Chroniques

Littérature jeunesse

Le libraire - Numéro 73
Amenez-en, des zizis!

Amenez-en, des zizis!

Par Nathalie Ferraris, publié le 30/10/2012

Lorsque je me suis penchée sur cette chronique, à la mi-septembre, je n’avais pas encore reçu beaucoup de nouveautés automnales. Une quinzaine, peut-être. Je cherchais un livre qui allait me secouer, me renverser, m’épater, me garder réveillée, m’exciter, me donner envie de tourner les pages avec fébrilité. Bref, je cherchais une perle rare. Ce que j’avais entre les mains était bien, très bien même, mais je souhaitais présenter dans cette chronique un titre fort, un titre qui allait passer à l’histoire, un titre qui allait déranger. Or, la journée où je devais remettre mon texte, voilà qu’un document PDF arrivait dans ma boîte de courriels. Enfin, je tenais mon petit bijou!

Petit zizi
Quand il est paru aux 400 coups en 1997, l’album Petit zizi de Thierry Lenain et Stéphane Poulin a fait un malheur. Le livre raconte l’histoire du petit Martin qui s’inquiète à propos de son zizi. Non seulement il se demande si, un jour, il ressemblera à celui de son papa, mais à l’école, Adrien, qui a vu le pénis de Martin à la piscine, n’arrête pas de l’appeler « petit zizi » devant tout le monde. Le malaise! Sauf que comme la vie n’est pas qu’une question de zizi, grand ou petit, la jolie Anaïs, qui fait partie de l’histoire, tourne son cœur vers Martin plutôt qu’Adrien… Je me souviens très bien du scandale qu’avait provoqué Petit zizi à l’époque. Les enseignants refusaient d’acheter le livre sous prétexte qu’il était osé et que les petits garçons de leurs classes allaient se mettre à imiter les personnages de l’histoire, que ce soit en comparant la longueur de leur pénis ou en faisant des concours de qui allait pisser le plus loin. Comme si les enfants avaient besoin d’un album pour se livrer à ce type d’activités! En plus, à part une toute petite fois, jamais les illustrations de Stéphane Poulin ne laissaient voir un quelconque pénis…

Gros zizi
Ce que j’ai reçu dans ma boîte de courriels est bien loin de l’album Petit zizi. Dans cette nouveauté tout à fait charmante, on parle non seulement de zizi, mais on en montre! Ce livre qui m’a fait écarquiller les yeux, sauter de joie, sourire et éclater de rire, c’est Ma sœur veut un zizi. Parue aux éditions de la Bagnole, l’histoire est écrite et illustrée par le très talentueux Fabrice Boulanger. Cette histoire, elle commence ainsi : « Depuis quelque temps, ma petite sœur est vraiment bizarre. Bien sûr, ça fait un bon moment qu’elle mange sa tartine au beurre d’arachides avec une tranche de jambon dessus... ou qu’elle me vole mes culottes pour les transformer en chapeaux. Mais là, ce n’est plus possible! Plus moyen de me déplacer sans l’avoir derrière moi. C’est comme un bonbon collé à ma chaussure. La semaine passée, dans le bain, elle s’est aperçue qu’il y avait quelque chose de différent entre elle et moi. Pas simplement que j’étais deux cents fois plus fort qu’elle ou que j’avais le même tatouage que Cosmic-Mega-Man, mon super héros favori. Non, ma sœur a découvert... MON ZIZI! » Avouez que c’est une belle entrée en matière! Fascinée par le pénis de son frère, la fillette, qui a constaté qu’elle n’avait pas cet attribut, se met à vouloir sans cesse jouer avec le zizi du garçon. En plus de se l’approprier à l’heure du bain, elle ne se gêne pas pour tirer les culottes de son frère à tout moment et elle n’hésite pas à essayer de faire pipi comme lui. Exaspéré, le jeune garçon en vient à porter plusieurs couches de pantalons et à se fabriquer un bouclier avec une boîte et des bretelles afin d’éloigner sa petite sœur de ses parties intimes. Il demande même au père Noël d’apporter un zizi à sa sœur…

Vous l’aurez deviné, c’est sur un mode humoristique que Fabrice Boulanger a écrit cette histoire. L’auteur qualifie la fillette d’« attrapeuse de zizi » ou de « touche-zizi », et il use de termes comme « zigounette » et « macaroni » pour parler du pénis. Sans même voir les illustrations, on se bidonne gaiement! Mais se passer des illustrations de cet album serait vraiment dommage.

En plus de mettre de la vie dans différents romans, Fabrice Boulanger nous a présenté au fil des années de magnifiques albums comme Maman va exploser (La Bagnole), Archimède Tirelou inventeur (Michel Quintin), Auguste conduit un camion (Hurtubise), Wesley dans l’hémisphère neige (Raton Laveur) ainsi que Bon bain, mon petit ourson chéri, Bon hiver, mon petit ourson chéri et Bon appétit, mon petit ourson chéri (Michel Quintin). Dans l’album qui nous intéresse, les personnages sont en mouvement, ils offrent des frimousses très expressives, et les taches et bulles qui parsèment les pages ici et là apportent du dynamisme à l’ensemble. La participation des jouets qui entourent les enfants ajoute aussi une énergie au livre. Mais alors que le pinceau de Stéphane Poulin s’était fait discret en matière de pénis dans Petit zizi, celui de Fabrice Boulanger est beaucoup plus dégourdi dans Ma sœur veut un zizi. À trois reprises, on voit très bien le pénis du grand frère. C’est un pénis non circoncis avec des testicules. Et pour bien montrer la différence sexuelle entre la fillette et le garçon, l’illustrateur va même jusqu’à dessiner la vulve de la petite sœur qui se regarde dans le miroir. Et en fin de livre, il nous présente les seins tout ronds de la maman. On est bien loin des livres qui devaient, il n’y a pas si longtemps, ne présenter qu’une légère craque de fesses!

Je ne sais pas comment sera reçu Ma sœur veut un zizi. Les écoles le trouveront-elles trop osé ou juste assez, compte tenu des images véhiculées dans les médias? Et les parents? À mon avis, cet album est une réussite sur tous les plans. Il est beau, il est rigolo et il aborde une thématique bien présente chez les enfants. Ça fait aujourd’hui quinze ans que Petit zizi est paru et j’en entends encore parler. Bien honnêtement, je souhaite que dans quinze ans on entende encore parler de Ma sœur veut un zizi

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