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Les Éditions du remue-ménage

Les Éditions du remue-ménage

Par Mathieu Simard, Pantoute, publié le 13/02/2006
En 1975, Année internationale de la Femme, l’ONU faisait du 8 mars une journée soulignant «la lutte historique concernant l’amélioration des conditions de vie des femmes». Quelques mois plus tard, en août, à l’initiative d’un regroupement souhaitant conférer une nouvelle dimension à son engagement pour l’égalité des genres, naissait Remue-ménage. En mars 1976, un an après sa création, le texte Môman travaille pas, a trop d’ouvrage! du Théâtre des cuisines était publié. Les grandes questions, depuis, n’ont guère changé, sinon dans leurs modes d’expression.
On peut d’ailleurs mesurer le chemin parcouru en jetant un coup d’œil à quelques-uns des derniers ouvrages du catalogue de Remue-ménage (près de 180 titres à ce jour). Aux œuvres pamphlétaires, cherchant à frapper le lecteur d’un point de vue inattendu, s’ajouteront dès le début des années 80 des essais et des monographies, rejoignant en cela le but visé dès le départ: articulation entre le savoir et l’agir. Marie Gérin-Lajoie. Conquérante de la liberté d’Anne-Marie Sicotte, tout en soulignant l’extraordinaire valeur exemplaire d’une pionnière des droits des femmes au Canada français, fournit un document de première importance sur les coups portés aux déséquilibres légaux et politiques. Femmes et parlements. Un regard international rassemble sous la direction de Manon Tremblay, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, les études par trente-quatre spécialistes des deux sexes de l’état de la représentation féminine dans les parlements de trente-sept pays.

L’expérience de cette origine tumultueuse a échappé de peu à Rachel Bédard, arrivée en 1980 au Remue-ménage. Elle forme, avec Ginette Péloquin (depuis 1989) et Élise Bergeron, le noyau permanent de l’équipe. Pour Rachel Bédard, les fondatrices de la maison étant partagées entre le monde des arts et les questions sociales, elles devaient nécessairement nourrir leur travail éditorial de ce double intérêt. Ginette Péloquin explique quant à elle la couleur du Remue-ménage par la qualité de son engagement: «En 1976, tout était à faire, rien n’était structuré, tout comme la Fédération des femmes du Québec, qui s’organisait aussi à l’époque et qui avait une autre façon de s’exprimer. Cependant, elle est maintenant beaucoup plus structurée. Je pense aussi que le gouvernement a reconnu que la place des femmes dans la société québécoise méritait de l’écoute, mais aussi des moyens. Tout ça a grandi ensemble. Avec ces groupes, composés d’universitaires ou de femmes de terrain, on chemine, et ça se reflète dans nos
publications.» Quant à l’accessibilité de textes qui abordent des problèmes comme la médicalisation de la grossesse ou le mythe du désengagement des jeunes femmes de l’espace public, elle est due pour Rachel Bédard à une relation déjà étroite entre la recherche des femmes et le terrain: «Les universitaires qui travaillent en études féministes ont souvent ce souci de répondre aux besoins des groupes de femmes.»

L’ouvrage Femmes et parlements reviendra souvent dans notre conversation. Ginette Péloquin insiste pour voir en ce projet l’illustration de la collaboration entre les milieux: «Ç’a pris trois ans pour le monter. De part et d’autre, je pense que c’est un des livres où la maison s’est impliquée le plus dans la production, même dans les appels de textes, et où on était partie prenante avec la directrice. On a envoyé une cinquantaine de courriels à travers le monde et on a eu trente-sept réponses positives».

Soulignant le vingt-cinquième anniversaire du magazine qui devait cesser de paraître en 1987, le hors-série de La Vie en rose représente lui-aussi un formidable succès de coopération, se doublant cette fois d’un impact commercial. En effet, 27 000 exemplaires du numéro ont à ce jour trouvé preneur. Les deux codirectrices du Remue-ménage insisteront sur leur appréciation du travail des trois rédactrices, Françoise Guénette, Ariane Émond et Sylvie Dupont: «Elles ont abattu un boulot extraordinaire en un temps record et en plus, le résultat est beau et bon. Mais on ne peut pas faire une course comme ça à chaque fois. Il faudra que ce soit réfléchi autrement…», résume Ginette Péloquin, laissant ouverte une possible relance du magazine, dont les responsables doivent bientôt se réunir.

Autre publication qui rend à merveille l’esprit du Remue-ménage, l’Agenda des femmes. Publié depuis 1978, il fournit chaque année l’occasion d’un appel de textes autour d’une thématique. Chacun des mois de l’agenda s’ouvre par un article, un entretien ou un témoignage en rapport avec cette dernière. «C’est aussi, pour nous, ce qu’on appelle notre éditorial», précise Rachel Bédard. Ginette Péloquin conclut sur l’orientation de l’instrument, consacré en 2006 au thème Femmes et logement: «Depuis la Marche mondiale des femmes en 2000, on a essayé de s’ouvrir sur le monde. La moitié des textes viennent d’ailleurs, et on essaie de découvrir des femmes effectuant un travail similaire qui peut compléter le nôtre.»

Et toutes ces années de travail ont donné lieu à de belles rencontres. Parmi elles, celle de Simone Monet, qui confiera à la maison l’édition les deux tomes de Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui et son autobiographie, Ma vie comme rivière, écoulée à plus de 13 000 exemplaires. Celle de Madeleine Parent, toujours active, est de ce nombre. Mémoire vivante du mouvement d’émancipation des femmes et de toutes les grandes luttes sociales depuis plus de soixante ans, elle demeure une conseillère de premier choix pour Ginette Péloquin. L’apport considérable de l’historienne Micheline Dumont, responsable avec Louise Toupin de l’anthologie La Pensée féministe au Québec (752 pages… et 2000 exemplaires vendus!), est apprécié par l’équipe au même titre.
Peut-on imaginer un monde qui n’aurait plus besoin du féminisme? À cette question qui sent la fin d’entretien, Rachel Bédard et Ginette Péloquin répondent en évitant de s’empêtrer dans les problèmes médiatisés de l’heure: sexualisation précoce, victimisation des hommes, fréquence de l’avortement… À l’heure où la question de l’équité salariale, inscrite dans la loi mais toujours en suspens, demeure un vœu pieux, leurs projets en cours leur laissent suffisamment de pain sur la planche. Ajoutons-y quelques roses…


LES ÉDITIONS DU REMUE-MÉNAGE

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