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Ce miracle qui arrive tout de même, parfois…

Ce miracle qui arrive tout de même, parfois…

Par Stanley Péan, Les libraires, publié le 20/09/2010
L’autre matin au Cabaret Le Lion d’Or, devant un parterre réunissant des écrivaines et écrivains, des créatrices et créateurs œuvrant dans de nombreuses autres disciplines, des journalistes (du moins, les rares d’entre elles et eux encore affectés à la couverture de cette chose dite culturelle) et de simples amatrices et amateurs d’arts et de lettres, Michelle Corbeil, la valeureuse directrice artistique du Festival international de la littérature (FIL), procédait au dévoilement de la programmation de la seizième édition de l’événement aux destinées duquel elle préside.
Traditionnellement présentée à la fin août, cette conférence de presse annuelle est devenue au fil des ans l’un des signes les plus évidents de la fin de l’été, d’une part, et de l’approche de la rentrée littéraire automnale, d’autre part. Elle survient à la veille du retour en classe de la plupart de nos jeunes; et, à l’instar du jour où la proverbiale marmotte, à quelques semaines du printemps, sort momentanément de son hibernation pour chercher son ombre sur la neige, cette conférence nous invite à anticiper la saison qui s’amorce.

Comme le signalait justement Michelle Corbeil, c’est toujours un moment émouvant de revoir ces têtes familières, souvent les mêmes, qui œuvrent bon an mal an dans Bouquinville avec cette nécessaire opiniâtreté. Et ce qui vaut pour le FIL vaut forcément pour les autres manifestations littéraires sur le territoire québécois qui le suivront de semaine en semaine au cours de la saison, du Festival international de la poésie de Trois-Rivières au week-end des Donneurs à Joliette, en passant par le tout nouveau Festival littéraire Québec en toutes lettres de Québec et les désormais innombrables cabarets littéraires, soirées de lecture et salons du livre.

Diantre, même la ville de Saguenay, capitale culturelle du Canada en 2010, s’enorgueillit cette année du dévoilement officiel des bornes consacrées aux écrivaines et écrivains originaires du Royaume des bleuets, et conçues dans le cadre du projet «La littérature aux abords des rivières»! Et ce, malgré ce maire un tantinet «folklorique-là-là» qui, l’automne dernier, semblait se frotter les mains de délectation à l’idée de la possible disparition du livre-papier, voire de la littérature elle-même, supplantée par les blockbusters disponibles sur plateforme numérique et en anglais s’il vous plaît!

Je me suis laissé dire par Michelle Corbeil et par d’autres animateurs de notre vie littéraire que certains fonctionnaires, pourtant responsables de dossiers culturels à divers paliers gouvernementaux, voyaient d’un œil sceptique la nécessité de la tenue de tous ces événements littéraires. Pourquoi un festival axé sur la littérature dans une ville où il y a déjà les Francofolies, le Festival de jazz, Juste pour rire et je ne sais quelle manifestation à grand déploiement?, lui aurait-on demandé. À la faveur de l’apparent désintérêt de nos médias populaires pour les champs d’activité culturelle qu’on ne saurait amalgamer au simple divertissement, et de la croisade que semble mener notre gouvernement conservateur contre la vie intellectuelle et culturelle du Québec et du Canada, les esprits chagrins ont beau jeu de contester la pertinence même de la littérature.

Avec un brin de sarcasme, l’écrivain André Belleau écrit dans les pages de la revue Liberté qui fête cette année son demi-siècle d’existence: «La littérature, c’est justement ce qui n’arrive pas…»

Fort heureusement, et un peu grâce à ces événements publics que je conçois comme des interfaces entre laparole des écrivaines et des écrivains et leur public naturel, les lecteurs actuels et potentiels, ce miracle de la littérature, celui de la rencontre entre l’œuvre et le lecteur, se voit facilité.

Par bonheur, malgré ces forces obscurantistes qui poursuivent obstinément dans les officines du pouvoir leur travail de sape de toute forme de pensée, ce miracle-là qui doit arriver, arrive encore parfois…

N’y trouvez-vous pas, comme moi, de quoi garder vivant une sorte d’espoir qui pourrait ressembler à la foi…?

Bonne rentrée littéraire à toutes et à tous!
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