôle de bruit. En l’examinant de plus près, le garçon remarque que sa coquille est fendue. L’œuf éclate et un personnage en uniforme militaire apparaît : c’est le capitaine Kot, un agent en mission spéciale. Il souhaite parler au président de la Terre pour améliorer le sort des poulets qui vivent en cage, collés les uns contre les autres. Si rien n’est fait, le capitaine Kot promet de réduire la Terre en omelette!

L’action de cette histoire ne se situe pas à la campagne, mais elle met en lumière une situation qui préoccupe bien des gens : l’élevage des animaux dont ils se nourrissent. Proposant des jeux de mots rigolos, ce roman offre un rythme rapide et des rebondissements imprévus, en plus de sensibiliser les jeunes lecteurs à un sujet d’actualité. Étant donné que le capitaine Kot est transformé en capitaine Krogn à la fin du récit, gageons qu’il reviendra dans une autre aventure.

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