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Les libraires - Numéro 104
Les grands prix de 2017

Les grands prix de 2017

Par Isabelle Beaulieu et Josée-Anne Paradis, publié le 11/12/2017

Les prix littéraires décernés chaque année sont la preuve du dynamisme et du talent des auteurs, d'ici comme d'ailleurs. Trop nombreux pour pouvoir les lister de façon exhaustive, nous vous présentons ci-dessous la liste des principaux grands prix donnés. Du prix Goncourt aux prix du Gouverneur général, vous trouverez des livres récompensés pour tous les goûts!

 

Jacques Goldstyn : Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal, Prix du Gouverneur général (illustration)Nombreux sont les prix décernés cette année pour cet album, magnifique, qu’est Azadah. Le titre du livre réfère au prénom d’une fillette afghane qu’on rencontre au moment où elle doit dire au revoir à une photographe étrangère venue faire un séjour au pays. Celle-ci lui a fait voir combien le monde est vaste et même si le moment du départ est déchirant, Azadah, qui veut dire « espoir », a maintenant en tête un monde rempli de possibles… 

 

Daniel Rondeau : Grand Prix du roman de l’Académie française
C’est la surprise de l’année : le Grand Prix du roman de l’Académie française est remis à Daniel Rondeau pour Mécaniques du chaos (Grasset). Son roman, décrit comme une fresque crépusculaire et polyphonique, présente une multitude de personnages, aux prises avec les maux de notre temps : violence, terrorisme islamique, trafic de drogue. Mais, soyez sans crainte, l’auteur garde espoir face à la désillusion qui a cours dans notre ère contemporaine.

 

Alice Zeniter : prix Le Monde
Cinquième roman de l’auteure, L’art de perdre est l’histoire de Naïma, jeune Française issue d’une famille originaire d’Algérie qui voudrait bien connaître le chemin parcouru de ses ancêtres. Cependant, la mémoire des siens paraît impossible à transmettre. Son grand-père est mort, la barrière de la langue empêche une véritable communication avec sa grand-mère, et son père semble se tenir loin des souvenirs. Criant de vérité, ce roman est écrit d’une plume fine et puissante.

 

Christian Guay-Poliquin : Prix littéraire France-Québec, Prix littéraire des collégiens, Prix du Gouverneur général, prix Ringuet, Prix littéraire des lycéens AIEQ Suède-Estonie-UAB Barcelone
Dans un village reculé, où sévit une panne d’électricité en plein cœur de l’hiver, un homme qui s’est cassé une jambe est pris en charge par le vieux Matthias… Avec son écriture qui s’attarde aux détails et qui use des silences et de la rudesse des décors hivernaux pour accentuer la tension palpable du récit psychologique, Christian Guay-Poliquin, dont il s’agit du deuxième roman, est couvert de prix (c’est peu dire), et avec raison.

 

Éric Vuillard : prix Goncourt
Pas tout à fait un roman, L’ordre du jour (Actes Sud) est plutôt le récit de deux événements qui ont mené à la mise en marche de la catastrophe nazie. Dans ce très court livre – 160 pages –, Éric Vuillard expose les faits dissimulés derrière l’image imposante et volontaire des troupes de la Wehrmacht, le tout en amalgamant le grotesque et le tragique. Si l’écrivain français remporte la petite somme de 10 euros, c’est bien entendu le prestige qui entoure le Goncourt qui est la réelle récompense prisée.

 

Olivier Guez : prix Renaudot
Dans La disparition de Josef Mengele(Grasset),Olivier Guez raconte les trente années de cavale de Josef Mengele – médecin allemand qui utilisa des juifs comme cobayes à des fins d’expériences médicales dans les camps d’Auschwitz –, alors qu’il tente de se reconstruire une vie à Buenos Aires après la guerre. Deuxième roman du journaliste et essayiste français, cette biographie romancée et fort documentéeest une plongée aussi passionnante que terrifiante dans l’envers du décor d’une époque où le gouvernement argentin acceptait en ses terres les criminels de guerre.

 

Philippe Jaenada : prix Femina
En 1997, Philippe Jaenada reçoit le prix de Flore pour son premier livre, Le chameau sauvage. Depuis, il a publié une douzaine de livres jusqu’à La serpe (Julliard), couronné du prix Femina. Il raconte l’histoire d’Henri Girard, accusé en 1941 d’avoir tué à coups de serpe son père, sa tante et leur bonne puis acquitté – par la loi mais non dans l’esprit public – deux ans plus tard. Après avoir dilapidé l’héritage familial en Amérique du Sud, il retourne en France avec un livre, Le salaire de la peur, sous le pseudonyme Georges Arnaus. Jaenada s’est plongé dans les archives pour faire la lumière sur cette histoire bien réelle, démontrant ainsi l’innocence d’Henri Girard.  

 

Grégoire Bouillier : prix Décembre
Premier tome de près de 900 pages d’une œuvre qui comprendra une seconde partie attendue en janvier, Le dossier M (Flammarion) est une histoire bien personnelle pour l’auteur. « La seule façon que j’avais de m’en sortir, ce n’était pas d’aller en psychanalyse, mais d’écrire un livre »le cite L’Obs. C’est que Bouillier raconte en détail l’histoire d’amour avortée qu’il a vécue avec M, une femme mariée dont l’époux (un ami de l’auteur), découvrant l’adultère, s’est suicidé. Oui, une vaste entreprise de guérison qui passe par l’écriture!

 

Yannick Haenel : prix Médicis
Tiens ferme ta couronne (Gallimard) est un roman éclectique – où il est question d’un scénario sur l’écrivain Herman Melville – qui interroge le rapport entre cinéma et littérature. « La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche », nous promet Tiens ferme ta couronne. Ce roman est le septième de l’auteur français. Soulignons que le Médicis étranger a été remis à l’Italien Paolo Cognetti pour Les huit montagnes (Stock) et que celui de l’essai a été remporté par Shulem Deen pour Celui qui va vers elle ne revient pas (Globe).

 

Jean-Baptiste Andrea : Prix du Premier roman, Prix Envoyé par la poste, Prix du premier roman de la Forêt des livres
Intitulé Ma reine (L’Iconoclaste), le premier roman du réalisateur et scénariste français joue avec les codes du conte philosophique et ceux du roman initiatique. Un beau jour de 1965, afin de fuir l’établissement dans lequel ses parents – qui vivent dans une station-service – veulent l’envoyer, le jeune Shell décide de partir à la guerre, pour prouver qu’il est un homme. De courte durée, son aventure le mène par delà la montagne, où il rencontre Viviane, une fille solaire qui lui raconte des histoires, lui souffle à l’oreille un vent de liberté. Ode à l’imagination, ce roman happe par son écriture forte, imagée, à hauteur d’enfant tout en s’adressant aux adultes.

 

Marie-Claude Lapalme : Prix Adrienne-Choquette et Prix littéraires des enseignants de français
Le bleu des rives (Hamac) avait été récompensé en avril dernier par le prix Adrienne-Choquette. Voilà que l’auteure sherbrookoise – qui enseigne la littérature et le cinéma – voit à nouveau son recueil de nouvelles récompensé, cette fois par les Prix littéraires des enseignants de français, dont le jury a choisi de souligner les atmosphères poignantes et la force d’évocation qu’on retrouve dans chacune de ses nouvelles, toutes constituées de monologues intérieurs. Bien que ce recueil ne s’adresse pas directement aux jeunes, il touche vraisemblablement à une certaine universalité, comme en témoignent tous ces lauriers reçus.

 

Annie Ernaux : Prix Marguerite-Yourcenar
C’est pour l’ensemble de son œuvre que l’écrivaine française Annie Ernaux reçoit ce prix, accompagné de 8000 €. Son œuvre, publiée principalement aux éditions Gallimard, utilise plusieurs éléments autobiographiques afin de « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », comme l’écrivait Ernaux dans Les années, en 2008. L’auteure, qui est certes marquée par l’intime, mais également par la sociologie et l’histoire, a fait paraître en 2011 chez Gallimard, dans la collection « Quarto », une anthologie (Écrire la vie) qui rassemble douze romans et de nombreuses archives personnelles.

 

Normand de Bellefeuille : Prix Athanase-David
Remis par le gouvernement du Québec à un écrivain pour l’ensemble de son travail, le prix Athanase-David récompense cette année Normand de Bellefeuille, qui a contribué au milieu littéraire de diverses façons, notamment comme journaliste, professeur, critique, éditeur et directeur littéraire (poste qu’il occupe actuellement aux éditions Druide). Son premier recueil de poésie, Ças (Les herbes rouges) est paru en 1974 et, depuis, sa bibliographie n’a cessé de s’allonger, se garnissant de poésie, de romans et de nouvelles, pour totaliser une quarantaine de livres, dont plusieurs primés. Son plus récent ouvrage, Le poème est une maison désormais inhabitée, est paru au Noroît en septembre dernier. Notons que ce prix est accompagné d’une bourse de 30 000 $.  

 

René Lapierre : Grand Prix du livre de Montréal
C’est pour son recueil de poésie Les adieux que René Lapierre reçoit ce prix, une bourse de 15 000 $ ainsi que les éloges du jury qui vont comme suit : « Œuvre majeure, aux allures testamentaires, Les adieux donne à voir l’existence et la traversée du temps avec une ampleur empreinte de ludisme et d’humour. C’est la fragile humanité qui est ici accueillie dans une écriture sans drame par laquelle la folie du monde contemporain est dénoncée. » Le poète Lapierre n’en est pas à ses premiers écrits : il a maintes fois fait preuve de sa justesse et de son talent en matière d’écriture, ayant à son actif une vingtaine de livres publiés.

 

Véronique Drouin : Prix du Gouverneur général – jeunesse (texte)
Elle n’en est pas à ses premières armes en littérature jeunesse, mais la voilà enfin récompensée pour son labeur pour L’importance de Mathilde Poisson (Bayard). C’est pour ce roman pour adolescents, qui aborde la thématique profonde du suicide, qu’elle remporte ce prix GG. Son héroïne, qui subvient à la fois à ses besoins, mais aussi à ceux de sa mère alcoolique, a quitté le cégep et subit du harcèlement au travail. Au moment où elle n’en peut plus, un étrange garçon fait irruption dans sa vie en la confrontant vivement, ce qui la déstabilise au plus haut point. Un roman fort, écrit avec beaucoup de délicatesse, qui mérite amplement ces lauriers.

 

Robert Soulières : Prix Fleury-Mesplet
Qui a déjà eu affaire à monsieur Soulières connaît son enthousiasme, son amour des mots et sa gentillesse qui n’a d’égal que son humour. Car avant tout, la marque de commerce de Robert Soulières est certainement la ferveur qu’il met à pratiquer son métier. Pas étonnant, donc, que le prix Fleury-Mesplet l’ait couronné. Ce prix, nommé ainsi en hommage au premier imprimeur montréalais, est remis chaque année à une personne qui, par son travail, a contribué au progrès dans le domaine de l’édition québécoise. On soulignait ainsi la prolifique carrière d’auteur et d’éditeur jeunesse de monsieur Soulières. 

 
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