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Les éditions de la pastèque: BD de bon goût

Les éditions de la pastèque: BD de bon goût

Par Hélène Boucher, publié le 16/02/2009
En décembre 2008, les éditeurs Frédéric Gauthier et Martin Brault célébraient une franche réussite: celle d’avoir renouvelé le 9e art dans la Belle Province en l’espace d’une décennie. En redonnant à la bande dessinée d’ici une esthétique nouvelle, loin des sentiers battus de la commercialisation habituelle, le tandem a croqué à belles dents dans un fruit savoureux. Dix ans plus tard, le catalogue de La Pastèque compte plus de soixante albums.
La BD de chez nous des années 80-90
Lorsque germe chez Frédéric et Martin l’idée de créer une maison d’édition versée dans la bande dessinée, l’état des choses, de l’avis général, n’est guère reluisant au Québec. Certes, le succès du magazine humoristique Croc a atteint son point culminant, il est devenu en quelque sorte la référence, et la production de BD, hormis celle des Éditions Mille-Îles — qui font à l’époque cavalier seul —, est restreinte. Chez nos voisins, aux États-Unis et en France plus particulièrement, la BD jouit cependant d’un tout autre statut. Le roman graphique a la cote outre-Atlantique, et le bassin des bédéistes avant-gardistes est nettement défini et plus important chez les Américains et les Européens.

Mais pour le duo Gauthier-Brault, le 9e art québécois n’est pas moribond, loin de là. Le défi relevé à l’aube des années 90 par les deux fondateurs de La Pastèque était néanmoins audacieux. Qu’importe que les albums que nos bédéistes signent, à l’époque, n’aient rien à voir avec la production étrangère, Frédéric et Martin «prennent le pari que les Québécois, comme les francophones d’Europe, apprécieraient une bande dessinée plus personnelle, plus intimiste, dans une structure d’édition spécialisée viable». Le pari se traduit d’abord, en décembre 1998, par la publication d’un collectif remarqué, Spoutnik 1. Depuis, La Pastèque n’a rien perdu de son mordant.

Le réseau actuel du 9e art québécois
En choisissant de publier une bande dessinée intimiste, personnelle, éclatée, La Pastèque a su élaborer une structure ralliant les créateurs d’ici. Dès le début, l’accueil est favorable, à la fois chez les dessinateurs et les lecteurs. Frédéric Gauthier raconte: «Notre bande dessinée a changé les repères traditionnels avec sa facture nouvelle, plus esthétique, et cela a plu aux créateurs. Le grand public a suivi le pas, et on reconnaît dorénavant les albums de La Pastèque.» Mais qui sont donc ces créateurs exceptionnels? Peut-on parler d’un style Pastèque? Pour le tandem Gauthier-Brault, l’ouverture est le mot d’ordre, et plusieurs styles se développeront ainsi au sein de leur structure d’exception. «La Pastèque rejoint tant les 25-40 ans que les adolescents et les lecteurs plus âgés», se réjouit Frédéric. Le premier (et incroyable) succès de la maison, la série «Paul» de Michel Rabagliati, inspirée de la vie de l’auteur, a donné des ailes à l’éditeur. Les cinq albums parus à ce jour (Paul à la campagne, Paul à la pêche, Paul a un travail d’été, Paul en appartement, Paul dans le métro — un sixième, Paul à Québec, est attendu en avril), maintes fois récompensés, adoptés par le système scolaire québécois, traduits en anglais, en espa­gnol, en italien et en néerlandais, traversent largement nos frontières.

La diversité des styles fait partie intégrante de la production de La Pastèque. Une variété qui rime avec une place spéciale accordée à la relève. La Pastèque a entre autres révélé Pascal Blanchet (La fugue), Leif Tande (Morlac), Guy Delisle (Comment ne rien faire), redonné vie à Jérôme Bigras, Red Ketchup et Michel Risque, qui ont fait les 400 coups dans Croc, et fait découvrir aux lecteurs d’ici l’Italien Vincent Vanoli et sa relecture d’une légende de chez nous (La chasse-galerie) et le Brésilien Liniers (Macanudo).

Planète BD, version Pastèque
En plus de donner une place de premier ordre aux bédéistes d’ici, La Pastèque est à l’affût des auteurs, confirmés ou non, qui attirent l’attention sur le marché international. Pour Frédéric Gauthier, il s’agit d’une voie toute naturelle; La Pastèque est, depuis ses débuts, résolument tournée vers la BD tous azimuts. L’éditeur souligne l’importance du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, auquel il participe fidèlement avec son associé: «Parmi nos auteurs, 25% proviennent de l’étranger. Et Angoulême
constitue une vitrine idéale pour la création, pour être au parfum des tendances.» Par exemple,
le dessinateur autrichien Nicolas Mahler a déjà signé plusieurs titres à La Pastèque. Puisant dans le courant absurde, il propose en 2001 Désir, qui mérite le prix du Meilleur album lors du German Independant Comic Award en 2002. Les autres BD de Mahler (Shitty Art Book, 2003; Bad Job, 2004), intriguent tout autant; de leur titre se dégage un humour propre à l’auteur, dont l’un des thèmes clés est le mal de vivre. Un nouvel album, Secret Identities, est prévu pour mars 2009. En mai paraîtra aussi Harvey, une œuvre hybride du romancier Hervé Bouchard illustrée par Janice Nadeau, qui traite du regard qu’on porte sur la mort.

Frédéric et Martin ont mis le cap sur l’innovation en bande dessinée et, depuis dix ans, des albums hors normes produits ici sont à la disposition des lecteurs, dont un livre de recettes iconoclaste (L’appareil) et un livre-souvenir de bébé (La bête). «Nous combinerons toujours ouverture et contrôle dans notre ligne éditoriale et, jusqu’à maintenant, nous sommes tout à fait ravis de notre choix», conclut Frédéric Gauthier. Les Éditions de la Pastèque publient entre douze et quinze albums par année: un sommet à la hauteur du rêve premier du tandem Gauthier-Brault.


Les Éditions de la Pastèque
5027, rue de Bullion
Montréal (Québec) H2T 1Z7
514 502-0836 | www.lapasteque.com
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