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Les essentiels de l’automne

Les essentiels de l’automne

Par Mathieu Simard, Hélène Simard et Antoine Tanguay, publié le 26/10/2005
Après avoir écumé l’imposante manne de nouveautés dans les domaines du roman et de la nouvelle, attaquons-nous maintenant à d’autres types d’ouvrages tout aussi intéressants. Certains changent notre vision du monde ou notre perception du parcours des grands de ce monde tandis que d’autres, remplis de belles images, offrent aux petits et aux grands des ravissements pour le cœur et les yeux. Et ce n’est là qu’une sélection. La curiosité, la plus belle qualité du lecteur, devrait servir à compléter ce survol, sorte d’esquisse d’une rentrée encore une fois remplie de découvertes et de promesses de bons moments.
BIOGRAPHIE


Ô capitaine…

Bon an mal an, le Salon du livre de Montréal offre un espace à un genre littéraire particulier. L’édition 2005, qui s’ouvre le 17 novembre, consacrera son Carrefour thématique à la biographie. Ce genre souvent galvaudé, on en conçoit mal la valeur au sein d’une littérature occidentale qui a fini par prendre le moyen de l’intime pour une fin, des vies exemplaires des Anciens à l’impossible « entreprise » de Rousseau. Repoussoirs ou héros, nous avons besoin de figures qui nous servent à nous élever au-dessus des comparaisons triviales, fût-ce pour échapper au spectre du voisin gonflable. Jean Béliveau. Ma vie bleu-blanc-rouge (Hurtubise HMH) est un document au « Je » d’un incorrigible perfectionniste, vedette incontestée de son sport vingt ans durant. L’ouvrage propose un modèle de leader responsable en cette ère du « lâcher-prise ». L’amateur de hockey trouvera en plus des pages d’analyse d’une qualité étonnante, notamment sur l’impact de l’évolution du jeu apportée par le talent offensif du défenseur Bobby Orr.

Qui a déjà eu le bonheur (ou le malheur) de discuter politique en famille au cours d’un souper arrosé en conviendra : René Lévesque est vivant, même dans le souvenir de ceux qui ne l’ont pas connu. Pierre Godin, curieux comme une belette et passé maître dans l’art de rassembler les faits en un texte savoureux, nous livre en novembre le quatrième et dernier tome de sa biographie. René Lévesque . L’homme brisé, 1980-1987 (Boréal). Toujours chez Boréal, il ne faudra pas manquer les Mémoires d’un révolutionnaire tranquille de Claude Castonguay. Pilote de nombre des plus importantes réformes sociales du Québec, dont l’assurance maladie et le régime des rentes, l’homme fut également une figure de proue de l’entreprise privée. Autre témoignage de valeur, celui de Serge Mongeau, fondateur des éditions Écosociété. Non, je n’accepte pas est le premier volet de l’autobiographie de ce solide militant des causes sociales, à qui l’on doit la diffusion au Québec de la simplicité volontaire. Restons-en aux premiers tomes avec celui de l’illustre Pierre Dansereau : Projets inachevés. La Lancée, 1911-1936 (MultiMondes). Le père québécois de l’écologie, jeune retraité à 94 ans de la direction du Laboratoire pour l’étude des écosystèmes et de l’aménagement du territoire de l’UQÀM, raconte son enfance privilégiée et ses premières années d’études.


Sous les projecteurs

On se sent idiot, quand on rencontre une « idole », à reconnaître un visage comme celui d’une vieille fréquentation en ignorant tout du reste. Le Rémy Girard. Entretiens (Québec Amérique) de Jean Faucher lève un coin du voile qui recouvre la vie privée et le rapport particulier de l’un de nos plus grands acteurs à son métier. Chez Libre Expression, la biographie de Nathalie Simard, prévue pour la mi-novembre et écrite par le journaliste Michel Vastel, sera sans conteste LE sujet de l’heure. Les éditions Caractère misent aussi sur une personnalité du milieu artistique avec Momo déménage !, l’autobiographie d’André Motmorency.

On avait pu fredonner « Je me voyais déjà » en parcourant Le Temps des avants (Flammarion Québec, 2003) : voici Charles Aznavour qui échappe à son propre reflet en nous ouvrant son album de famille. Images de ma vie, comme son auteur, fait jazzer les vieux airs. La plupart des photos sont inédites, et certaines sont prises par l’artiste qui sut le mieux chanter l’amour sans ses mirages. « Être photographiée, c’était pour elle être caressée et aimée sans danger » : ce n’est pas Charles qui parle, mais la photographe Eve Arnold, dans son Marilyn Monroe (La Martinière). Qui a pour deux sous de sentiment ne restera pas insensible à la fragilité du regard de Marilyn, saisie d’une page à l’autre comme en autant d’incarnations de l’impossibilité d’échapper au piège de son image par Arnold, son amie. On lira également avec plaisir Leçon particulière (Robert Laffont) de la grande pianiste Hélène Grimaud, qui présente un spectacle moins foudroyant mais plus subtil. Deux après Variations sauvages (Pocket), elle partage avec nous les rêveries et les réflexions personnelles qui accompagnent un voyage en Italie. Terminons par la synthèse de la foudre et de la finesse. Les Cartier-Bresson, Doisneau, Koudelka, Lartigue et bien d’autres ont tenté de la fixer sur pellicule ; Elfriede Jelinek (Nobel de littérature 2004) et Patrice Chéreau, de la capturer en mots ; la regrettée Susan Sontag, quant à elle, lui a rendu hommage : tout cela mis ensemble fait Isabelle Huppert, la femme aux portraits (Seuil).


La république des lettres

Ils sont nombreux à appliquer la devise de François Galarneau et prendre la vie du bon pied, celui de la lettre. Quelques années après les entretiens accordés par Philippe de Gaulle à Michel Tauriac (De Gaulle mon père, tomes 1 et 2, Pocket) Alain Larcan dédie son album De Gaulle. Le soldat écrivain (Textuel) à celui qui s’illustrait dès La Discorde chez l’ennemi comme un champion de la petite phrase. Fernand Dumont tenait Edmond de Nevers, né Boisvert, comme l’intellectuel québécois le plus important de la fin du XIXe siècle. Jean-Philippe Warren, professeur au département de sociologie et d’anthropologie à l’Université Concordia, décrit la genèse et le développement de sa pensée dans Edmond de Nevers. Portrait d’un intellectuel (Boréal). Gabrielle Roy est également à l’honneur avec la publication, toujours chez Boréal, de Rencontres et entretiens avec Gabrielle Roy, 1947-1979, recueil de textes d’une vingtaine d’auteurs, dont on doit l’édition à François Ricard, Nadine Bismuth et Amélie Desruisseaux-Talbot. À Saint-Boniface, au moment où l’on célèbre le centenaire de la construction de la maison natale de l’écrivaine, Annette Saint-Pierre, fondatrice des Éditions des Plaines, publie Au pays de Gabrielle Roy (Des Plaines). Enfin, le 7 mai, Pino Pelosi, condamné pour le meurtre de Pasolini, affirmait avoir menti pour protéger ses proches. L’enquête, trente ans après la mort de l’écrivain et cinéaste italien, est rouverte ; Marco Tullio Giordana nous raconte les irrégularités du procès original dans Pasolini, mort d’un poète (Seuil). M.S.



ESSAI


L’irrésistible ascension de l’événement

La section « essai et document » (la non fiction des Anglos) des listes des meilleures ventes penche depuis quelque temps vers les témoignages et les enquêtes. En marge des ouvrages qui brillent par leur frivolité, certains brûlent d’actualité. À partir de la récente adoption du projet de loi C-138, qui légalise le mariage entre conjoints du même sexe, L’Homophobie. Un comportement hétérosexuel contre nature (Québec Amérique) de Ginette Pelland gratte le vernis des institutions et remet nombre d’idées reçues à leur place. Un autre débat d’importance a attiré l’attention du sociologue et intervenant Amnon J. Suissa : Le Jeu compulsif. Vérités et mensonges (Fides) explique l’origine sociale de la dépendance et, au passage, s’interroge sur l’implication de l’État. Au moment où c’est à qui remettra le mieux le rôle de ce dernier en question, les partenariats public-privé sont présentés comme une panacée par les libéraux. Dorval Brunelle, de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQÀM, a assuré la direction de Main basse sur l’État (Fides). À l’aide d’exemples ici, aux États-Unis et au Mexique, on y révèle l’idéologie camouflée derrière les sempiternels arguments d’efficacité.

Après les coûts sociaux et financiers des coupes arbitraires du gouvernement Bouchard et le scandale des commandites de l’ère Chrétien, une recension des gaspillages et des magouilles comme Mafia gouvernementale. Bilan 2005 (Les intouchables) d’Yves Pelletier peut paraître justifiée, malgré la
démagogie du titre. De façon plus constructive, après Quel rôle pour l’État ?, du linguiste et critique libertaire Noam Chomsky, les éditions Écosociété publient Repenser l’action politique de gauche de Pierre Mouterde. Enfin, à l’heure où l’on parle de réconcilier les deux solitudes, méditer ou médire à partir de l’œuvre de celui qui reste le grand responsable du renforcement de cette division paraît incontournable. À lire : Pierre Elliott Trudeau. L’intellectuel et le politique (Fides) d’André Burelle.


« We are at war »

Pour définir cette guerre, réelle et virtuelle, que l’on mène au Moyen-Orient et contre la vie privée, on préférera la définition de Baudrillard à celle de Clausewitz : « prolongement de l’absence de politique par d’autres moyens ». L’historien Gwynne Dyer s’intéresse, lui, moins à l’empire de l’image qu’au choc des civilisations dans Futur imparfait (Lanctôt), tandis que La Conquête de l’Occident. Le projet secret des islamistes (Seuil) de Sylvain Bresson porte sur l’action d’un groupe occulte, les Frères musulmans, meurtriers de Sadate et liés encore aujourd’hui à un large spectre du rayonnement de l’islam guerrier. On sait toutefois que l’Orient n’a pas le monopole du fanatisme. Levant la tête au-dessus de la mêlée, Jean-Claude Guillebaud trace, dans La Force de conviction (Seuil), les frontières entre le croire et l’aveuglement. Un pied dans un monde et l’âme dans un autre, Edward Saïd (1935-2003), Palestinien d’origine et professeur de littérature comparée à la Columbia University, a eu le temps d’éclairer les conflits contemporains de sa noble raison dans Humanisme et démocratie (Fayard). Enfin, à l’ère où deux camps monopolisent les ondes, celui de l’« avec ou contre nous » et celui qui voit du « Big Brother » partout, on gagne à connaître la riche et lucide pensée politique d’Eric Blair, alias Orwell, que Louis Gill analyse magistralement dans George Orwell. De la guerre civile espagnole à 1984 (Lux Éditeur).


Boom baby boom

L’interdit libère l’imagination quand la licence l’épuise ? Ce paradoxe mène la marche de la civilisation pour bien des penseurs, dont Robert Muchembled. Trente ans après le premier tome de l’Histoire de la sexualité de Foucault, ce dernier livre une histoire moderne du plaisir dans L’Orgasme et l’Occident (Seuil). À l’échelle du couple cette fois, la philosophe Michela Mazano ajoute quelques petits caractères au bas du contrat amoureux dans La Fidélité ou l’amour à vif (Buchet-Chastel). Sisyphe, nouveau venu en édition au Québec, se préoccupe quant à lui de la répression et de l’hypocrisie sociale dans La Sexualisation précoce des filles, brève étude sur le viol de l’enfance par la mode.

Porter un t-shirt de Che Guevara ne fait pas de vous un révolutionnaire, trasher sur L’Internationale non plus. La contre-culture issue des belles années du freudo-marxisme renforce le virus du capitalisme : c’est la thèse de Révolte consommée (Trécarré) de Joseph Heath et Andrew Potter. Autre critique de la critique, Les Croyants ne sont pas des imbéciles (Éditions Philippe Rey) de la théologienne Irène Fernandez répond au Traité d’athéologie de Michel Onfray, qui s’y acharnait sur le pauvre saint Paul comme on chasse les maringouins au napalm. On pourrait d’ailleurs considérer le succès croissant des ouvrages tordant le cou à cette bonne vieille culpabilité judéo-chrétienne à la mesure du poids que font peser sur le marché du livre les boomers à l’orée de la retraite. Au lieu de répondre à leur soif de salut, le conférencier Alain Samson fustige l’« après-moi-le-déluge » qui constituerait leur slogan générationnel. Farci de charges contre le keynésianisme et reposant sur une sociologie approximative, Les Boomers finiront bien par crever (Transcontinental), guide destiné aux « millénaires », génération née après 1980, considère toutefois ses lecteurs comme étant responsables de leurs rôles respectifs au sein de la société, ce qui implique qu’il y en a une (ce n’est pas évident pour tout le monde).


Libres livres

On peut écrire sur le livre sans pour autant verser dans la fantaisie borgésienne. Réflexions sur le star system qui fait la splendeur et la misère de la littérature et succulents morceaux de nostalgie, les essais de Ceci n’est pas un livre (Fayard) de la romancière croate Dubravaka Ugresic témoignent d’un profond amour de la lecture. Cette dernière ne se cantonne toutefois pas au livre. Lire le Québec au quotidien (Varia) de Louis Cornellier constitue quant à lui un tableau sans prétention des trois quotidiens les plus importants de Montréal, avec une nette préférence pour les textes d’opinion. Bonne note : le chroniqueur du Devoir s’est abstenu d’évaluer son propre travail. Toujours en ce qui concerne la presse, on saluera Le Mouton noir. Plus mordant que le loup (Trois-Pistoles), anthologie de textes coiffés d’un essai de Pierre Landry, qui célèbre les dix ans de ce mensuel indépendant déchaîné. M.S.



LITTÉRATURE JEUNESSE


Des mots qui sonnent

Sachez que les bons romans ne se déroulent pas tous dans un collège d’apprentis sorciers. Les livres québécois, entre autres, proposent des thèmes et des univers davantage diversifiés. Malgré tout, on ne peut passer sous silence certains romans de ce type, à commencer par Le Monde de Narnia, l’intégrale des sept chroniques de C. S. Lewis que lance Gallimard Jeunesse en prévision du film à l’affiche le 21 décembre. Intemporel, le chef-d’oeuvre du romancier irlandais a influencé les auteurs contemporains de fantasy. D’autres fictions, quoique plus récentes, méritent aussi que l’on s’y attarde, notamment L’Apprenti Épouvanteur (Bayard) de Joseph Delaney, féerie mettant en en vedette le septième fils d’un septième fils ; Le Secret de Lucinda (Héritage) de Tony Di Terlizzi et Holly Black (ill.), troisième volet des « Chroniques de Spiderwick » ; La Cité de l’eau noire (Du Rocher) de D.J. MacHale, dans la saga « Bobby Pendragon », et Le Dernier elfe (Albin Michel) de Silvana de Mari, lauréate du prix Andersen-Italie 2004.

Du côté des rayonnages consacrés aux ados, science-fiction, histoire, polar et fantastique font bon ménage. Quatre romans attirent l’attention : La Planète du savoir (Éditions Pierre Tisseyre), dans la série « Storine, l’orpheline des étoiles » de Fredrick D’Anterny ; Les Larmes de Zipacnà (Les intouchables) de Maxime Roussy, premier tome de « Pakkal », saga inspirée de la civilisation maya ; Mourir sur fond blanc (La courte échelle), une enquête des « Dossiers de Joseph E. » par Guy Lavigne ; et Sous le signe de San Rocco (Leméac) de Stéphanie Bélanger, qui met en scène des jumeaux devant combattre les forces du Mal. L’auteure, qui a manifestement du talent, a prévu une trilogie.

Les livres jeunesse de près de 400 pages ne sont également pas rares. Souvent, ces fictions développent des thèmes assez sérieux. Pensons entre autres à Entre chiens et loups (Milan) de Malorie Blackman, best-seller vendu à plus de 200 000 exemplaires en Angleterre et qui traite de la guerre et de l’esclavagisme ; aux Neuf Dragons (Soulières éditeur) de Pierre Desrochers, qui dépeint la misère des enfants des rues à Saïgon ; à La Saga du grand corbeau (Boréal) de la Canadienne Sharon Stewart, un magnifique récit d’amitié et de tolérance qui rappelle, dans son essence, les romans de chevalerie ; et, enfin, à Sauve-moi comme tu m’aimes (Québec Amérique) d’Anique Poitras, une grande quête d’amour et de spiritualité. Le volume, qui réunit La Chute des corneilles, L’Empreinte de la corneille et une portion de texte inédit, est accompagné d’un CD de musiques composées par l’auteure.


Une question d’image

Au rayon des livres illustrés, force est de constater que les classiques ne meurent pas. À preuve, la première partie des Contes de Hans Christian Andersen (Gründ), illustrés par Makila Stanclova et Dusan Kallay : un véritable objet de collection. Après le succès du Royaume de Kensuké, l’auteur vedette Michael Morpurgo revisite, dans Les Fables d’Ésope (Gallimard Jeunesse), illustrées par Emma Chichester Clark, l’œuvre du philosophe dont s’est inspiré La Fontaine. Au rayon des ouvrages intemporels, on trouve également Mowgli. 3 histoires originales de Rudyard Kipling (Gründ) de l’illustrateur Nicola Bayley, qui a remarquablement rendu l’esprit du Livre de la jungle, de même que deux titres de plus à la collection « Les contes classiques », qui jette un regard québécois sur les contes ayant bercé notre enfance : Jacques et le Haricot magique de Pierrette Dubé et Josée Masse (ill.), et Boucle d’Or et les Trois Ours de Dominique Demers et Joanne Ouellet (ill.), tous deux publiés chez Imagine.

Pour les petits âgés de 18 mois à 6 ans, soulignons la version québécoise de La Nouvelle Imagerie des enfants (Gründ) ; Le Livre des comment (De La Martinière), qui répond à soixante-douze questions loufoques ; le charmant Je suis Louna et je suis une artiste (Québec Amérique) de Bertrand Gauthier et Gérard Frischeteau (ill.) ; la seconde aventure de Rafi, la vache téméraire, Tu nages… ou tu coules ! (Homard), de Valerie Coulman et Rogé (ill.), et Léon et les bonnes manières (La courte échelle), écrit et illustré par Annie Groovie. Génial ! Sans oublier Shilvi. Monoiseau et Popo part au vent (Flammarion Québec), textes et chansons de Sylvie Dumontier, illustrations de Julie Fréchette. Les enfants craqueront pour ces livres-CD, avec les voix de Benoît Brière, Anne Dorval et Denis Gagné.

Pour les jeunes de 7 à 11 ans, aux 400 coups paraissent Le Crocodile de Madame Grimace de Raymond Plante et Élisabeth Eudes-Pascal (ill.), et L’Affreux, conte amérindien adapté par Michèle Marineau, où une créature repoussante essaie en vain d’être méchante. Geneviève Côté, qui orne nombre de couvertures de livres québécois et américains, brille par sa compréhension du texte. Chez Dominique et compagnie, on retient deux superbes réalisations : Le Gros Monstre qui aimait trop lire de Lili Chartrand et Rogé (ill.), ou comment découvrir le goût de la lecture de façon insolite, et La Fée des bonbons, premier album d’Anique Poitras mis en images par Marie Lafrance, dans lequel un garçon aimant les sucreries découvre un royaume où le gazon est fait de bouts de réglisse ! Chez Imagine, enfin, signalons un inclassable, mi-BD, mi-documentaire sur la malbouffe : Bienvenue chez Big Burp, écrit et illustré par Élise Gravel.

Pour les préadolescents, deux albums placés sous le signe de la guerre et de la paix valent leur pesant d’or : Anne Frank (Gallimard Jeunesse) de Josephine Poole et Angela Barrett (ill.) qui, grâce à des images où s’entrechoquent le gris de la guerre et le rose de l’enfance, raconte avec émotion le pire génocide du XXe siècle, et Le Tricycle de Shinichi (400 coups) de Tatsuharu Kodama et Judith Boivin-Robert (ill.). Survivant d’Hiroshima, l’auteur tisse, par le biais d’un vélo ayant appartenu à un garçonnet décédé le 6 août 1945, un récit d’une cruelle beauté. Ajoutez le fantastique travail de Boivin-Robert et vous tenez là une oeuvre inoubliable.


Le coin des petits

Les lecteurs de 10 ans et moins sont également très privilégiés. Souvent illustrés, les romans qui leur sont destinés traitent d’une multitude de thèmes : école, divorce, famille, multiculturalisme, jalousie, solitude, ambition, sport et tutti quanti. Franchement, c’est l’embarras du choix ! On suggère donc, chez Québec Amérique : Les Fantômes bleus sont les plus malheureux de Roger Des Roches et Éva Rollin (ill.), la nouvelle série de l’auteur de MarieQuatdoigts, Julie et le Bonhomme Sept Heures de l’écrivaine et illustratrice Martine Latulippe (série « Julie »), et Alexa Gougougaga de Dominique Demers et Philippe Béha (ill.), sixième tome de la série « Alexis ». Au éditions du Boréal, il est impératif de lire Oh, les tordus !, la nouvelle série de Christiane Duchesne et Marc Mongeau (ill.), ainsi que Le Lapin clochard, cinquième livre de « Laurie l’intrépide » par Sonia Sarfati et Jacques Goldstyn (ill.). Parmi la production abondante de Hurtubise HMH se démarquent Le Triomphe de Jordan de Maryse Rouy et Le Petit Carnet rouge de Josée Ouimet. Les Éditions Pierre Tisseyre, quant à elles, ajoutent à leur catalogue déjà riche Le Sobriquet de Louise Daveluy et Michel Rouleau (ill.), Un été dans les galaxies de Louise-Michelle Sauriol et Fanny (ill.), et L’Envahisseur de Diane Groulx et Ariane Baril (ill.). Chez Dominique et compagnie, l’on retrouve avec joie Camille Bouchard dans Les Magiciens de l’arc-en-ciel, illustré par Paule Thibault, et Marie-Danielle Croteau dans Gouttes d’océan, illustré par Marie Lafrance (« série « Marie Labadie »). Finalement, chez Soulières éditeur, l’incontournable de la rentrée s’intitule La Chambre vide de Gilles Tibo et Geneviève Côté (ill.), alors qu’aux éditions FouLire, on mise sur le sympathique héros canin dans Galoche. Le vent dans les oreilles ! d’Yvon Brochu et David Lemelin (ill.). H.S.



BANDE DESSINÉE


Quelques grands noms

Débutons ce tour d’horizon des albums les plus prometteurs du neuvième art avec quelques pointures de taille qui devraient faire un carton. Tardi se lance ainsi dans l’adaptation d’un roman de Patrick Manchette aux Humanoïdes associés (Le Petit Bleu de la côte ouest), tandis que Canales et Guarnido filent vers un autre succès avec Âme rouge, troisième volet des aventures de Blacksad, l’inspecteur au centre de somptueux polars à saveur zoologique. Schuiten et Peeters, quant à eux, nous font attendre un nouvel album avec un projet qui ne manque pas de panache : Les Portes du possible (Casterman) avec une « utopie fictionnelle » qui tente d’entrevoir, à travers le prisme fascinant du duo, ce que demain nous réserve. Chez Dargaud, on attend avec impatience la sortie, prévue pour le mois de décembre, du second et dernier tome de « La Vengeance du Comte Skarbek » de Sente et Rosinsky (Un cœur de bronze). Dans un tout autre registre, Lewis Trondheim nous offre un album à saveur « oubapienne » avec Mister I, dans l’esprit du tordant Mister O, et publié dans la nouvelle collection « Shampooing », qu’il dirige chez Delcourt. Le slogan dévoile déjà le ton : « Ça lave la tête et ça fait des bulles. Shampooing, c’est pour les grands qui savent rester petits et les petits qui veulent devenir grands. » Le Québécois Guy Delisle, à qui l’on doit les enquêtes loufoques de l’inspecteur Moroni, sera aussi de la partie avec Louis au ski. Du côté des grandes séries, on ne peut passer à côté du débarquement dans les bacs de deux héros virils à souhait et synonymes de grosses ventes, Largo Winch (La Loi du dollar, Dupuis) et XIII (L’Or de Maximilien, Dargaud), ni du retour du non moins mâle Jeremiah (Un port dans l’ombre, Dupuis). Les plus jeunes apprécieront quant à eux le retour du Petit Spirou en décembre (C’est du joli !, Tome et Janry, Dupuis), après avoir sans doute déjà dévoré le dernier tome des frasques de Kid Paddle (Dark, j’adore !, Midam, Dupuis). Quant à Titeuf, l’autre petite peste, on le retrouvera dans un hors-série intitulé Petite poésie des saisons (Glénat, décembre).


Serial-auteur

Parmi la foule d’autres séries qui se poursuivent, notons la fin du Purgatoire de Chabouté avec un troisième tome chez Vents d’Ouest, un nouveau « Sillage » ou les nouveaux volets des aventures du Scorpion (Le Trésor du temps, Marini et Desberg, Dargaud, décembre), sans oublier ce bon vieux Michel Risque, qui entame une deuxième vie aux Éditions La Pastèque (Michel Risque en vacances, Fournier et Godbout). Pendant ce temps, d’autres nouveautés continuent à essaimer, espérant trouver leur place au soleil. Du nombre, citons le début de « La trilogie noire », finement nommée La Vie est dégueulasse, une adaptation des écrits de Léo Malet réalisée par Daoudi et Bonifay (Casterman) ou, chez le même éditeur, celui de « Cyclopes » (La Recrue) du duo Jacamon et Matz, les auteurs du Tueur, une œuvre aujourd’hui considérée comme un classique du genre par plusieurs.

Quelques autres albums dignes de mention et qui pourraient causer la surprise : Georges Bess et ses Chroniques aléatoires (Casterman), sorte de carnet intime de création où le dessinateur du Lama blanc laisse une grande place aux considérations métaphysiques. Rouge est ma couleur (Casterman), polar particulièrement dur du duo Chauzy-Villard, devrait confirmer encore une fois le don de Chauzy, qui a déjà fait ses preuves en adaptant des scénarios de romanciers comme Thierry Jonquet (La Vigie).

Du côté des auteurs de la Belle Province, il faut mentionner la parution, prévue pour novembre, du très aventurier Morlac, album atypique de Leif Tande à La Pastèque, qui publie aussi Fugues de Pascal Blanchet, un album au graphisme magnifique, paraît-il. Chez Mécanique générale, où l’on accueille pour la première fois un auteur d’outre-mer en la personne de Baudoin (Véro), on compte plutôt sur Le Pont du havre de Luc Giard et Rebecca de l’attachant (et surprenant) PhlppGrrd, aussi auteur de la série « Capitaine Planète » à La courte échelle. Enfin, Michel Falardeau, qui a fait l’été dernier une entrée remarquée en bande dessinée, enchaîne avec un second tome de sa série « Mertownville » : L’Initiation (Paquet).


Luxure et beauté

Les amateurs aux goûts plus raffinés ou qui disposent de moyens plus confortables sont aussi gâtés, puisque les Éditions de La Martinière offriront pour la première fois l’occasion de découvrir les talents de dessinateur de René Goscinny dans un album réalisé, entre autres, sous la direction de la fille du grand
scénariste (René Goscinny dessinateur). Les Dingodossiers, truculente collaboration dudit Goscinny avec Marcel Gotlib, seront bientôt offerts dans une splendide intégrale chez Dargaud, accompagnée d’une trentaine de pages d’inédits. Sempé, un autre collaborateur du papa du Petit Nicolas, publie quant à lui chez Gallimard Un peu de la France, une véritable petite douceur pour les yeux. Toujours dans le giron de Gallimard, la renaissance de « Futuropolis » se confirme avec l’entrée au catalogue à la mi-novembre de créateurs reconnus pour la justesse de leur trait et la force de leur univers. Nicolas de Crécy nous dresse, dans Période glaciaire, un portrait d’un futur inquiétant où le patrimoine culturel a perdu son sens aux yeux d’archéologues redécouvrant les vestiges du Louvres. David B., l’auteur de L’Ascension du haut mal, replonge de son côté dans les rêves qui l’ont marqué de 1979 à 1994 (Les Complots nocturnes). Chez Casterman, il faudra aussi jeter un œil aux ravissantes images de Lorenzo Mattotti rassemblées dans un luxueux volume intitulé Nell’ Acqua.

Mais la palme de la plus belle initiative de la fin de l’automne revient à Dargaud, qui se lance dans l’édition de l’intégralité de la série « Snoopy & les Peanuts » de Charles M. Schulz. Placée sous la direction du dessinateur Seth, qui a pour l’occasion réalisé de superbes maquettes, cette collection a d’abord été publiée en anglais chez Fantagraphics, et devrait comporter 24 volumes couvrant un demi-siècle de production, soit de 1950 à 2000. Sans doute le plus bel hommage que l’on puisse rendre au père du pauvre Charlie Brown et de sa petite bande. Le premier volume est prévu pour décembre et couvre les années 1950-1952. Au rythme d’un livre par saison, on doit s’attendre à voir la publication de la série s’étendre sur une période de douze ans, ce qui nous mène tout de même jusqu’en 2017 ! A.T.
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