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Bêtises de jeunesse

Bêtises de jeunesse

Par Nathalie Ferraris, publié le 02/06/2011
J’ai un oncle de sept ans mon aîné. Il s’appelle Mario. Quand j’étais petite et qu’il devait veiller sur moi, il m’entraînait dans ses folles aventures. Que de bêtises il m’a fait faire! Afin d’obtenir un seul quartier de l’orange qu’il épluchait, Mario me demandait, tout sourire, de compter jusqu’à deux cents. Pour ne pas payer l’entrée au ciné-parc de Saint-Eustache, il me faisait escalader le mur de pierres qui entourait le populaire endroit. Le matin, il prenait un malin plaisir à étaler une couche bien épaisse de beurre d’arachides sur mes rôties et riait de me voir mastiquer comme une vache. Ah oui, Mario aimait beaucoup aussi me caler au fond de la piscine. Un vrai grand frère pour moi!
Bêtises d’aîné, de cadet et de benjamin
En matière de bêtises et de fratrie, l’auteur Cary Fagan s’y connaît. Étant le plus jeune d’une famille de trois garçons, il a plongé dans sa boîte à souvenirs pour raconter, sous le ton de la confidence, quelques anecdotes de son enfance dans un album rempli de tendresse et d’espièglerie.

Ainsi, comme le montre Mes grands frères et moi, il y a un certain avantage à être le plus jeune de la famille. N’est-il pas sécurisant en effet de savoir qu’on peut compter sur ses grands frères quand arrive un malheur? Qui d’autre qu’eux organiserait des funérailles pour un lézard vert? Qui déborderait d’autant d’imagination qu’eux dans leurs jeux? Et qui d’autre ferait fuir à toutes jambes trois méchantes sœurs?

Mais être le benjamin comporte aussi des désavantages. Mon oncle Mario me l’a bien montré, et les grands frères du protagoniste de Mes grands frères et moi aussi. Ils l’ont prouvé en échappant le héros alors qu’il n’était qu’un bébé d’une semaine. Ils lui ont fait croire qu’il était riche en faisant passer de la pyrite de fer pour des pépites d’or. Ils l’ont impliqué dans un incendie déclenché par des pétards et dans une joute de soccer intérieur qui s’est terminée par le bris d’une figurine en porcelaine rapportée d’Italie.

Je ne me souviens pas m’être vengée des idioties de mon oncle. Mais le héros de Mes grands frères et moi, lui, sait se défendre. Ayant une peur bleue du modèle réduit du monstre de l’un de ses frères, le benjamin décide de passer à l’action: il donne un dollar à l’aîné afin que ce dernier détruise à coups de marteau l’hideuse créature!

Mise en valeur par les illustrations au style rétro de Luc Melanson, cette histoire de complicité, d’admiration, de maladresses et de bêtises fera assurément rire les jeunes. Elle risque aussi de faire sourire les parents qui ont craqué pour le film C.R.A.Z.Y.

Bêtises de frère et sœur
Le tandem Pittau & Gervais est reconnu pour son humour grinçant et irrévérencieux. Dans J’ai pas fait exprès… et C’est pas moi…, l’auteur et l’illustrateur présentent un garçon et une fillette qui en font voir de toutes les couleurs à leurs parents.

Le premier album met en vedette une jeune fille qui dit ne pas avoir fait exprès de jeter le poisson rouge dans les toilettes, de refermer la porte sur la main du petit frère, d’ouvrir la fenêtre pendant qu’il pleut, de tirer sur la guirlande du sapin de Noël, d’arroser le petit frère au lieu des fleurs et de sauter à la corde à danser dans la cuisine.

Quant à l’album C’est pas moi…, il montre l’inverse de ce qu’affirme un garçon, qui nie avoir craché sur la vitre, fait monter le chien sur la table pour lécher les assiettes, renversé le pot de peinture rouge, coupé les cheveux de sa petite sœur ou lui avoir fait peur avec une araignée, et sauté sur le lit avec le chien.

Se terminant sur ces deux phrases «Mais j’ai FAIT EXPRÈS de déposer un gros bisou sur la joue de papa pour me faire pardonner!» et «Mais C’EST MOI qui ai déposé un gros bisou sur la joue de maman pour me faire pardonner!», ces petits livres carrés au style minimaliste ne se résument pas à une simple énumération de mauvais coups. Au contraire, ils apprennent au lecteur, grâce au dessin, les conséquences que peuvent avoir les petites et les grosses bêtises. Dommage que ces livres n’aient pas existé au moment où mon oncle se transformait en tortionnaire!

Bêtises d’un petit qui veut devenir grand
En général, plus ils vieillissent, moins les enfants se livrent à toutes sortes de bêtises. Mon oncle Mario a mûri, et le plaisir qu’il prenait à me ridiculiser s’est transformé en volonté de m’apprendre des choses. Ensemble, nous avons vu le film Il était une fois dans l’Ouest et nous avons écouté tous les albums du groupe Led Zeppelin. Lui devenait jeune adulte, moi préadolescente.

Dans l’album Mais je suis déjà grand!, l’écrivain Michel Piquemal met en scène Piccolo, à qui ses parents disent qu’il est trop jeune pour aller seul dans la rue et pour regarder des films de grands. Tenant à prouver qu’il n’est plus un bébé, Piccolo prépare le déjeuner… et fait brûler les rôties. Il arrose les plantes… et inonde le salon. Petites bêtises, mais bêtises quand même!

Paru dans la collection Piccolophilo, cet album se termine par des jeux, des informations et des réflexions sur des grandes questions: qu’est-ce que devenir grand et comment être une bonne grande personne? Un autre livre qui aurait pu figurer dans la bibliothèque de mon oncle!


Bibliographie :
Mes grands frères et moi, Cary Fagan (texte) et Luc Melanson (ill.), Scholastic, 32 p. | 10,99$ J’ai pas fait exprès…, Pittau & Gervais, Gallimard, 26 p. | 12,75$ C’est pas moi…, Pittau & Gervais, Gallimard, 26 p. | 12,75$ Mais je suis déjà grand!, Michel Piquemal (texte) et Thomas Baas (ill.), Albin Michel, 32 p. | 11,95$
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