Chroniques

Essai québécois

Les libraires - Numéro 100
Un livre pour les adultes; un livre pour les enfants

Un livre pour les adultes; un livre pour les enfants

Par Normand Baillargeon, publié le 07/04/2017

Les mémoires d’Yvon Charbonneau, un homme au parcours pour le moins étonnant; et de quoi donner le goût de lire (et peut-être aussi de l’histoire) à un enfant.

Yvon Charbonneau est sans doute un nom familier pour la plupart des personnes qui liront cette chronique, à l’exception peut-être des plus jeunes d’entre elles.

Charbonneau a en effet été très présent, sur les scènes sociales et politiques québécoises, canadiennes et même internationales durant quatre décennies, notamment à titre de chef syndical, de politicien et d’ambassadeur. Son parcours, marqué par quelques changements idéologiques importants, en a intrigué plus d’un.

Charbonneau, né en 1940 près de Mont-Laurier, est décédé en avril 2016. Il venait alors de mettre la dernière main à ses mémoires, que publie M Éditeur. C’est un document fort intéressant en raison du parcours de l’auteur, qui nous fait traverser avec lui cette vie bien remplie qui fut la sienne durant un moment historique particulièrement riche, et aussi de son souci d’expliquer en toute franchise ses choix, ses prises de position et ses revirements. Le livre utilise d’ailleurs deux typographies distinctes, l’une qui est celle du Charbonneau qui rapporte des faits et raconte son histoire, l’autre de Charbonneau qui prend ses distances avec elle et en tire des leçons.

Son livre, qui fait plus de 450 pages bien serrées, raconte mille péripéties, évoque de nombreuses rencontres et bien des personnages souvent célèbres – Robert Bourassa, Marcel Pepin, Michel Chartrand, Jean Chrétien, Yasser Arafat, etc.; il raconte les divers pays où il a travaillé; surtout, il décrit, du point de vue de celui qui fut un acteur important, de grands événements du Québec moderne. Je ne peux évidemment ne donner ici qu’une brève idée de son contenu.

Disons simplement que Charbonneau est né dans une société où règnent, comme il le dit, « conservatisme social [et] unanimité religieuse », en cette ère du duplessisme qui est celle d’un « agrégat de ruralisme, de combines de l’élite professionnelle avec le haut clergé et les patrons des grandes entreprises ». Mais bientôt va se mettre en marche la Révolution tranquille.

Son parcours sera marqué par son passage au Séminaire de Mont-Laurier et il est intéressant de l’écouter revenir, sans mépris ni idéalisation, sur le type de formation qu’on y donnait. Charbonneau choisit ensuite de fréquenter l’école normale pour devenir enseignant, et l’université pour étudier la littérature. Il fait aussi de la coopération internationale en Tunisie et rédige un mémoire de maîtrise sur le dramaturge Armand Salacrou, qu’il a rencontré à Paris dans le cadre de ce travail.

Entré dans le syndicalisme enseignant dans son ancien collège classique devenu polyvalente, il sera ensuite président de la CEQ de 1970 à 1978, puis de nouveau de 1982 à 1988, avant, notamment, de diriger une commission parlementaire, d’être cadre pour SNC, de travailler pour un cabinet de relations publiques, de devenir dans les années 90 député libéral au niveau provincial, puis au niveau fédéral (1997-2004), avant de finir ambassadeur à l’UNESCO (2004-2006).

Ce parcours, qui conduit de la présidence d’une centrale syndicale très à gauche et souverainiste, à une activité politique fédéraliste et, disons, centriste, a étonné bien des gens. Chacun pourra désormais, dans ce livre bien écrit et riche en anecdotes, en informations et en réflexions, sinon l’approuver, du moins le comprendre un peu mieux.

Les conclusions qu’on en tirera seront sans doute variées; mais quoi qu’il en soit, l’ouvrage reste passionnant pour le survol qu’il propose de notre histoire récente et pour le rappel de ces rencontres, de ces choix, de ces hasards et de tout ce qui fait la complexité d’une vie.

Dans sa toute dernière partie du livre, Charbonneau revient sur l’ensemble de son parcours. Il expose et défend les convictions fédéralistes qui sont devenues les siennes, sa conception de l’action politique comme espace des possibles, son attachement constant à certaines valeurs de justice sociale et à l’éducation, dont il rappelle qu’elle le laisse en fin de parcours avec plus de questions que de réponses.  On y lira même des analyses que plus d’un militant de gauche ne renierait pas : « Les grands décideurs, économiques et financiers, tissés en réseaux opaques et fluides, disposent, à travers les secousses et les crises récurrentes, dans un même mouvement et tout à la fois, des finances publiques et des conditions de travail des salariés qui y travaillent », ne laissant de la sorte que peu de marge de manœuvre aux acteurs, politiciens ou syndicalistes.

Charbonneau plaide pour un syndicalisme renouvelé à l’heure de la mondialisation dont il ne minimise aucun des effets négatifs, un syndicalisme de transformation sociale qui serait fédéraliste et progressiste.

***

Ce chroniqueur n’a pas souvent parlé ici d’essais pour enfants. Il s’en fait pourtant, et de bons. Mea culpa.

En voici un, délicieux, que les jeunes (entre 7 et 12-13 ans, je dirais, mais sans doute aussi de 7 à 77 ans…) apprécieront. Cet ouvrage propose une plongée, en mots et en images, dans l’histoire du Montréal d’il y a un peu plus d’un siècle.

Elle s’appelle Angélique. Elle a 12 ans. Au mois d’août 1912, elle quitte seule par train son village natal pour aller visiter de la famille à Montréal.

Elle la connaît déjà un peu, cette ville, grâce à un album de photographies, qu’elle feuillette avec nous. Puis elle nous amène avec elle en voyage et nous découvrons alors Montréal comme elle était : des lieux familiers; d’autres qui ont disparu; des bâtiments, dont certains existent toujours; des métiers, dont certains ne s’exercent plus; des gens; leur mode de vie : c’est tout cela qu’on découvre à travers le regard d’Angélique, mais aussi à travers de nombreuses et fort belles photographies d’archives.

Que vient donc faire Angélique à Montréal? Vous le découvrirez en lisant ce tout petit livre (60 pages) qui ne manquera pas d’éveiller de la nostalgie en vous, qui pourrait bien donner le goût de l’histoire à votre enfant, et qui contribuera à nourrir son infiniment précieux goût pour la lecture.

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