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Le libraire - Numéro 88
Relever le défi de la relève

Relever le défi de la relève

Par Cynthia Brisson, Les libraires, publié le 14/04/2015

Pour plusieurs libraires indépendants, leur commerce est d’abord et avant tout une histoire de famille (et de passion, cela va sans dire!). Certains, comme les propriétaires de la librairie Carcajou à Rosemère, ont racheté l’entreprise de leurs parents et la pilotent aujourd’hui entre frères et sœurs. D’autres, comme Francine Mercier de la Librairie du soleil à Gatineau, ont été heureux de pouvoir la transmettre à leur enfant, résolvant ainsi l’épineuse question de la relève. Car la question de la succession peut devenir un vrai casse-tête, lorsqu’il n’y a personne pour reprendre le flambeau.

« Je ne crois pas que ma librairie me survivra », déclare le propriétaire de la librairie L’Hibou-coup, située à Mont-Joli. Les enfants de Michel Dufour ne reprendront en fait pas le commerce paternel fondé en 1978. M. Dufour n’avait que 22 ans, à l’époque, et il est parti de rien : « Mon père a cautionné une marge de crédit de 10 000$ et j’ai investi mes économies. Impensable de démarrer de la sorte, aujourd’hui! » Il a toujours su que ses enfants ne reprendraient pas l’entreprise et le contexte commercial ne joue pas en sa faveur pour trouver des acheteurs, explique-t-il. « Je ne sais pas si la relève familiale est plus difficile, mais la relève tout court l’est. »

Geneviève Chevrier, qui de son côté succède tranquillement à sa mère à la Librairie du soleil, partage l’avis de son confrère de Mont-Joli. Elle ajoute même que « la relève des PME constitue un défi de taille au Québec, dans tous les secteurs d’activité. Il est malheureux de voir des entreprises florissantes fermer leurs portes par manque de relève. La situation est d’autant plus critique dans le monde des librairies indépendantes qui, en plus du manque de relève, font face à une concurrence de plus en plus forte de la part des grandes surfaces, du commerce en ligne, et du livre numérique. »

Celle qui travaille à la librairie depuis son adolescence aurait très bien pu faire carrière en psychologie ou en communication, deux domaines dans lesquels elle a étudié, mais elle a finalement choisi de suivre les traces maternelles : « J’ai rapidement réalisé que mon désir de participer au foisonnement culturel de ma région pouvait et devait passer par la Librairie du Soleil, en contribuant à assurer la continuité de son succès. » Un soulagement pour la mère?

« La relève familiale, c’est évidemment une grande source de soulagement pour le parent qui voit son enfant reprendre le flambeau d’un commerce dans lequel il a investi toute une vie, répond Mme Chevrier. Mais c’est surtout une grande fierté pour moi, en tant que deuxième génération, d’honorer le travail de ma mère, de permettre à la Librairie du soleil de continuer à rayonner en Outaouais, et de continuer à servir notre fidèle clientèle. »

Geneviève Chevrier, qui ne sera pas seule à assurer la relève de sa mère, tient également à préciser : « Le défi de la relève consiste à s’entourer des bonnes personnes, de bâtir l’équipe gagnante. Pour nous, il était important d’inclure dans ce projet des personnes motivées et engagées, issues de la famille élargie qu’est l’équipe de la Librairie du soleil. Le choix de faire équipe avec Maude Verret, qui fait partie de l’équipe depuis plusieurs années, et qui partage nos valeurs et notre passion des livres, s’est imposé. »

Le cas de cette jolie librairie fondée il y a près de trente ans est l’une de ces belles histoires de famille, et d’engagement : « Pour nous, prendre la relève de la librairie est plus qu’un choix de carrière, c’est un engagement envers notre communauté, pour la survie de la culture, du commerce de proximité, et pour le développement des régions », conclut la nouvelle propriétaire.

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