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Les libraires - Numéro 112
Dans la poche - numéro 112

Dans la poche - numéro 112

Par Isabelle Beaulieu et Alexandra Mignault, publié le 08/04/2019

Tortues à l’infini / John Green (trad. Catherine Gibert), Gallimard, 374 p., 14,95$
Le quotidien d’Aza Holmes, âgée de 16 ans, est bouleversé par ses troubles obsessionnels compulsifs. Attirée par une récompense de cent mille dollars, sa meilleure amie Daisy l’entraîne dans une enquête pour retrouver le milliardaire Russell Pickett qui a disparu. Il s’avère que cet homme est le père d’un ami d’enfance d’Aza, Davis, avec qui elle renoue. À travers cette quête, Aza tente de trouver un équilibre dans sa vie, d’être une bonne amie, une bonne fille et d’être bien avec elle-même et les autres, malgré ses troubles. Résilience, quête identitaire, amour et amitié attendent ce trio formé d’Aza, Daisy et Davis, des personnages fascinants qui découvrent les aléas de l’existence. L’auteur de Qui es-tu Alaska? et Nos étoiles contraires livre encore une fois un roman émouvant, tendre et sensible. Dès 13 ans.

 

Call Me by Your Name / André Aciman (trad. Jean-Pierre Aoustin), Le Livre de Poche, 332 p., 13,95$
En 1983, Elio, un adolescent sensible de 17 ans, s’apprête à vivre un été qui chamboulera sa vie, alors qu’il découvrira les émois foudroyants d’un premier amour chavirant. Dans sa villa familiale sur la côte italienne, ses parents invitent Oliver, un jeune professeur de philosophie, un Américain charmant et brillant. Troublé et attiré par Oliver, se languissant de lui, Elio passe le temps en flirtant avec sa voisine, tandis qu’Oliver travaille sur son manuscrit et sort beaucoup. Mais après cette attente, Elio et Oliver finiront par céder à leur attirance et à leurs sentiments. Sublime roman d’amour et du désir, Call Me by Your Name, adapté au cinéma, nous envoûte par sa sensualité et son élégance.

 

Celui qui va vers elle ne revient pas / Shulem Deen (trad. Karine Reignier-Guerre), Points, 480 p., 16,95$
Élevé dans la pure tradition des skver — des juifs hassidiques au mode de vie très rigide —, Shulem Deen suivra d’abord la voie qu’on lui a d’avance tracée : mariage arrangé, bientôt père de cinq enfants et journées rythmées par les prières et les obligations de sa communauté, laquelle proscrit toute forme de liens avec l’extérieur. Mais petit à petit, il dérogera à certaines règles, remettra en doute les conventions ascétiques déterminées par le groupe et sera finalement déserté par la foi. Commencera pour l’homme ébranlé une longue traversée du désert où, n’ayant plus de liens avec sa communauté ni repères, il tentera d’apprivoiser sa nouvelle vie. L’histoire est racontée avec un souci de sincérité et évite toute sensiblerie. Le récit de Shulem Deen en est un d’affranchissement, de quête d’identité et de résilience.

 

Tiens ferme ta couronne / Yannick Haenel, Folio, 352 p., 15,25$
Jean a écrit un scénario sur la vie de l’écrivain Herman Melville, mais aucun producteur ne s’y intéresse. Un jour, grâce à un contact, il rencontre à New York le cinéaste américain Michael Cimino, à qui il aimerait bien confier la réalisation de son film. De retour à Paris, il sombre dans des moments de déception, d’ennui et de solitude. Puis, il tombe amoureux d’une femme lors d’un souper avec la comédienne Isabelle Huppert et un producteur. Afin de contrer son spleen, il part ensuite en Italie pour écrire un roman, carburant à la création. À travers ces mésaventures rocambolesques se trame un appel à la grandeur, une quête de sens dans ce monde qui en est parfois dénué. Lauréat du prix Médicis, ce roman éclectique, étrange et érudit explore le rapport entre cinéma et littérature ainsi qu’entre réalité et fiction.

 

Les mille automnes de Jacob de Zoet / David Mitchell (trad. Manuel Berri), Alto, 776 p., 21,95$
Jacob de Zoet, un clerc néerlandais, part pour Dejima, une île près de Nagasaki au Japon, pour tenter d’amasser des richesses et d’être un parti digne pour Anna, sa convoitée. On est en 1799 et les Hollandais sont les seuls habitants de l’Occident à pouvoir faire des affaires avec le peuple nippon. Arrivé à bon port, Jacob constate les manigances des siens tout en découvrant les codes d’une culture très différente de la sienne. Bientôt, il fera la rencontre d’Orito, une jeune femme érudite dont il tombera amoureux et qui sera enlevée, puis enfermée dans un monastère. Cette fresque historique, non dépourvue d’intrigues et d’humour, présente des personnages et des destins qui s’entrecroisent, nous menant aux confins d’un monde disparu, ressuscité pour nous. « L’addiction à l’écriture, c’est de rechercher une phrase parfaite dans la suspension du temps », disait Mitchell en entrevue au magazine Le Point. En effet, on a l’impression en ouvrant ce livre que les aiguilles de l’horloge ont cessé de tourner.

 

Amqui / Éric Forbes, Héliotrope, 288 p., 14,95$
Étienne Chénier, un ex-libraire, sort de prison plus tôt que prévu après avoir purgé quatre ans pour meurtre. Pourquoi a-t-il été relâché? Peu de temps après sa libération, il attire l’attention d’un enquêteur du SPVM, un alcoolique dépressif, qui se lance à sa poursuite avec sa collègue. Mais cette traque ne sera pas si simple parce que les deux policiers ignorent qu’Étienne Chénier a un plan de vengeance bien précis, élaboré pendant sa détention, et que rien ne pourra l’arrêter… Dans ce roman noir efficace et captivant, à l’humour féroce, on assiste donc à la course sanglante et effrénée de Chénier, impitoyable et froid, qui a toujours une longueur d’avance sur les enquêteurs qui suivent sa trace, de Montréal jusqu’à Amqui.

 

La traduction est une histoire d’amour suivi de L’anglais n’est pas une langue magique / Jacques Poulin, Nomades, 272 p., 11,95$
Lire Jacques Poulin, c’est prendre le temps de se laisser imprégner des mots, c’est laisser une œuvre belle et douce se déployer, c’est retrouver avec bonheur ses univers intimistes et tendres, parsemés de livres et de chats. Les deux titres réunis dans cet ouvrage ont aussi en commun de propager l’amour des mots et de leur musicalité. Dans La traduction est une histoire d’amour, l’écrivain Jack Waterman noue une relation avec sa traductrice, Marine, qui vit à l’île d’Orléans et avec qui il enquête à propos d’une mystérieuse adolescente. Dans L’anglais n’est pas une langue magique, le petit frère de Jack est un « lecteur sur demande », dont la principale cliente est la jeune Limoilou, l’adolescente mystérieuse découverte dans le précédent titre.

 

Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo / Dany Laferrière, Mémoire d’encrier, 320 p., 14,95$
Après avoir croisé Mongo, un jeune Camerounais récemment arrivé à Montréal, l’écrivain se remémore son arrivée dans la même ville en 1976. En retraçant ses quarante dernières années, il raconte à Mongo ce qu’il aurait aimé qu’on lui dise à son arrivée, autrement dit, ce qui l’attend, ce qu’il risque de découvrir au sein de cette nouvelle société. Ses confidences dressent un portrait des particularités du Québec en témoignant notamment des différences entre le Sud et le Nord. Avec un regard tendre et sensible, Dany Laferrière rend au Québec un vibrant hommage, empreint d’amour. On admire l’éloquence et la pertinence ainsi que les réflexions inspirées et fines de l’académicien.

 
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