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Une rentrée de classe

Une rentrée de classe

Par l'équipe du Libraire, publié le 30/08/2006
Qu’ils soient étudiants ou écrivains, c’est avec un mélange d’excitation et de nostalgie qu’ils tournent une page supplémentaire de leur calendrier et voient le mois de septembre succéder à celui d’août. En effet, pour les uns comme pour les autres, qu’il s’agisse d’une première ou d’un grand retour, l’époque de la rentrée (scolaire et littéraire) représente un tournant important. L’automne apporte donc son lot de petites et grandes joies : troquer ses bermudas contre un lainage aux tendances de la saison; ranger ses battes de baseball pour attraper crayons et papier; croiser des visages qui deviendront vite indispensables; renouer avec ses copains et, bien entendu, ses auteurs préférés.
Ainsi, la rentrée littéraire d’automne représente la période la plus excitante de toute l’année. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on franchit le seuil d’une institution scolaire, publie pour la première fois ou voit son ixième ouvrage livré en librairie. La fébrilité est toujours présente. Que retiendrons-nous de cette nouvelle saison? Qui, parmi les centaines d’auteurs, marquera l’imaginaire des lecteurs? Quels seront les élèves modèles, les petits chenapans, les surdoués, les excentriques? Bref, qui récoltera les meilleures notes dans les diverses matières à l’étude?

Tandis que les romanciers, les nouvellistes, les essayistes, les illustrateurs et les bédéistes, pour ne nommer que quelques artistes du livre – dans notre prochain numéro, les écrivains de polars, de fantastique et de science-fiction vous seront présentés –, espèrent tous obtenir un «bulletin» exemplaire, des magazines comme le libraire endossent les oripeaux du professeur. Car aborder la rentrée littéraire, c’est un peu comme apprivoiser une classe remplie d’élèves inconnus : il faut plonger tête première, garder l’œil alerte et l’esprit ouvert. Et savoir séparer le bon grain de l’ivraie. Voici donc, pour vous chers lecteurs, divisé selon certaines matières enseignées à l’école, le portrait d’une classe exemplaire (enfin presque!).


Langues
Encore une fois cette saison, la littérature anglo-saxonne domine avec un lot impressionnant de traductions en provenance des États-Unis, du Canada et de la Grande-Bretagne. Du nombre, on attend avec impatience Je te retrouverai de John Irving (Seuil), certainement le livre le plus personnel de l’auteur du Monde selon Garp. Un autre John, Updike celui-là, publie Tu chercheras mon visage (Seuil), tandis que Stephen McCauley risque quant à lui de faire pas mal de bruit avec Sexe et dépendances, assez du moins pour que Flammarion Québec fasse de ce drôle de récit de mœurs, qui met en scène un agent immobilier gay tiraillé entre le renoncement et l’hédonisme, l’un des événements majeurs de sa rentrée.

Après avoir épaté la galerie avec Les Orphelins de Brooklyn (L’Olivier, 2003), Jonathan Lethem confirmera peut-être l’enviable statut qu’il occupe au sein des lettres américaines avec Forteresse de solitude (L’Olivier), à moins que Rick Moody (Le Script, L’Olivier) ne lui vole la vedette. Signalons aussi que James Frey, à qui l’on doit Mille morceaux (Belfond, 2004), le récit de vie «romancé» ayant scandalisé l’Amérique après qu’Oprah Winfrey l’ait louangé, fera paraître Mon ami Leonard (Belfond). Cette fois, le jeune auteur controversé jure de dire toute la vérité, et rien que la vérité…

Enfin, la relève chez nos voisins du Sud semble assurée avec Benjamin Kunkel, dont le premier roman (Indécision, Belfond) nous parvient précédé des chaudes recommandations de Joyce Carol Oates et de Jay McInerney, de même qu’avec Nicole Krauss et son Histoire de l’amour (Gallimard). Signalons également Jonathan Littell (oui, le fils de Robert), qui a écrit en français Les Bienveillantes (Gallimard), et enfin, toujours aussi sûr de son génie, Jonathan Safran Foer (aussi l’époux de Nicole Krauss : le monde est petit!), qui signe un roman intriguant sur lequel plane le spectre du 11 septembre : Extrêmement fort et incroyablement près (L’Olivier). Fait à noter, après que le cinéma ait enfin brisé le tabou autour des tristes événements qui ont marqué à jamais l’imaginaire des Américains, la littérature ne cesse de s’en emparer, comme en témoigne le satirique Un désordre américain de Ken Kalfus (Plon), dans lequel l’effondrement d’un couple est mis en relation avec celui des Twin Towers.

Nos voisins canadiens anglais ne sont pas non plus en reste en ce qui concerne l’excellence littéraire. À preuve, nous serons gâtés avec Alligator, le premier roman de Lisa Moore (Boréal), figure montante de la littérature canadienne dont le recueil de nouvelles intitulé Open (Boréal, 2004) avait enchanté la critique, sans compter Le Cameraman de Bill Gaston (La Pleine lune), Un mur de lumière d’Edeet Ravel (Belfond) et Dernières notes de Tamas Dobozy (Les Allusifs). Chez Québec Amérique, on croit avoir trouvé une perle rare avec La Neuvième personne du singulier de Joël Hynes, dont la prose a été traduite par la très talentueuse Sylvie Nicolas, également romancière. Les amateurs de nouvelles voudront certainement déguster Un goût de rouille et d’os de Craig Davidson (Albin Michel) ou, dans un registre moins sombre, Un peu, beaucoup, pas du tout d’Alice Munro (Rivages). Il faudra aussi surveiller de près les œuvres de Catherine Bush (Les Règles d’engagement, Triptyque), Barry Callaghan (Jamais est l’Écho de toujours, Les Allusifs) ainsi que de Paul Quarrington (L’Œil de Claire, Alto), qui précipite dans l’œil d’un ouragan une poignée de personnages aux destins déglingués. Enfin, Sean Stewart fait son entrée dans la nouvelle collection «Interstices» chez JC Lattès avec L’Oiseau moqueur, un habile croisement entre SF et réalisme magique.

Passons du côté de la Grande-Bretagne à présent, d’où nous arrivent le nouvel opus d’un des maîtres de la science-fiction moderne, Neil Gaiman (Anansi Boys, Au diable vauvert), et un premier roman signé Tash Aw (Le Tristement Célèbre Johnny Lim, Éditions Robert Laffont), récipiendaire du prestigieux Prix Whitebread, et dont on dit beaucoup de bien. Idem pour Tobias Hill, un critique de rock qui, à 36 ans, a obtenu un franc succès avec Le Cryptographe (Rivages). Un peu moins connu malgré qu’il ait remporté en 2003 le Prix Man Booker, DBC Pierre signe un deuxième roman intitulé En attendant Ludmilla (Panama), tandis que le toujours très prisé Ian McEwan (Samedi, Gallimard) tisse, autour des mésaventures d’un neurochirurgien qui voit en une seule journée sa vie basculer dans la violence, une réflexion sur la tourmente du début du XXIe siècle.

En vrac, offrons-nous un tour du monde avec une première escale du côté de l’Allemagne par le truchement du cinquième roman de l’Autrichien Martin Suter (Le Diable de Milan, Éditions Christian Bourgois), qui poursuit la création d’une œuvre toujours surprenante, caractérisée par un délicat parfum d’étrangeté. Au Portugal nous attend La Lucidité du monumental José Saramago (Seuil), et plus au sud, en Israël, Amos Oz nous propose Soudain dans la forêt profonde (Gallimard). Le recueil Voyage vers les étoiles d’Akira Yoshimura (Actes Sud), un écrivain méconnu malgré son génie fulgurant, devrait quant à lui attirer les lecteurs des œuvres de Yoko Ogawa qui sont fascinés par les questions de la valeur de la vie et de l’importance du deuil.

Ouf! Heureusement que les traducteurs sont là pour nous éviter d’apprendre les nombreuses langues dont nous aurions besoin pour lire ces œuvres en provenance d’autres horizons...


Histoire
Voilà un terrain de jeu fascinant pour les écrivains. Toujours aussi populaires, les romans historiques traitent par, les temps qui courent, d’innombrables mystères ou jettent un regard neuf sur le passé. Parmi les grandes sagas, on peut parier sur le succès de La Princesse et le Kilim de Peter Berling (JC Lattès), du deuxième tome d’Un tourbillon de neige et de cendres de Diana Gabaldon (Libre Expression), d’Alexandre et Alestria de Shan Sa (Éditions Albin Michel) et du premier tome des Chevaliers du temple de Jack Whyte (Les intouchables). Après avoir complété son cycle de «La Bible au féminin», Marek Halter s’attaque quant à lui à la figure de Marie, une femme consciente de son rôle, de son destin et de celui de son fils (Marie, Éditions Robert Laffont). Si la fin des années 70 en Italie vous intéresse, vous plongerez alors avec ravissement dans Le Pays des merveilles de Giuseppe Culicchia (Éditions Albin Michel). Si vous préférez faire un voyage dans le temps et visiter la Chine impériale à l’époque de la guerre de l’opium, il vous faut opter pour L’Empire des larmes de José Frèches (XO Éditions). Retour en Europe, maintenant, avec Sarah Waters, écrivaine très populaire en Grande-Bretagne, mais qui reste encore pleinement à découvrir sous nos latitudes. Ce sera sûrement chose faite après la lecture de Ronde de nuit (Denoël & d’ailleurs), une plongée fascinante et teintée d’érotisme trouble au cœur des heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale, alors que les bombes allemandes pleuvaient sur Londres.

Plus près de chez nous, Michel David clôt cet automne son cycle intitulé «La Poussière du temps» (Au bout de la route), qui va des années 1960 à 1984, et se lance simultanément dans un autre, intitulé «À l’ombre du clocher» (Les Années folles), tous deux publiés par Hurtubise HMH. Cette fois-ci, le romancier nous emmène dans un petit village du début des années 20 afin d’examiner les tensions sociales et politiques ayant suivi la Première Guerre mondiale. Hurtubise HMH mise décidément sur l’engouement des lecteurs pour l’histoire, puisqu’il faudra ajouter au doublé de Michel David L’Arbre de vie de Michel Aurillac. Passons chez VLB éditeur : Mylène Gilbert-Dumas (la trilogie «Les Dames de Beauchêne»), toujours aussi passionnée par notre passé souvent mouvementé, signe avec 1704 un roman inspiré d’un fait vécu, soit la déportation d’une jeune Anglaise dans un village du Massachusetts afin qu’elle soit vendue comme esclave en Nouvelle-France. Dans le filon des sagas, VLB éditeur lance un nouveau roman de Diane Lacombe, l’auteure de la trilogie à succès «La Châtelaine de Mallaig», qui revisite cette fois l’époque des Vikings dans Gunni le Gauche. Chez le même éditeur, Anne-Marie Sicotte signe Les Accoucheuses, le monumental premier tome d’une série consacrée au combat des sages-femmes au Québec, dont l’action se situe en 1845. Parions que ce sujet très actuel saura parler au lectorat. Chez Québec Amérique cette fois, Pauline Gill, l’auteure de la série «La Cordonnière», se lance dans une toute nouvelle série avec La Louve blanche, premier volet de «Docteure Irma». Du côté des Éditions Septentrion, où l’histoire n’a (presque) plus de secrets, on propose de découvrir Les Exilés de l’Anse à Mouille-Cul de Gaston Deschênes, un récit basé sur des faits réels et mettant en scène un couple qui, en 1774, à Saint-Jean-Port-Joli, décide se marier malgré l’interdiction de l’Église.

Chez JCL, Frédérick Durand propose quant à lui une ballade dans le «Montréal secret» à l’apogée du XIXe siècle avec Au carrefour des 3 éclipses. Situé aux confins de l’histoire, de la géographie et du rêve, Xanadou de Patrick Tillard (L’instant même) examine les liens entre Qubilaï Khan et Marco Polo avec, en toile de fond, le Khoubla Khan du poète britannique Samuel Coleridge.

Du côté de la très lucrative (et prolifique) association entre l’histoire et le mystère, on note cet automne plusieurs romans qui, tout en tenant leur lecteur en haleine, espèrent lever le voile sur les plus fabuleux secrets de l’univers. Tiens, même Kathy Reichs, qui nous a habitués à des intrigues très contemporaines, lance son héroïne Tempe Brennan dans une enquête (À tombeau ouvert, Éditions Robert Laffont) qui la mènera en Israël dans le but de déterminer si des ossements trouvés dans un tombeau seraient ceux du Christ ou de son frère, Jean. Inutile de préciser que quelqu’un, quelque part, sera prêt à tuer pour cacher la vérité. Dans La Conspiration Darwin de John Darnton (Éditions Michel Lafon), un jeune naturaliste découvre, en lisant le journal intime du père de la théorie de l’évolution, des révélations fort troublantes. Chez le même éditeur, on remarque aussi L’Enfant de Venise, premier roman de Kay McCauley, qui présente le destin singulier d’un garçon dont le visage, par un charme étrange, rappelle à quiconque le contemple le souvenir d’un être cher perdu. Nostalgie, quand tu nous tiens…

En définitive, faire revivre un pan du passé d’un héros ou de tout un peuple constitue une matière vaste, susceptible de satisfaire tous les goûts. Qui a dit que les cours d’histoire étaient ennuyeux?


Sciences et technologies
Esprits affamés de savoir, réjouissez-vous : de longues heures de lecture et d’apprentissage vous attendent d’ici la première bordée de neige. Aux Éditions Odile Jacob, on nous propose de percer le mystère des animaux (Comprendre les animaux, Temple Gandin), de la psyché humaine (Le Nouvel Inconscient. Freud, le cerveau et les neurosciences, Éditions Lionel Naccache), des calculs informatiques (Leçon sur le calcul informatique, Éditions Richard Feynman) et de la distinction entre les sexes (Sommes-nous si différents? Le sexuel, les hommes et les femmes, Éditions Irène Théry). Et tant qu’à s’intéresser à la quête de soi, on pourra éplucher les deux tomes de La Structure de la théorie de l’évolution de Stephen Jay Gould (Gallimard), et ainsi nourrir quelques discussions autour des origines de l’homme - un sujet encore chaud au sud de la frontière canadienne. En effet, même après sa mort, la prose pétillante et l’érudition de Gould continuent de fasciner. Au Seuil, dans la très belle et accessible collection «Science ouverte», l’ouvrage de Jean-Marc Lévy-Leblond (La Vitesse de l’ombre. Aux limites de la science) risque de nourrir les neurones, tout comme Astrologie. Une histoire imprévue de David Berlinski. Gardons encore quelques instants les yeux tournés vers le ciel avec L’Atlas du ciel de Robin Kerrod (Hurtubise HMH). Sur la terre ferme, parmi plusieurs ouvrages dédiés aux oiseaux et au monde animal, l’un risque d’attirer particulièrement l’attention en raison de l’originalité de son sujet : Corbeaux de Candace Savage (Boréal), un livre qui fit «grand bruit» lors de sa parution. Reste à savoir maintenant si l’on pourra changer notre regard sur ces noirs et croassants volatiles qui, si vous ne le saviez pas déjà, possèdent une rare intelligence.

Dans un registre différent, les questions de l’énergie et des stratégies qu’il faudra bientôt adopter pour faire face à une demande croissante sont abordées dans le livre d’entretiens qu’André Caillé, l’ancien président d’Hydro-Québec, de Gaz Métro et aujourd’hui du Conseil mondial de l’énergie, a accordés à Jean-Marc Carpentier (Stratégies énergétiques mondiales, Varia). En terminant, pour goûter aux joies de la science dans un contexte narratif, un certain Alexandre Bourbaki (pseudonyme regroupant Nicolas Dickner, Bernard Wright-Laflamme et Sébastien Trahan) explore quelques impossibilités physiques dans son Traité de balistique (Alto). Un peu de récréation ne fait jamais de mal aux cerveaux curieux!

Voilà une belle brochette d’ouvrages qui feront, à coup sûr, travailler les neurones!


Sociologie
Racisme, intolérance, pauvreté, identité sexuelle, respect de la vie, guerre, religion et extrémisme sont autant d’éléments soulevant un questionnement intense sur notre société. Nous vivons des heures marquées certes par l’inquiétude, mais les penseurs, eux, refusent d’y céder, préférant à la panique une réflexion soutenue. De tous les maux contemporains qui seront analysés ce trimestre, notons la problématique du conflit entre l’Orient et l’Occident vue à travers les événements ayant précédé ou suivi l’attentat des Twin Towers. Ainsi, dans Le 11 septembre et nous (Boréal), André Duchesne se sert de ce triste mardi matin de 2001 pour dresser un portrait de nous-mêmes. Cette tragédie, d’abord américaine, a néanmoins interpellé la population canadienne, l’obligeant à repenser sa notion de
liberté et de tolérance à l’échelle mondiale. Rappelons que dans le cadre d’une importante activité de promotion, une délégation du Québec était rassemblée dans un hôtel situé juste en face des tours. À la suite de la catastrophe, l’opération avait été annulée, le gouvernement y laissant 15M$. Chez le même éditeur, Claude Baillargeon (Modernité et liberté) élargit la réflexion sur ladite liberté en s’interrogeant sur la peur que sa perte provoque à l’heure du terrorisme et de la mondialisation. Du côté des Éditions Lanctôt, Québécois et Musulmans, un ouvrage collectif dirigé par Marie-Ève Martel, regroupe des textes de personnalités diverses qui prônent un dialogue pacifique avec la communauté musulmane, et ce, afin d’éviter les incompréhensions et les conclusions hâtives. La tolérance envers l’orientation sexuelle est aussi au centre du recueil de témoignages rassemblés par Mireille Bertrand dans L’Obstacle d’une différence (Québec Amérique). Sur une note plus guillerette et dans un style toujours truculent et teinté d’humour noir, Nando Michaud aborde la question de la misogynie dans un thriller décapant, La Guerre des sexes ou Le problème est dans la solution (Triptyque).

À L’Interligne, Richard Poulin se penche sur le drame dont sont parfois victimes les enfants, et plus précisément sur l’épineux sujet de la prostitution, dans le premier tome d’Enfance dévastée. Un vaste survol devrait suivre avec l’analyse de l’influence de la pornographie et de la sexualisation précoce des enfants. Restons dans la même veine avec Maltraiter ou punir de Marie-Aimée Cliche (Boréal), une histoire de la violence envers les enfants dans les familles québécoises de 1850 à 1969. La jeunesse troublée est aussi au cœur du Chrysalide de Aude (XYZ éditeur), un récit narré par une jeune fille qui, à l’âge de quatorze ans, tente de se suicider sans aucune raison. Pour prolonger sa réflexion, il faudra aussi regarder du côté de La Face cachée des gangs de rues de Maria Mourani (Éditions de l’Homme) et Jeunes filles sous influence de Michel Dorais (VLB éditeur), tous deux portant sur le phénomène des groupes criminalisés et, par ricochet, de la prostitution.

Constamment critiquée, revue et corrigée par les différents gouvernements, la question de la santé fait couler beaucoup d’encre. Alors que l’ancien politicien Joseph Facal retrace dans Volonté et pouvoir politique (Boréal) la naissance de l’assurance maladie au Québec, d’autres préfèrent intégrer ces problématiques on ne peut plus actuelles à la fiction. C’est entre autres le cas de la prolifique Louise Tremblay-D’Essiambre, qui traite de la délicate question de l’euthanasie dans La Dernière Saison (Guy Saint-Jean éditeur), le premier tome d’une nouvelle série. Le roman No Code de Marc-André Moutquin propose quant à lui le point de vue d’un préposé aux bénéficiaires dans un hôpital où «la normalité n’existe plus». Secrétaire général d’ATTAC-Québec, Claude Vaillancourt livre une introduction claire sur les enjeux de la privatisation des services publics dans Mainmise sur les services (Écosociété). Enfin, au Septentrion sort l’ultime tome des mémoires du défunt frère Untel, Dernière escale. Journal 2004-2006, qui clôt le combat pour la qualité du français qu’a mené, jusqu’à la fin, Jean-Paul-Desbiens, et Victor-Lévy Beaulieu livre l’œuvre de toute une vie : James Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots (Trois-Pistoles), un pavé à cheval entre la fiction, l’histoire et la sociologie (on n’en attendait pas moins de l’auteur de Bouscotte).


Arts
Abondance. Tel est le mot qui pourrait (encore) qualifier la production en bande dessinée, et ce, tant sur la scène européenne que québécoise. Quelques événements majeurs viendront toutefois ponctuer la saison. Ainsi, on attend avec impatience Serge, second tome du génial «Magasin général» de Loisel et Tripp (Casterman), tout comme Le Secret de l’étrangleur de Tardi, qui illustre un scénario de Pierre Siniac. On avait déjà pu découvrir, en avant-première et tout au long de l’été, cet album qui a des allures de classique. Toujours chez Casterman, on salue le retour de Didier Comès (Dix de der), la sortie du deuxième volet de «Sur les traces de Dracula» d’Hermann (Bram Stoker) et l’entrée au catalogue des œuvres d’Enki Bilal, qui sont toutes rééditées à l’occasion de la sortie récente du troisième tome de la tétralogie du «Sommeil du monstre». Chez Dargaud, les amateurs de Larcenet pourront s’envoyer derrière la cravate un autre volet du «Retour à la terre» (Le Déluge), ou les désopilantes mésaventures campagnardes et préhistoriques du créateur du Combat ordinaire. On attend en outre des nouveautés de Christin et Juillard (Le Long Voyage de Léna) ainsi que les nouveaux tomes des séries «Tigresse blanche» et «Jeunesse de Blueberry». Les Carnets de Costanza, un tome hors série de «Rapaces» de Dufaux et Marini, paraîtra également. Chez Delcourt, on surveille les nouveaux tomes des «Chroniques de Sillage» et de «Sillage» (signés tous deux Buchet et Morvan), Golden Cup (Des loups dans la spéciale), de l’inépuisable cycle de «Donjon» (Les Nouveaux Centurions) et un classique de Will Eisner : Le Cafard de Jacob.

Chez Glénat, on compte déjà les milliers de copies vendues du 11e tome des aventures de Titeuf (Mes meilleurs copains), tandis que du côté de Dupuis se poursuit la renaissance de Spirou et Fantasio avec un 49e album (Spirou et Fantasio à Tokyo). C’est dans les collections «Aire Libre» et «Expresso» que l’on risque de faire les plus belles découvertes avec la sortie annoncée des nouveaux albums de Tronchet (Le Peuple des endormis, tome 1, sur un scénario de Richaud) et de Dupuy et Berberian (Un peu avant la fortune, sur un scénario de Denis). Et ce n’est pas fini, puisque l’on espère beaucoup du nouveau Marc-Antoine Mathieu (Le Musée du révolu, Futuropolis) ainsi que du cinquième tome du «Bouncer» de Boucq et Jodorowsky (La Proie des louves, Les Humanoïdes associés). Henri Désiré Landru de Chabouté est lui aussi très attendu; l’auteur aura droit cet automne à une première intégrale en carrière dans la collection «Intégra».

Et la bande dessinée québécoise, dans tout ça? Elle se porte très bien, merci! Voro clôt sa série «Tard dans la nuit» (scénario de Djian) avec Les Orphelins (Vents d’ouest), Jacques Lamontagne signe un deuxième tome des «Druides» (Is la blanche, Soleil, en collaboration avec Istin et Jigourel) et Michel Rabagliati publie à La Pastèque son album le plus accompli, Paul à la pêche. Le même éditeur présentera le deuxième album de Pascal Blanchet (Rapide Blanc), un auteur en pleine ascension remarqué grâce à La Fugue, sorti en 2005. La dynamique maison profite aussi de l’automne pour accueillir la suite du rigolo projet de roman-photo intitulé Mars et Avril, imaginé par Martin Villeneuve et Yannick MacDonald (le tome 1, originalement publié aux 400 coups, est réédité pour l’occasion). Chez Mécanique générale, on a le vent dans les voiles et on en profite pour accueillir de petits nouveaux (et nouvelles, ce qui se souligne tout de même!) dont Isis (Dans mes rellignes), David Turgeon (Minerve) et Catherine Genest (Nénette cherche un sens). Enfin, Pascal Girard revient avec un récit à saveur autobiographique sur la mort de son frère (Nicolas), tandis que Jimmy Beaulieu a promis pour bientôt une suite à Ma voisine en maillot.

Vous avez dit abondance? Parlons plutôt d’excellence!
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