Chroniques

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 75
Éternelles histoires de vieux

Éternelles histoires de vieux

Par Nathalie Ferraris, publié le 29/01/2013

Mon grand-père paternel s’appelait Mario. Il avait immigré au Canada quand il était petit. Son père à lui était cuisinier. Il préparait le pain pour le pape. Oui, monsieur! Mario était photographe et il a croqué sa vie durant de nombreux clichés d’usines de Montréal. En bon Italien qu’il était, il faisait aussi son vin. Le père de mon père est décédé quand j’avais deux ans. Il était, m’a-t-on dit, fou de sa petite-fille (c’est moi, ça!) J’aurais vraiment aimé le connaitre. Heureusement, la littérature pour enfants accorde une place grandissante aux grands-pères. En général, ce sont des hommes drôles, joyeux, tendres et attachants. Quand j’en croise un dans un livre, je pense à Mario.

Les grands-pères ont plein d’histoires à raconter
À cause de son métier de photographe, mon grand-père aurait pu me conter une tonne d’histoires! Tout le monde sait que les grands-pères excellent dans l’art de rapporter leurs souvenirs. Francine Labrie l’a compris en faisant paraitre trois titres dans la collection Cheval masqué : La soupe de grand-papa, Un quêteux chez grand-papa et La télévision de grand-papa. Dans chacune de ces histoires, le narrateur Charles évoque un souvenir d’enfance lié à son grand-papa Ti-Bé et décrit par le fait même le lien d’affection qui les unissent. À ce propos, les trois histoires débutent par la même phrase : « Quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup aller chez mes grands-parents, à Saint-Ours. » Suivent une histoire de soldat, de forêt et de soupe aux boutons dans La soupe de grand-papa, une aventure d’itinérant, d’hospitalité et de pipe dans Un quêteux chez grand-papa, et une intrigue de télévision, de musique et de fête dans La télévision de grand-papa.

La beauté de ces trois histoires, c’est que peu importe le souvenir raconté, Charles rend hommage à son grand-père en soulignant les nombreuses qualités de ce dernier. Le narrateur a retenu les belles valeurs transmises par son grand-père et les évoque avec une fierté non dissimulée. Mon grand-papa Mario m’aurait certainement lui aussi légué de grandes valeurs. Comme la persévérance, puisqu’il en faut beaucoup pour faire du vin!

Les grands-pères ne savent pas toujours lire
Francine Labrie, qui semble avoir un faible pour les grands-pères, a aussi publié l’album Le livre de grand-papa. Le début ressemble étrangement à la phrase d’introduction des trois romans précédents : « Quand j’avais quatre ans, ce que j’aimais le plus au monde, c’était de me faire garder par mes grands-parents. » En outre, on y retrouve les mêmes personnages et le même décor de Saint-Ours. Seul le format du livre diffère.

Seulement le format? Non, car contrairement aux mini-romans de l’auteure, on sent dans cet album un attachement beaucoup plus grand entre Charles et son grand-père. Est-ce une question d’espace et d’illustration? Peut-être… Bref, chaque fois que le garçon est en visite chez ses aïeux, son papi prend du temps pour lui faire la lecture de l’une des cent histoires contenues dans son gros livre. Que ce soit le conte de l’âne qui faisait des crottes en or, celui du diable qui avait acheté un vélo à roues carrées ou la fable du roi qui avait déclenché la guerre à cause d’un poil de souris, toutes les histoires lues par grand-papa Ti-Bé sont fascinantes. Mais Charles grandit et apprend à lire. Un jour, assis près de son grand-père, il remarque que le livre de contes de ce dernier se nomme l’Almanach du peuple. Conscient que son papi est analphabète, le garçon se tait et ne révèlera jamais le secret de son grand-père. Car si ce dernier ne sait pas lire, il possède un grand talent de conteur.

Cette histoire très touchante est supportée par les illustrations de Marc Mongeau. La rondeur et l’utilisation de l’acrylique apportent une touche onirique et poétique au récit, à l’image de la relation qui unit les deux protagonistes. J’y pense : est-ce que mon grand-père Mario savait lire?

Les grands-pères vieillissent
Mon grand-papa est décédé d’un arrêt cardiaque. S’il avait longtemps vécu, j’aurais aimé m’occuper de lui, comme les personnages dans Vrai de vrai, papi? et Mon grand-père.

Le premier livre met en scène Louis et son grand-père, un autre excellent conteur qui termine toujours ses récits mirobolants par « Vrai de vrai ». Mais un jour, papi ne raconte plus d’histoire. « Une vilaine maladie a mangé sa mémoire et ses mots. » Pour tenter de faire sourire son grand-père, Louis se met à lui raconter toutes sortes d’aventures qui se concluent, elle aussi, par « Vrai de vrai ». La magie de l’imaginaire et la force du lien qui unit les générations sont au cœur de cet album.

Le second album se résume avec les mots de la fin de l’histoire : « Mon grand-père devient vieux. Mais il est comme ça… Et c’est comme ça que je l’aime. » S’adressant aux tout-petits, le livre présente un grand-papa ours et son petit-fils. Le narrateur enfant évoque tout ce qu’il fait avec son papi. Sans être triste, l’histoire émeut avec ses phrases très courtes et remplies de bons sentiments : « De temps en temps, il ne me reconnait pas… mais mes câlins lui rappellent qui je suis. » De plus, les illustrations minimalistes composées de blanc, de beige et de rouge, vont à l’essentiel et mettent l’emphase sur l’expression des personnages. Simple et efficace!

Même si je ne l’ai pas connu, je m’ennuie de mon grand-papa Mario. Dans mon cœur, je conserve précieusement le portrait que ma grand-maman Madeleine et mon père m’ont tracé de lui…

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