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Le livre avant tout!

Le livre avant tout!

Par Stanley Péan, Les libraires, publié le 13/02/2007
L’union fait la force, comme le veut le proverbe. Aussi ne s’étonnera-t-on pas si, fort de son alliance avec les cinq librairies-partenaires qui l’ont soutenu et alimenté (Les Bouquinistes, Clément Morin, Le Fureteur, Monet et Pantoute), le journal le libraire officialise aujourd’hui ses liens avec l’Association des libraires du Québec (ALQ) pour la création d’une bannière commune : Les librairies indépendantes du Québec (LIQ). Elle regroupe les forces vives du domaine, qui entendent contribuer à la promotion de la littérature d’ici. Rencontre avec Denis LeBrun, éditeur du journal, et Lise Desrochers, directrice générale de l’ALQ.
Un mariage de raison et de passion
Après huit ans d’existence, le libraire (avec son frère cadet sur la Toile) entreprend une étape charnière de son évolution en devenant officiellement, et plus que jamais, le journal des librairies indépendantes du Québec. Son alliance avec l’Association des libraires du Québec apparaît certes comme un mariage de raison, puisque tant le périodique que l’association ont fait de la promotion de la littérature d’ici et d’ailleurs un enjeu essentiel de cette ère de protection de la diversité culturelle. «Le projet est né du désir exprimé par l’ensemble des libraires membres de l’association de se doter d’une bannière commune, qui aurait une incidence sur le plan commercial comme sur le plan promotionnel, rappelle avec une certaine satisfaction Denis LeBrun, propriétaire de la librairie Pantoute, vice-président de l’ALQ et fondateur-éditeur du libraire. De manière générale, mes confrères et consœurs sentaient la nécessité d’avoir des outils pour faire face à la concurrence dans un marché en perpétuelle évolution, sur lequel des librairies individuelles avaient de plus en plus de mal à se positionner.»

Il tombait sous le sens que le libraire, déjà lié à cinq librairies de fonds parmi les plus importantes de la province, et diffusé chez plusieurs autres établissements de même nature sur tout le territoire, joue un rôle central dans ce projet. «La rédaction du journal avait déjà à sa disposition deux outils assez bien implantés dans une cinquantaine de commerces, précise Denis LeBrun. Et nos librairies partenaires avaient déjà expérimenté cette idée de publicité commune, avec nos sélections en littérature québécoise annoncées dans les pages du Devoir.» Depuis que la proposition du journal a été faite au conseil d’administration de l’ALQ, l’essentiel de la démarche de réflexion a porté sur le raffinement et la mise au point du projet. «L’idée de Denis a été très bien reçue en assemblée générale, parce qu’elle était novatrice et prometteuse, renchérit Lise Desrochers, qui dirige l’Association des libraires du Québec depuis un peu plus d’un an. Après, il a fallu réaménager le projet, débroussailler pour ne retenir que l’essentiel: le fait de réunir sous cette bannière les librairies indépendantes qui le désirent. Sans vouloir vous flatter, l’expertise et la bonne réputation du journal ont fait en sorte que les libraires ont été très emballés par le projet.»

Une vision commune
Cela ne signifie pas que le projet a remporté l’adhésion de tous instantanément, car il a notamment fallu que les acteurs impliqués usent de tout leur pouvoir de persuasion afin de séduire les instances subventionnaires, de les convaincre de s’y engager pour le bénéfice de l’ensemble de l’industrie du livre. «Pour convaincre les pouvoirs publics, il a été nécessaire de leur faire voir qu’il ne s’agissait pas d’une initiative exclusivement commerciale, d’affirmer Lise Desrochers avec conviction. C’est aussi une affaire d’image qu’on veut mettre de l’avant, l’image de la librairie comme lieu d’accès à la culture, au livre et à la littérature.»

Même dans le milieu, certains libraires nourrissaient quelques appréhensions à l’égard de cette bannière, rassembleuse peut-être, mais qu’on pouvait voir comme contraignante. «N’oublions pas qu’il s’agit de réunir une centaine de librairies indépendantes, dont chacune a sa spécificité, sa clientèle, précise Denis LeBrun. Certains craignaient qu’on les oblige à changer leur façon de travailler, leur façon de voir. Il fallait donc leur assurer que tout le monde conserverait sa pleine autonomie, ses prérogatives, sa liberté, car il ne s’agit pas de se transformer en une chaîne de franchises. Ce dont nous voulons doter le réseau, c’est d’un instrument promotionnel qui souligne la diversité de nos commerces et leur caractère essentiel dans la diffusion de la culture. Tous pourront y participer à leur façon, selon leurs moyens et leurs intérêts.»

Un sceau de qualité
Concrètement, ce qui changera pour les commerces associés à la bannière des librairies indépendantes du Québec, c’est leur image de marque, qui s’en trouvera de cette manière bonifiée. «Nous entendons promouvoir la qualité sur tous les plans, notamment celui du service, insiste Denis LeBrun, qui œuvre dans le milieu depuis plus d’un quart de siècle. Une librairie, ce n’est pas un commerce comme n’importe quel autre. Ce qui fait sa qualité, c’est la culture et le professionnalisme de son personnel; c’est aussi la richesse, la diversité de son fonds littéraire. Mieux qu’une simple chaîne commerciale, le réseau que nous comptons établir regroupera des librairies de tous genres, de la grande librairie généraliste à la librairie plus petite et plus spécialisée.»

«Et au contraire des chaînes et des grandes surfaces, qui se concentrent surtout dans les grands centres, les librairies indépendantes du Québec sont représentées dans toutes les régions de la province, d’ajouter Lise Desrochers. Ça confère à notre projet un avantage certain et une force inégalée quant à sa capacité de faire rayonner davantage et plus adéquatement la littérature, et plus particulièrement la littérature québécoise, aux quatre coins du territoire.» D’où l’intérêt de pouvoir miser sur les acquis de ce journal, qui a fait ses preuves auprès d’une clientèle, fréquentaient les librairies indépendantes, qu’elles soient partenaires ou diffuseurs.

À l’ère de la «best-sellerisation» accrue, qui souvent se fait aux dépens de la littérature, pareille initiative et pareils idéaux ne peuvent que charmer les amateurs de belles-lettres et de culture, qui croient que la sauvegarde de la diversité culturelle, dont on ne cesse de répéter qu’il s’agit d’une priorité mondiale, ne peut être livrée à la merci de la seule loi du plus fort.

Longue vie, donc, aux librairies indépendantes du Québec!
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