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Les libraires - Numéro 104
Dans la poche - numéro 104

Dans la poche - numéro 104

Par Alexandra Mignault et Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 11/12/2017

À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!

Anguille sous roche
Ali Zamir, Le Tripode, 280 p., 22,95$
Si on vous parle encore une fois d’Anguille sous roche, c’est parce qu’il y a quelque chose de tout à fait exceptionnel dans ce roman. Le prétexte de sa réédition en poche est l’occasion de redire à quel point la langue est exceptionnelle et qu’il s’agit d’un tour de force narratif. Anguille, c’est une orpheline de mère de 17 ans, très téméraire. Le récit s’amorce alors que le fil des pensées de la jeune fille prend le large, au même moment où elle se noie tout en gardant bien vif le récit de sa vie qu’elle partage avec nous. Et quelle vie! Ce roman a remporté le prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2016.

 

Carnets noirs
Stephen King, Le Livre de Poche, 576 p., 15,95$
Le maître du suspens a encore frappé. Et cette fois, c’est en revenant à un thème qui a servi son succès en 1989 avec Misery, puisque dans Carnets noirs, il est à nouveau question de l’obsession d’un fan envers un écrivain. Cette fois, l’écrivain se nomme John Rothstein et son crime a été, tout simplement, de prendre sa retraite. Ainsi, aucune autre aventure de son fameux détective Jimmy Gold n’allait être publiée, ce qui a mis dans une colère noire un certain Morris. Ce dernier, en voulant s’emparer des précieux carnets noirs qui contiennent les notes de l’écrivain, l’assassinera… Jusqu’où peut ensuite mener la fiction? 

 

Le chagrin des vivants
Anna Hope, Folio, 412 p., 15,95$
C’est avec une remarquable adresse qu’Anna Hope dépeint le destin de trois femmes meurtries par les dommages collatéraux de la guerre, en novembre 1920. Le roman, dont le récit s’échelonne sur cinq jours, entrecroise l’histoire d’une veuve qui travaille maintenant au bureau des pensions de l’armée avec celle d’une mère qui croit apercevoir son fils décédé au combat et celle d’une danseuse qui accompagne d’anciens soldats le temps d’un tour de piste. Un roman qui déploie les cicatrices des femmes dans un monde où la Première Guerre mondiale a affecté les hommes, un roman loin d’être larmoyant, empreint d’une puissance d’évocation impressionnante. 

 

Kerouac et Presley
André Pronovost, Nomades, 320 p., 12,95$
Œuvre littéraire intimiste, Kerouac et Presley est l’ouvrage d’un auteur conteur, d’un auteur penseur, qui ouvre son cœur en partageant ses réflexions à ses lecteurs. On se promène avec lui sur les routes de l’Amérique, aux côtés de tous ces grands qu’il se plaît à citer : Bob Dylan, Bruce Spingsteen, Prince, Marilyn Monroe, Jacqueline Kennedy et bien d’autres. Étrange de voir à quel point il nous parle de la réparation de ses fondations de maison au même titre que de ses aspirations spirituelles et que le tout coule sans anicroche, que le tout happe le lecteur. Beau de voir à quel point Elvis Presley et Angela Davies se côtoient dans l’esprit de cet homme érudit. André Pronovost possède la rare capacité à dévoiler le quotidien sous un angle littéraire. 

 

Laëtitia
Ivan Jablonka, Points, 436 p., 16,95$
Le regard que jette Ivan Jablonka sur Laëtitia Perrais, jeune femme de 18 ans assassinée froidement en janvier 2011 dans une commune de l’ouest de la France, est empreint d’humanité. Avec une habileté rare, il déconstruit le fait divers – qui a retenu l’attention des médias pendant plusieurs semaines et qui a causé une crise politique en France – pour dresser un portrait de société juste, toujours porté par une intelligence vive et une sensibilité naturelle. L’historien s’attarde à comprendre le parcours de Laëtitia, et lui redonne un semblant d’honneur. Un grand livre, qui a sans étonnement remporté le Médicis.

 

Station Eleven
Emily St. John Mandel (trad. Gérard de Chergé), Alto, 496 p., 17,95$
Avec Station Eleven, Emily St. John Mandel signe une œuvre brillante et fascinante. Ce roman post-apocalyptique, lauréat du Prix des libraires du Québec, met en lumière la fragilité de notre vie alors que le monde tel qu’on le connaît s’écroule parce qu’une pandémie de grippe géorgienne décime 99 % de la population mondiale. Vingt ans après, parmi le peu de survivants, une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre de Shakespeare dans divers lieux où subsistent encore des communautés. Ces gens survivent grâce à l’art et à l’amitié, tentant courageusement de préserver le peu d’humanité qu’il reste. « Parce que survivre ne suffit pas. »  

 

Tokyo Vice
Jake Adelstein (trad. Cyril Gay), Points, 496 p., 16,95$
Le sous-titre révèle la teneur du propos de cet ouvrage : « Un journaliste américain sur le terrain de la police japonaise ». Tokyo Vice, c’est une riche et précise enquête ethnologique qui nous plonge au cœur du Japon et ses yakuzas – la mafia nippone –, écrite par un journaliste occidental qui a travaillé pour un quotidien japonais. Alors qu’il était en fonction, on lui a précisé ce qu’il pouvait écrire et, surtout, ce qu’il ne pouvait pas écrire… Ce livre de non-fiction writing fut un immense succès dès sa sortie – 150 000 exemplaires vendus en grand format. Entre polar mafieux et enquête journalistique sur les bas-fonds de Tokyo, cet ouvrage se lit d’un trait, nous informe et nous divertit tout à la fois.

 

La variante chilienne
Pierre Raufast, Folio, 238 p., 13,95$
Si Pierre Raufast possède une qualité, c’est bien celle de savoir imbriquer entre elles chacune des histoires qu’il se plaît à créer au cœur même de ses romans. Dans La variante chilienne, on plonge dans un village de la vallée de Chantebrie – où la pluie a tombé pendant douze ans – aux côtés de personnages bien particuliers. Il y a d’abord Pascal, philosophe qui se retrouve à partager, deux mois durant, une maison de campagne avec Margaux, solitaire étudiante de 17 ans. Puis, il y a le voisin, l’énigmatique Florin, amateur de tabac et de bon vin, qui collectionne 4000 cailloux déposés dans des bocaux, 4000 cailloux comme autant de souvenirs qu’il partagera, soir après soir, avec Pascal. Grâce à ses fragments de vie épars, on découvre une caverne d’Ali Baba romanesque impressionnante…

 
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