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Les libraires - Numéro 101
Dans la poche - numéro 101

Dans la poche - numéro 101

Par Isabelle Beaulieu, Alexandra Mignault et Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 20/06/2017

À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes! 

City on fire 
Garth Risk Hallberg (trad. Élisabeth Peellaert), Le Livre de Poche,
1244 p., 19,95$
Avant même la sortie du livre, l’éditeur avait versé une avance de deux millions de dollars à son auteur. Le roman promettait de constituer une fresque de plusieurs centaines de pages avec comme toile de fond la ville de New York des années 70 et toute une galerie de personnages plus hétéroclites les uns que les autres. Au milieu, un meurtre perpétré dans Central Park la veille du Nouvel An 1976. Cet événement servira de déploiement à des univers fantasques où l’art, la démesure, la violence et l’amour, qui n’est jamais bien loin, éclatent en mille fragments pour illuminer de leurs feux le centre névralgique de l’Amérique.

 

Les amants de Coyoacán
Gérard de Cortanze, Le Livre de Poche, 340 p., 13,95$
Tout intrigue et charme chez Frida Kahlo. Chez elle, le rêve approche la réalité, la flamboyance suit le péril. L’auteur se concentre sur la relation passionnelle que l’artiste mexicaine a entretenue secrètement avec le révolutionnaire Léon Trotski alors que sa femme et lui avaient trouvé refuge chez le couple Kahlo-Rivera. Tout concordait pour faire de cette histoire un véritable roman. Les remous politiques d’un monde en plein changement côtoient les impulsions du désir. La région de Coyoacán, là où la peintre a commencé et terminé ses jours, signifie « l’endroit de ceux qui possèdent des coyotes » et illustre bien le caractère rebelle et sauvage des amours illicites.

 

Penser l’islam
Michel Onfray, Le Livre de Poche, 182 p., 12,95$
S’il est un sujet délicat ces dernières années, c’est bien celui de l’islam. La simple prononciation du mot suffit à ouvrir un réservoir d’idées reçues qui éloignent plus encore la compréhension de cette religion que la plupart connaissent déjà peu. « Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre », écrit Michel Onfray. C’est pourquoi nous ne pouvons éviter la question musulmane même s’il y a malaise. Avec sa loupe de philosophe et les préceptes du Siècle des Lumières, Onfray revisite l’islam à travers le Coran et les portraits du Prophète, et reconnaît les torts de l’Occident qui démonise avec acharnement la figure musulmane.

 

Le grand marin
Catherine Poulain, Points, 384 p., 15,95$
Si ce roman – couronné de plusieurs prix et en lice pour de nombreux autres – a un petit quelque chose d’Herman Melville dans chaque description et de Jack London dans chaque aventure, il rappelle également Les travailleurs de la mer de Victor Hugo dans la relation qu’a le protagoniste avec les impressionnantes et destructrices vagues de l’océan. Ici, Catherine Poulain donne à lire un vertigineux roman de voyage, l’histoire courageuse d’une femme qui prend le large sur un chalutier en Alaska, subissant les ravages du froid, de l’humidité et de la fatigue. C’est l’histoire d’une femme seule dans ce monde d’hommes fait d’alcool fort et de rires gras; seule, jusqu’à ce qu’un grand marin, rude et doux, débarque et que tout chavire. « Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. » Pour le meilleur et pour le pire. 

 

La jeune épouse
Alessandro Baricco (trad. Vincent Raynaud), Folio, 256 p., 13,95$
Alessandro Baricco nous convie dans un univers baroque et sensuel, avec l’histoire de cette jeune épouse, qui, au début du XXe siècle, débarque chez sa belle-famille en Italie. Son futur mari n’étant pas encore de retour d’Angleterre, sa Famille se fait un point d’honneur de l’éduquer et de l’initier à la sexualité, à la philosophie. Bizarrement, le fils tarde à rentrer, la famille part finalement en voyage, laissant à elle-même cette jeune épouse qui, toujours, attend le retour… Se plaçant sous le signe de l’étrangeté, ce roman audacieux propose plusieurs points de vue sur les actions. Le tout aurait pu paraître vulgaire sous certaines plumes, mais ici, grâce à la touche Baricco, on accepte candidement la proposition et on se laisse imprégner d’une atmosphère envoûtante. À paraître en juillet.  

 

Lady Cartier
Micheline Lachance, Nomades, 760 p., 17,95$
En 1853, entre les engagements politiques de son mari Sir George-Étienne Cartier, la naissance de leur troisième enfant et des frictions familiales, Hortense Fabre essaie tant bien que mal d’être à la hauteur, surtout pour ses enfants. Mais des temps plus difficiles l’attendent, alors qu’elle découvre que son mari la trompe avec sa meilleure amie. Une rivalité s’installe entre ces deux femmes de tête, amoureuses du même homme. Son histoire, campée dans le quotidien du XIXe siècle, s’entremêle notamment avec une épidémie de choléra, un scandale au Canadien Pacifique et la naissance de la Confédération canadienne. L’auteure de la série « Le roman de Julie Papineau » raconte encore une fois des destins tumultueux passionnants.

 

Paradis, clef en main
Nelly Arcan, Numéro de série, 200 p., 14,95$
Après avoir utilisé les services d’une étrange compagnie qui organise le suicide de ses clients, Antoinette, malheureusement pas morte comme il était prévu, désormais paraplégique, raconte son histoire, sa relation avec sa mère, son désir de mourir. Mais voilà qu’à travers tout ça, elle découvre un nouveau souffle, souhaitant maintenant exister, vivre. En plus de retrouver toute la puissance de la plume de Nelly Arcan dans ce roman, on y décèle ses thèmes de prédilection : le rapport au corps, à la vie et à la mort. Cette œuvre lucide, acérée et poignante, publiée peu de temps après le suicide de l’auteure, résonne tristement en nous, prend une tout autre dimension.

 

En attendant Bojangles
Olivier Bourdeaut, Folio, 176 p., 12,75$
Une vraie révélation, ce roman de Bourdeaut qui arrache autant de rires que de larmes; une aventure improbable vécue par un couple qui n’a rien à faire d’un monde formaté. Leur vie est une continuelle promenade au cœur des désirs les plus beaux et les plus fous; Papa appelle Maman avec un nouveau nom tous les jours et ils vivent au gré des fantaisies de cette dernière; leur animal de compagnie est un grand oiseau exotique; il n’y a aucun couvre-feu imposé. Un petit garçon grandit au milieu de leurs extravagances : intelligent, touchant, c’est lui qui nous raconte cette histoire qui les mènera jusqu’à leur château en Espagne, pour une danse finale... Un premier roman (!) qui démontre avec brio que la littérature possède encore cette faculté de nous faire vivre des fantaisies impossibles – ou presque – dans la vraie vie.

 

Traces
Anna Raymonde Gazaille, Nomades, 416 p., 12,95$
Premier roman de cette auteure, Traces s’est rapidement imposé sur la scène littéraire au Québec qui a applaudi avec enthousiasme cette nouvelle venue du polar. Nous faisons la connaissance de l’inspecteur Paul Morel, fin renard qui cultive l’art de la stratégie. Il tentera d’élucider les meurtres de femmes dans la cinquantaine qui, outre leur tranche d’âge, ont toutes le point commun d’être enregistrées sur un site de rencontres. Résolument ancré dans la modernité, ce roman explore les nouveaux mondes interlopes qu’abritent les technologies numériques. Au cœur même de ces réseaux aux ramifications exponentielles réside une impitoyable solitude.

 

Contes
Gilles Vigneault, Boréal compact, 286 p., 13,95$
C’est marqué par l’espoir et une poésie salvatrice que les contes de Vigneault se déploient. Ce recueil recèle un espace intemporel où le lecteur pourra cueillir à sa guise des bribes de sagesse, quelques ludiques lueurs. Une puissance d’évocation anime ces courts écrits – certains ne font pas plus d’une demi-page – composés par un érudit du savoir-dire. Il y a de ces artistes qui imprègnent l’histoire d’une nation et lui insufflent une âme. Comme de juste, Vigneault fait partie de ces légendes plus grandes que nature. Y revenir nous rappelle d’où l’on vient et nous donne des pistes vers où aller.

Ataraxie
Karoline Georges, Alto, 160 p., 13,95$
« Perfectionniste cherche relation sublime. Idéaliste en quête d’esthétisme absolu. » Voilà le descriptif qui permet à une femme perfectionniste de faire la rencontre d’un autre perfectionniste. Cette femme poursuit une quête de la beauté à l’extrême, avec une rigueur absolue. Son amant va la séquestrer et la laisser aux soins de Rosette, une coiffeuse, qui la persécutera. La plume de Karoline Georges, toujours aussi insolite et originale, échafaude ici un huis clos tordu qu’on se surprend à dévorer.

Le Cercle
Dave Eggers (trad. Emmanuelle et Philippe Aronson), Folio, 576 p., 15,95$
Avec ce roman d’anticipation, le grand auteur américain qu’est Dave Eggers explore la question de la liberté individuelle. Il nous entraîne dans un univers lisse et à l’apparence sans faille : Le Cercle, une entreprise prisée qui œuvre dans le numérique et contrôle une large part de ce qui circule sur Internet. Son postulat : si vous n’avez rien à vous reprocher, soyez transparents sur les réseaux sociaux. Ainsi, les gens se filment pour prouver qu’ils sont blancs comme neige – politiciens inclus –, publient des photos, des articles, des commentaires, participent au plus grand nombre d’événements possible. De façon tentaculaire et pernicieuse, la compagnie s’insère dans la vie de tout un chacun, pour ensuite mieux la diriger. Ainsi, individuellement, les employés ne réalisent pas tout à fait le monstre qu’ils sont, collectivement, en train de créer… À paraître en juillet. 

 
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