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Septentrion: Au-delà de la mesure du continent

Septentrion: Au-delà de la mesure du continent

Par Hélène Boucher, publié le 06/04/2010
L’année 2008 marquait deux décennies d’existence pour Septentrion, cette maison d’édition spécialisée en histoire du Québec et du Canada. Fondée par Denis Vaugeois, l’actuel président, et dirigée par Gilles Herman, elle possède un catalogue de plus de 550 ouvrages à la portée du néophyte ou du spécialiste.
Ce sont des passionnés d’histoire qui se retrouvent derrière Septentrion. En 1963, l’historien Denis Vaugeois crée avec l’auteur de la future Histoire populaire du Québec, Jacques Lacoursière, et d’autres associés les Éditions du Boréal Express, sises à Trois-Rivières. Le franc succès du Boréal Express. Journal d’histoire du Canada (1524-1760) — récemment réédité — dans le réseau de l’éducation assure l’avenir de la maison d’édition. En 1976, après avoir publié cinquante-quatre livres ayant contribué à forger l’historiographie québécoise, Vaugeois passe le flambeau à deux autres éditeurs, Antoine Del Busso et Pascal Assathiany, l’actuel directeur général de ce qui deviendra les Éditions du Boréal. Après plusieurs détours, Denis Vaugeois fonde en 1988 une nouvelle maison d’édition entièrement dédiée à l’histoire, Septentrion. Puis, en 2006, Gilles Herman prend les rênes. Cet ingénieur en énergie nucléaire est arrivé de Belgique en 1998 et s’est initié aux rouages de l’édition chez Septentrion. De son directeur général, Denis Vaugeois soutient qu’il possède un impressionnant bagage sur l’histoire de la Belle Province, «une histoire qu’il connaît mieux que 99,9% des Québécois de souche».

Une histoire qui séduit
Dès les premières publications, la griffe de Septentrion se caractérise par des œuvres diversifiées dépassant la frontière du genre historique. Ainsi, les sciences humaines occupent une part non négli­geable du catalogue, tout comme la littérature. Mais comment parvient-on à séduire le lecteur avec des ouvrages savants souvent volumineux? La recette du succès de la maison d’édition réside, pour Gilles Herman, dans le souci constant de publier des livres accessibles pour le grand public: «Nos œuvres sont écrites dans un niveau de langue qui est à la portée de tous. L’utilisation adéquate de l’illustration et des légendes rejoint tous nos lecteurs, et nous nous efforçons de conserver ces éléments dans chacun de nos ouvrages.» Les Éditions du Septentrion comptent ainsi six collections, dont les «Cahiers des Amériques», qui regroupe des ouvrages savants en sciences humaines ayant pour sujet l’Amérique, que ce soit en histoire, en sociologie, en histoire de l’art, en géographie ou en éducation, et «Hamac», consacrée à la fiction. Elles divisent de plus leur catalogue en catégories qui permettent au lecteur de bien s’y retrouver: «Amérindiens», «Biographies», «Population-Généalogie», etc. Tous les ouvrages proposent une vulgarisation globale de l’histoire.

Quand le vent faisait tourner les moulins de Gilles Deschênes, paru l’automne dernier, en est un bon exemple. Ce récit dense de 312 pages relate «trois siècles de meunerie banale et marchande au Québec». En raison de la grande richesse des illustrations — 250 photos de moulins traversent le livre — l’œuvre se destine, malgré son thème circonscrit, à tous les lecteurs. Idem pour l’un des titres
marquants des derniers mois, À table en Nouvelle-France par Yvon Desloges avec la collaboration de Michel P. de Courval. Les fins palais y découvriront une cinquantaine de recettes de cette époque charnière revisitées au goût du jour. Mentionnée plus haut, la colossale Histoire populaire du Québec de Jacques Lacoursière fait partie des œuvres phares de Septentrion. Le dernier tome de la série, paru au printemps 2008, se distingue toutefois des autres par une iconographie très riche. «La période historique de l’œuvre, de 1960 à 1970, est plus près de notre époque, des idéaux engendrés par la Révolution tranquille, ce qui explique sa touche particulière», précise le directeur général. Quant à la facture des livres, elle conserve ses standards de haut calibre, car «il ne faut pas oublier que le livre historique ne se lit pas d’un bout à l’autre comme un roman. Il se laisse découvrir…».

La détente de l’esprit
Chez Septentrion, on ne se contente pas d’éditer de précieux livres sur notre histoire; des fictions littéraires sont également publiées dans la collection «Hamac». Celle-ci met en vedette des textes d’auteurs québécois séduisant par leur style et leur intensité. Quant à l’humour incisif des fameuses Chroniques d’une mère indigne de Caroline Allard, il reflète bien le dynamisme de la collection «Hamac-Carnets». Grâce à son univers fascinant, Daniel Rondeau, nouveau venu chez l’éditeur, en épatera plus d’un avec son recueil de nouvelles intitulé J’écris parce que je chante mal, une invitation à la rencontre de personnages écorchés, assoiffés de vivre. Quant à Valérie Harvey et son essai-carnet de voyages Passion Japon, elle propose une façon originale de découvrir le pays du Soleil levant, loin de la geisha et du samouraï! «Nous avons toujours publié au moins un premier roman par année. Une douzaine de romans ont vu le jour et rejoint leurs lecteurs grâce à une écriture et des thèmes contemporains. Les écrivains sont ainsi invités à se “ lâcher lousse ”», se réjouit Gilles Herman.

Les lendemains de l’édition historique
Avec une trentaine de titres par année, les Éditions du Septentrion misent sur une production contrôlée. Les grandes questions contemporaines occuperont toujours une place de choix, comme les conséquences de la guerre en Irak, abordées par Charles-Philippe David, Karine Prémont et Julien Tourreille dans L’erreur. L’échec américain en Irak cinq ans plus tard. L’histoire culturelle s’exprime aussi dans Ex Machina de Patrick Caux et Bernard Gilbert, sur l’écriture scénique de Robert Lepage.

Que réserve l’édition d’ouvrages historiques chez Septentrion? Pour Gilles Herman, le défi consiste à repositionner l’histoire du Canada dans celle du continent américain. «Il faudra élargir la mesure du continent au-delà du Saint-Laurent, ne pas se limiter aux parallèles», souhaite-t-il. L’avenir est à la diaspora francophone dans la mesure de la grande histoire, celle que nous raconte Septentrion avec une telle justesse depuis plus de deux décennies.


SEPTENTRION
1300, avenue Maguire
Sillery (Québec) G1T 1Z3
418 688-3556
Septentrion.qc.ca
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