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Québec, ville-muse

Québec, ville-muse

Par Nathalie Ferraris, publié le 16/04/2008

Inspirante, Québec? Lisez l’œuvre de Roger Lemelin, Suzanne Paradis, Jacques Poulin, Esther Croft, Gilles Pellerin, Chrystine Brouillet, Alain Beaulieu, Élizabeth Filion, Jean-Pierre Charland et Sonia Marmen pour vous en convaincre. Sachant charmer avec ses toits de cuivre, ses clochers scintillants, ses rues étroites, ses escaliers interminables, son château imposant et son grand fleuve, la ville-muse séduit les romanciers de toutes les générations, qu’ils écrivent pour les adultes ou pour la jeunesse. Petit portrait littéraire mettant en vedette une ville qui sait se faire aimer.

Oui, Québec sait charmer, séduire et se faire aimer. Si Jacques Poulin, auteur de Chat sauvage, Les Yeux bleus de Mistassini et La Traduction est une histoire d’amour, a succombé aux attraits de la ville en décrivant avec brio et réalisme une cour, une route ou un appartement, de nombreux autres romanciers se sont laissé séduire par les charmes de Québec.

Charmes historiques pour adultes
400 ans, ça se fête. Et 400 ans d’histoire, ça inspire et ça s’écrit. Parmi tous les romans mettant en scène la Vieille Capitale et outre les biographies romancées, comme Hélène de Champlain, de Nicole Fyfe-Martel (Hurtubise HMH), les récits historiques foisonnent. Pensons à la grande trilogie Marie LaFlamme, de Chrystine Brouillet, qui trace un portrait riche du quotidien dans la colonie du XVIIe siècle en Nouvelle-France et présente une héroïne non conforme et au tempérament impétueux.

Pensons au roman Marie Major, de Sergine Desjardins, dont l’intrigue se déroule aussi dans la Nouvelle-France du XVIIe siècle. Relatant la vie d’une fille du roi dont l’époux fut assassiné, ce récit historique où se mêlent libertinage, meurtre, procès, emprisonnement et injustice a tout du roman policier. L’ouvrage a d’ailleurs inspiré un épisode de la série «Le Canada en Amour II», qui sera diffusé ce printemps sur les ondes de Radio-Canada.

Pensons, enfin, à la saga Les Portes de Québec, de Jean-Pierre Charland, qui brosse le portrait de la vie quotidienne des gens du Faubourg Saint-Roch, le quartier populaire de la Basse-Ville. Campant son intrigue à la fin du XIXe siècle, l’auteur, pour qui Québec est une ville qui «permet de savoir à la fois où l’on est, et qui l’on est», offre une captivante histoire de famille remplie de secrets et de passions.

Charmes historiques pour enfants
La littérature jeunesse ne fait pas exception à la règle en matière de romans historiques et l’année 1759, époque où la France et l’Angleterre se font la guerre, revient à de nombreuses reprises.

Prenons la série Guillaume Renaud, de Sonia Marmen, qui plonge le lecteur directement au cœur de cette année et qui fait vivre au jeune Guillaume de palpitantes aventures en compagnie de ses amis «sauvages» pendant que la ville tombe aux mains des Anglais. Mon pays à feu et à sang, de Maxine Trottier, constitue un autre exemple. Sous forme de journal intime, ce livre dévoile l’histoire de Geneviève Aubuchon, une jeune Abénaquise qui a dû quitter Québec à cause de la bataille des plaines d’Abraham.

Dans la même veine, les romans Sous le feu des canons et Montcalm et moi font revivre les événements de 1759. Le premier, écrit par Jonathan L’Heureux, met en scène Richard Lereau, un milicien qui a perdu son épouse et son fils à cause de la guerre. L’homme jure de se venger en combattant, auprès de Montcalm, le commandant James Wolfe.

Le second roman, de Maryse Blouin, est plus fictif mais néanmoins sérieux puisqu’il concerne Montcalm lui aussi. En effet, l’écrivaine Mireille Devers veut ramener le fantôme du général. Sa prémisse? Que ce serait-il passé si Montcalm n’avait pas appuyé sur la gâchette? Serions-nous libérés de nos querelles entre le oui et le non, entre le français et l’anglais?

Enfin, mentionnons la série en quatre volumes Victor-Emmanuel hors du temps, de Lyne Vanier. L’auteure, qui s’inspire de la maison ancestrale qu’elle habite à l’île d’Orléans, fait voyager dans le temps un jeune héros qui essaie par tous les moyens de ramener au XXIe siècle son ancêtre de la Nouvelle-France.

Charmes intrigants
Si l’histoire de la ville de Québec a su inspirer bon nombre d’écrivains, son actualité et ses faits divers savent en faire tout autant et nombre de romans, policiers surtout, ressortent du lot. C’est le cas de la nouveauté Meurtre au Soleil, d’Antoine Yaccarini. Se déroulant en 1898, ce roman présente Francis Leahy, un jeune sergent de police chargé d’enquêter sur le meurtre d’un journaliste du Soleil. Toute la fin du XIXe siècle y est: la franc-maçonnerie, le pouvoir de l’Église, la révolution de l’hydroélectricité, etc.

Dans le même genre, on trouve Un viol sans importance, de Jean-Pierre Charland. En 1920, une jeune femme de la Basse-Ville de Québec est assassinée sur les berges de la rivière Saint-Charles, dans le parc Victoria. À partir de ce crime, qui a fait beaucoup jaser à l’époque et n’a jamais été élucidé, l’écrivain a imaginé un dénouement à cette sordide histoire.

On ne saurait passer sous silence les romans policiers de Chrystine Brouillet, qui mettent en vedette la célèbre Maud Graham et ont, comme toile de fond, la ville de Québec. L’auteure, qui a réussi à charmer le public avec son personnage principal et à donner des sueurs froides à ses lecteurs avec Le Collectionneur, C’est pour mieux t’aimer, mon enfant, Les Fiancées de l’enfer, Soins intensifs, Indésirables et Sans pardon, récidivera en juin avec Silence de mort, la septième aventure de Maud Graham*.

Charmes contemporains
Comme toute littérature, celle dont la ville de Québec est muse évolue. Regards nouveaux, voix nouvelles: la littérature représente le reflet d’un peuple en mouvance.

Parmi ces plumes, soulignons celle d’Alain Beaulieu, auteur de Fou-Bar et du Joueur de quilles. Dans le premier roman, Harold et Nadine, jeunes trentenaires, dévalisent les maisons bourgeoises de la bonne ville de Québec. Véritable critique sociale, ce récit urbain fait ressortir des thèmes actuels comme la surconsommation, la guerre entre les baby-boomers et la génération X, la dérision. Dans le second roman, qui se déroule toujours à Québec, Alain Beaulieu pond une histoire bien architecturée qui évoque les thèmes de l’engagement, de la responsabilité individuelle et collective… et de l’indépendance du Québec.

Une autre plume à découvrir est celle d’Élizabeth Filion, auteure du roman De la part de Laura. En juin 1966, sur la terrasse Dufferin, Laura, adolescente, raconte sa vie à son futur enfant. Ce n’est qu’en 2004, lorsque Laura se meurt, que son fils, à 30 ans, découvre les lettres. Commence alors un dialogue entre une mère dans le coma et un fils en colère. Cette rencontre au-delà du temps témoigne bien de la modernité de la littérature québécoise.

Au rayon jeunesse, mentionnons la plume de Hada López, qui a mérité le prix Cécile-Gagnon 2007 pour son roman Bruine assassine, premier volet de la série Pedro Libertad. Peignant d’abord la vie
quotidienne d’une famille salvadorienne, ce roman montre l’intégration d’immigrants dans la ville de Québec. S’adapter, apprendre une nouvelle langue, découvrir un climat rude, acquérir de nouvelles habitudes, les «colons modernes» ont aussi leur voix.

Charmes d’hier à aujourd’hui
Pour terminer ce très court portrait de Québec, ville-muse, impossible de passer à côté du beau livre Québec. des écrivains dans la ville. Regorgeant de photos et d’extraits de textes, cet ouvrage est un hommage à la ville de Québec rendu par trente-trois écrivains d’hier et d’aujourd’hui qui y sont nés, y ont vécu ou y vivent encore.

Bonne fête Québec!


Bibliographie :
Chat sauvage, Jacques Poulin, Babel, 240 p., 11,95$ Marie LaFlamme, Nouvelle-France et La Renarde: Marie LaFlamme (t. 1, 2 et 3), Chrystine Brouillet, Flammarion Québec, 376 p., 384 p. et 400 p., 19,95$ ch. Marie Major, Sergine Desjardins, Guy Saint-Jean éditeur, 494 p., 26,95$ Faubourg Saint-Roch et La Belle Époque: Les Portes de Québec (t. 1 et 2), Jean-Pierre Charland, Hurtubise HMH, 512 p., et 586 p., 29,95$ Un viol sans importance, Jean-Pierre Charland, Septentrion, 480 p., 26,95$ Un espion dans Québec et Il faut sauver Giffard!: Guillaume Renaud (t. 1 et 2), Sonia Marmen, De la Bagnole, 160 p., et 200 p., 10,95$ et 12,95$ Mon pays à feu et à sang, Maxine Trottier, Scholastic, coll. Cher Journal, 206 p., 16,99$ Sous le feu des canons, Jonathan L’Heureux, Joey Cornu éditeur, 276 p., 12,95$ Montcalm et moi, Maryse Blouin, Vents d’Ouest, coll. Azimuts, 264 p., 24,95$ Meurtre au Soleil, Antoine Yaccarini, VLB éditeur, 500 p., 28,95$ Fou-Bar et Le Joueur de quilles, Alain Beaulieu, Québec Amérique, 240 p. et 264 p., 19,95$ et 22,95$ De la part de Laura, Élizabeth Filion, Québec Amérique, coll. Tous continents, 280 p., 22,95$ Bruine assassine: Pedro Libertad (t. 1), Hada López, De la Paix, 150 p., 9,95$ Québec. Des écrivains dans la ville, Collectif, L’Instant même/Musée du Québec, 178 p., 24,95$ Aller simple pour la Nouvelle-France, Chapelière et pirate à la rescousse, Un été en Nouvelle-France et De la visite de Nouvelle-France : Victor-Emmanuel hors du temps (t. 1,2,3 et 4), Lyne Vanier, Porte-Bonheur, entre 248 p. et 336 p., 9,95$ ch. * La série complète de Maud Graham est publiée à La courte échelle. Chaque livre compte entre 204 p. et 384 p. Prix variant entre 12,95$ et 29,95$ selon le format.

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