Chroniques

Littérature jeunesse

Les libraires - Numéro 101
Des duos solides

Des duos solides

Par Sophie Gagnon-Roberge, publié le 02/06/2017

L’écriture est souvent une activité solitaire et les écrivains donnent parfois l’impression d’être des ermites qui vivent reclus derrière leur écran d’ordinateur, ne sortant que pour les salons du livre. Si certains sont en effet des créateurs plutôt indépendants, d’autres aiment beaucoup travailler en équipe. Coup d’œil sur trois œuvres proposées ce printemps par des duos dynamiques.

Chez Fonfon, une nouvelle série de livres de première lecture a vu le jour à l’automne avec la paire formée par Simon Boulerice et Guillaume Perreault. Après celui de Simon, c’est l’univers de Robert Soulières que les jeunes lecteurs découvrent ce printemps grâce aux illustrations de Cyril Doisneau. Ce dernier ne connaissait pas Robert Soulières, monument de la littérature jeunesse d’ici et « personnage » en lui-même avec sa voix tonitruante et son amour des jeux de mots. « Je n’aurais certainement pas encore terminé les livres si j’avais partagé l’atelier avec Robert, car il parle et blague sans cesse », affirme Cyril, plus discret de nature. Le mariage entre les deux univers surprend d’abord, mais « on avait envie de sortir des sentiers battus », affirme Joëlle Landry, éditrice chez Fonfon. « Et il y a une sensibilité et une simplicité dans les illustrations de Cyril qui se mêlent vraiment très bien aux mots et au style de Robert. » En effet, si on connaît davantage l’auteur grâce à l’humour de ses textes, il y a une grande douceur qui émane de ces courts romans qui mettent en scène une version enfant de lui-même.

À travers quatre thèmes, Le lunch de Robert, Le Noël de Robert, Robert est en retard et Quand Robert sera grand, le lecteur découvre davantage Robert et croise même, grâce à la magie de l’édition, le personnage de Simon, réinventé sous le regard de Cyril Doisneau. Ce clin d’œil fort sympathique devrait être renouvelé à l’automne, alors que c’est un duo féminin qui prendra les commandes; les chemins de Simon et Robert devraient donc réapparaître, cette fois sous la plume de l’illustratrice. À suivre!

Pour les plus vieux, Émilie Rivard et Mika sont un duo incontournable. L’auteure et l’illustratrice ont déjà publié près de trente ouvrages ensemble, c’est pourquoi elles avaient toute confiance l’une envers l’autre quand est venu le temps d’amorcer le projet « Extra », publié aux éditions Andara, dont le deuxième tome, Des agents extra spéciaux!, est paru ce printemps. « Nos univers sont hyper compatibles, et dès les premiers moments, on a eu l’impression d’avoir le même cerveau », explique Émilie Rivard.

Leur nouvelle histoire, qui rejoindra tant un public de filles que de garçons, est à propos d’une extraterrestre venue sur Terre pour recueillir des informations susceptibles de permettre à son propre peuple de vivre mieux. Celle qui se fait désormais appeler Éliane n’a jamais cru que sa mission serait aisée, mais elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi compliqué. Déjà, avoir l’air d’une humaine normale quand on est le centre d’attention de son école parce qu’on est nouvelle, c’est complexe. Mais elle doit aussi mettre la main sur un mystérieux coffret enterré dans la cour du plus beau garçon de sa classe, essayer de remonter le moral de son frère qui déprime et ne pas laisser son père, cuisinier hors pair sur sa planète et qui a du mal à se faire à la vie sur Terre, gâcher leur couverture. Le deuxième tome paru ce printemps confirme la qualité de cette série rigolote où les illustrations de Mika complètent parfaitement, et alimentent par moment, la douce folie d’Émilie Rivard. On rit et on se met étrangement à soupçonner beaucoup de gens de venir d’une autre planète!

Finalement, pour les adolescents, c’est le duo mère-fils formé de Sonia Sarfati et de Lou Victor Karnas qui a retenu l’attention ce printemps, présentant un roman-bd, objet hybride au confluent de leurs passions réciproques (Quatre contre les loups). Elle manie les mots depuis longtemps maintenant, tant pour les petits que pour les grands, mais quand elle a eu envie de créer un récit d’aventures autour d’une bande de jeunes qui deviennent des superhéros le temps de défendre leurs convictions, elle avait de la difficulté à imaginer les scènes d’action. C’est ainsi qu’elle a pensé à lui, qui a travaillé en animation et en jeux vidéo, pour lui venir en aide. Ensemble, ils ont exploré ce genre nouveau qu’ils inventaient au fil de l’histoire et ont réussi à créer un livre magnifique où tant l’histoire que le graphisme sont soignés.

Il y a en effet un grand souci graphique dans ce récit où la narration est faite en noir et les bandes dessinées dans les teintes de rouge et de mauve, mais où les transitions sont faites tout en douceur, accompagnant l’œil. On est donc à Eastwood, petite ville américaine qui se distingue grâce à sa maison hantée, devenue une véritable attraction depuis qu’un premier couple d’amoureux s’y est embrassé et l’a définie comme lieu de bénédiction pour les amours. Mais le futur maire souhaite détruire ce parc laissé à l’abandon au fil des ans et profite de l’arrivée du Wolfgang, un groupe de jeunes particulièrement agressifs, pour convaincre les citoyens de la ville de la dangerosité de l’endroit et de la nécessité de le détruire. Pour des raisons diverses, Félix, Miguel, Zack et Léonie souhaitent toutefois que l’endroit demeure. Et ces quatre adolescents uniront leurs forces pour que cela se produise, devenant Rey, Pep, Babe et Effie une fois la nuit tombée. Si chacun a des ressources déjà impressionnantes, ensemble ils forment une équipe redoutable, d’autant qu’ils sont portés par la force du cœur...

Si chacun a travaillé de manière différente, l’un après l’autre, simultanément ou en concertation, tous ces duos ont offert des œuvres qui nourrissent le lecteur et enrichissent son expérience!

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