Chroniques

Essai québécois

Les libraires - Numéro 117
Deux livres d'images

Deux livres d'images

Par Normand Baillargeon, publié le 10/02/2020

D’excellents essais peuvent très bien se faire avec des images. À preuve, cette BD et ce magnifique livre d’astronomie.

Jean-René Roy n’est pas seulement un éminent astrophysicien québécois : il connaît aussi très bien la philosophie des sciences et a ce trop rare souci de vulgariser et de faire aimer son imposant savoir, ce qu’il fait de manière exemplaire.

Ce qui vous frappera d’abord dans Trente images qui ont révélé l’univers, l’ouvrage de grand format et cartonné qu’il nous propose cette fois, c’est sa magnifique beauté. Vous le laisserez traîner sur la table du salon où vous et vos convives, ils vous en sauront gré, pourrez le feuilleter en en contemplant les images en couleurs — car c’est en effet un livre d’images, même si ce n’est pas que cela.

À travers trente images soigneusement sélectionnées et avec de très nombreuses autres illustrations en couleurs, Roy raconte l’astronomie. Comme il l’explique, les images contiennent de l’information que peut lire le scientifique et pour cette raison, elles ont joué un rôle capital dans la construction de la science et tout particulièrement de l’astronomie, « archétype des sciences de l’image ».

Tout commence avec les dessins de Galilée (1610) qui reproduit ce que son télescope lui permet de voir; arrive ensuite la photographie (XIXe siècle); puis le recours à des ondes électromagnétiques, qui permet d’aller au-delà des capacités de l’œil humain et de découvrir un univers jusque-là invisible. « Nul œil ne peut voir directement en rayons X ou en ondes électromagnétiques, explique Roy, mais d’habiles conversions de signaux et des transcriptions mathématiques astucieuses permettent de visualiser ces signaux. »

Le parcours proposé comprend cinq parties. Les quatre premières retracent l’histoire de l’astronomie : on passe des représentations du système solaire, à celles de la Voie lactée et des galaxies, avant d’en venir à la cosmologie. Dans chacune de ces parties, une image dite « transformatrice » est présentée et son importance, expliquée — à l’aide du texte de Roy —, mais aussi de nombreuses autres images et illustrations.

La cinquième partie du livre, plus brève, traite d’images qui ne sont pas représentatives au sens usuel, mais qui permettent néanmoins de se faire, par abstraction, une image d’un phénomène, d’un aspect du réel.

Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, considérons le premier chapitre. L’image transformatrice est ici celle de ces dessins de la Lune vue à travers un télescope, faits par Galilée. Roy explique ce que Galilée en tire (par exemple, qu’il y a sur la Lune un relief topographique dont il mesure les amplitudes), replace tout cela dans le contexte historique et les débats qui s’ensuivent avant de nous expliquer où nous en sommes aujourd’hui dans notre connaissance de la Lune — entre autres avec les missions Apollo.

L’ouvrage, qui est un régal tant pour l’œil que pour l’esprit, comprend à la fin un fort utile lexique de termes et de concepts d’astronomie, une bibliographie et un index.

Voltaire en bande dessinée
François-Marie Arouet (1694-1778), dit Voltaire, est un écrivain, philosophe et militant de nombreuses causes politiques, scientifiques et humanitaires. Il est un représentant exemplaire de ce siècle des Lumières durant lequel il a vécu, un siècle qu’il incarne à lui seul sur de très nombreux plans : la critique des superstitions, des pouvoirs cléricaux et politiques, la défense de l’individu contre eux, la défense de la science et de la raison, l’écriture et la verve comme armes cruciales dans tous ces combats.

Les bédéistes Jean-Philippe Beuriot et Philippe Richelle relèvent brillamment le défi de le faire connaître au grand public dans Voltaire : Le culte de l’ironie.

Nous sommes en 1765 et on retrouve Voltaire au domaine de Ferney, qu’il a acheté en 1759. Il se trouve à la frontière de la France et de la Suisse et c’est là où le philosophe terminera ses jours, relativement à l’abri des puissants.

Un biographe (inventé pour la BD…) vient le voir et Voltaire lui raconte sa vie : sa famille, ses études, ses amours, ses combats, ses prisons, son exil en Angleterre, ses succès d’homme de lettres et notamment au théâtre.

Mais Voltaire ne fait pas que tourner le regard vers le passé : il s’intéresse au présent et une des importantes trames du livre est la fameuse et terrible affaire du chevalier de La Barre (1745-1766). Âgé de 19 ans, celui-ci est faussement accusé d’actes blasphématoires et est exécuté en 1766, de manière atroce. Le fait qu’il possédait un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire (qu’on brûlera avec lui) aura entre autres servi de prétexte à son assassinat. Horrifié par cette injustice, Voltaire se portera à sa défense, comme il l’aura fait pour d’autres personnes.

Dans un entretien avec les auteurs qu’on retrouve à la fin du livre, Beuriot explique qu’ils ont voulu « dans le contexte actuel de montée des obscurantismes religieux […], revenir sur cette période [les Lumières] qui a vu l’émergence d’un mouvement littéraire, philosophique et scientifique qui s’opposait à la superstition, à l’Intolérance et aux abus de l’Église et des États ».

Belle idée. Et mission accomplie.
Si vous connaissez Voltaire, vous y retrouverez faits, anecdotes, péripéties et personnages familiers. Si vous ne le connaissez pas, je fais le pari que ce livre vous donnera envie de le lire.

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