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Un métier en mouvance

Un métier en mouvance

Par Yves Guillet, président des Librairies indépendantes du Québec, Le Fureteur, publié le 29/11/2011

Quand cela fait plusieurs années qu’on pratique le métier de libraire – comme c’est mon cas –, on en a vécu des chambardements: l’informatisation, la concentration des maisons d’édition, celle des maisons de distribution et même celle des librairies. Le nombre de livres paraissant annuellement est en constante croissance, les modes sont de plus en plus prégnantes dans les politiques éditoriales, tandis que le lecteur fait face à une multitude de sources d’information. Le libraire doit composer avec une hypermédiatisation qui, parfois, fait exploser les ventes, mais souvent amène une saturation. Bref, cette profession a évolué. On sent un essoufflement certain, la cohorte de propriétaires de librairies avance en âge et la relève est loin d’être assurée: il n’est pas évident pour un jeune libraire d’avoir les reins assez solides pour caresser le projet d’être un jour calife à la place du calife!

La mutation continue avec la dématérialisation de l’écrit. Elle affectera toute la chaîne du livre, depuis l’écrivain jusqu’au lecteur. Plusieurs y trouveront leur compte, mais on peut parier qu’au moins aussi nombreux sont ceux qui seront déstabilisés par cette révolution. Qu’on s’entende: le livre-objet est là pour rester et je ne verrai pas de mon vivant sa disparition. Mais on peut s’attendre à ce que, peu à peu, sa part de marché soit, jusqu’à un certain point, grugée par le livre numérique. Quel en sera l’effet sur les librairies? On le sait, les marges bénéficiaires sont minces. Si des remises suffisantes ne sont pas accordées aux librairies pour répondre à la demande des lecteurs, si la dématérialisation du livre entraîne un approvisionnement boudant la proximité, des libraires seront forcés de mettre la clef sous la porte, privant ainsi leurs lecteurs d’une vitrine précieuse. La bibliodiversité s’en trouvera menacée: si on vend moins de livres, on en éditera moins et, bien sûr, ce ne seront pas les auteurs de livres de cuisine qui écoperont, mais plutôt les écrivains qui, déjà, ne gagnent pas un pactole avec leur oeuvre.

La mise en commun d’efforts, comme le réalise la coopérative des Librairies indépendantes du Québec, peut certainement aider les libraires à prendre ce nouveau virage à angle aigu. Le site RueDesLibraires.com vient pallier l’impossibilité pour plusieurs d’entre eux de s’offrir un site transactionnel incluant le livre numérique. Dans cette grande mutation, il reste à espérer que le lecteur sera tout de même toujours fidèle à son libraire de quartier, participant ainsi à la qualité de vie de son environnement, tout comme il supporte son boulanger ou son fromager. Car que devient une ville sans ses artisans passionnés? Elle perd certainement une partie de son âme…

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