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208 livres pour la rentrée

208 livres pour la rentrée

Par Hélène Simard, Les libraires, publié le 22/09/2008

Curiosités, voix nouvelles, écrivains émérites et perles rares: extraire le bon grain de la rentrée a constitué, une fois de plus, un exercice hautement excitant et une tâche d’autant plus ingrate qu’on ne veut, en aucun cas, décevoir nos lecteurs, qui méritent bien sûr le meilleur. Mais le plaisir de la chose réside justement dans l’effort. Au cours des pages suivantes, vous découvrirez 208 nouveautés à paraître d’ici novembre qui valent leur pesant d’or. En toute humilité, voici notre rentrée. Mais n’hésitez pas à explorer en marge de nos choix: les goûts et la curiosité, ça se cultive!

LITTÉRATURE ET POÉSIE QUÉBÉCOISE
Chez Boréal, la fiction qui devrait remporter l’assentiment général s’intitule Et je te demanderai la mer de Stéfani Meunier. Il s’agit d’un père qui, après avoir quitté femme et fils, s’achète un motel miteux puis y rencontre une mère accompagnée de son fils, deux écorchés par la vie. L’un des atouts du roman réside dans la force retenue des personnages. Meunier, qui a séduit la critique avec Ce n’est pas une façon de dire adieu, affine ici son art de conteuse. Ying Chen, elle, n’a plus besoin de présentation. Installée au Québec depuis 1989, elle érige une œuvre traversée par les questions de l’héritage culturel et de la filiation. Audacieux. Dans Un enfant à ma porte, Chen déconstruit le discours sacralisant la maternité. Prix du Gouverneur général 2004 pour Le cercle parfait, Pascale Quiviger revient avec une œuvre envoûtante teintée d’une touche fantastique, La maison des temps rompus. Une femme s’installe dans une maison au bord de la mer. Étrangement, aucun de ses proches ne parvient à trouver le chemin pour s’y rendre, mais son isolement lui permet de se remémorer l’histoire d’une amitié intense. La prose de Quiviger ainsi que la psyché complexe des personnages ne vont pas sans rappeler l’art d’Anne Hébert. Bref, une grande styliste.

Sorti au printemps 2007, Le jardinier de monsieur Chaos a révélé un romancier imaginatif. Francis Malka ne devrait pas décevoir avec son second livre, Le violoncelliste sourd (Hurtubise HMH). Un musicien acquiert une réputation internationale en feignant la surdité. Les foules accourent, on crie au prodige. Jusqu’où ira l’imposture? Auparavant publié à L’instant même (Iphigénie en haute-ville), François Blais voit son deuxième roman, Le vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune, publié par Hurtubise HMH. Cet auteur de la relève qui joue avec les mots a su conquérir le lectorat. Anick Fortin a choisi une langue drue, orale et parsemée de gros mots pour évoquer la violence des émotions de l’héroïne de Journal intime d’une pute conforme, une professeure de mathématiques qui se sent comme un «corps-objet» après avoir été larguée par un jeune tombeur dont elle s’est amourachée (Trois-Pistoles). Aussitôt consommée, aussi jetée: sont-ce là les règles des relations amoureuses actuelles?

Au Marchand de feuilles, l’écrivaine et éditrice Mélanie Vincelette publie trois œuvres, dont Bestiaire d’Éric Dupont, qui dresse l’abracadabrant portrait d’une génération marquée par l’Expo 67, Comaneci, René Lévesque et le secret de la Caramilk (1976-1986), et Victoria et le vagabond de Mélikah Abdelmoumen, qui met en scène deux personnages en quête d’eux-mêmes et une dame quasi centenaire. Trois lignes de vie sur lesquelles plane l’ombre de Charlie Chaplin. Les éditions Coups de tête, qui ont dernièrement franchi le cap de leur première année d’existence, frappent fort avec des romans comme des «tonnes de brique». Coïncidence ou non, d’eux d’entre eux réinventent de mythiques personnages, l’un, littéraire et l’autre, biblique. Ainsi, dans Speranza, Laurent Chabin imagine que le héros de William Defoe, Robinson Crusoé, trouve son salut non pas dans la perpétuation de sa civilisation, mais dans la libération de ses instincts sauvages, et Dynah Psyché, avec Cyclone, raconte, par le biais d’échanges de courriels, les quelques heures précédant l’arrivée d’un cyclone sur la Martinique. La famille de Moïse, disparu en mer, est plongée en pleine tragédie. Un Noé moderne? Enfin, en novembre paraîtra Grande Plaine IV d’Alexandre Bourbaki, cet auteur insaisissable qui mystifiait le lectorat et la critique avec son détonant Traité de balistique (Alto) en 2006.

On apprécie le talent de Francine Noël depuis Maryse, son premier roman publié en 1983 et, en 2006, elle faisait un retour remarqué grâce à La femme de ma vie, un récit touchant inspiré par sa mère. Cet automne, elle revient en forme avec J’ai l’angoisse légère, où elle redonne vie à certains personnages de ses précédents romans. Et comme Francine Noël privilégie la qualité à la quantité (elle a peu publié depuis ses débuts), son éditeur, Leméac, est fort heureux de publier cette œuvre qu’il n’attendait pas sitôt. Chez l’éditeur de la rue d’Iberville, on remarque de plus le retour de deux romancières en pleine progression: Linda Amyot avec Au matin et Louise Dubuc avec Les chenilles du brigadier, qui parle des agresseurs que la justice ne punit parfois pas suffisamment ou de la bonne manière. Comme Leméac, XYZ éditeur a su s’attacher la fidélité de plusieurs écrivains. Cet automne, on a droit à Hugues Corriveau avec La gardienne des tableaux, un hommage à la peinture et à la ville de Rome, et à Bertrand Gervais avec Le maître du Château rouge, la suite de L’île des Pas perdus, ce conte merveilleux pour adultes dans lequel une fillette, qui avait perdu ses deux pouces pour les avoir trop sucés, cherchait une guérisseuse dans le monde étrange qui donnait le titre au livre. Sans oublier Le fin fond de l’histoire, roman polyphonique explorant les questions de la mémoire et de l’identité, écrit par Andrée Laberge, la lauréate du Prix littéraire du Gouverneur général 2007. Chez Triptyque, soulignons la parution du huitième roman de Pierre Manseau, Les amis d’enfance, qui se déroule dans la vallée du Saint-Laurent en 1964. Enfin, les Éditions Héliotrope publient Le ciel de Bay City, de l’essayiste et romancière Catherine Mavrikakis, «un réquisitoire contre l’indifférence du ciel à l’endroit de notre souffrance».

Jean Barbe signe avec Le travail de l’huître un «roman de l’histoire sans être historique, [un] roman de l’étranger sans être fantaisiste» (Leméac). L’auteur de Comment devenir un monstre narre en 138 pages qu’on dévore littéralement les péripéties extraordinaires d’un jeune paysan arrivé à Saint-Pétersbourg à la fin du XIXe siècle, et qui joint les rangs de ceux qui conspirent contre le tsar. Or, pendant une réunion enflammée, il devient invisible après s’être cogné la tête. Jusqu’à sa mort, il essaiera de comprendre s’il a véritablement existé ou s’il n’est qu’un fantôme. Son état particulier ne l’empêche ni d’assister aux soubresauts qui agiteront son pays ni de protéger une femme et son enfant, menacés par l’épidémie de grippe de 1918.

LITTÉRATURE FRANÇAISE
Venu spécialement en juin dernier présenter sa rentrée aux libraires de Québec et de Montréal, le directeur des Éditions Grasset, Antoine Boussin, n’avait que de bons mots pour ses auteurs. Le voyage du fils d’Olivier Poivre d’Arvor, inspiré d’un fait divers (une immigrée chinoise clandestine s’est défenestrée pour éviter une descente de police), Faux-père de Philippe Vilain, sur la question de la responsabilité paternelle, et Le cas Sonderberg du Nobel de la paix Elie Wiesel, comptent parmi les titres ayant retenu notre attention.

Le roman-phare des Éditions Flammarion s’intitule La première nuit de tranquillité. Selon Livres Hebdo, l’hebdomadaire français de l’édition, Stéphane Guibourgé signe, avec le récit de ce nomade de 40 ans n’ayant plus ni goût ni odorat et qui maîtrise l’art du thé, «son livre le plus ambitieux, le plus émouvant et le plus fort, un texte largement autobiographique dont on sort passablement secoué».

Chez Gallimard, la rentrée française est foisonnante: le principal atout de l’éditeur sis rue Sébastien-Bottin à Paris s’intitule La meilleure part des hommes, premier roman de Tristan Garcia. Ce Toulousain dans la mi-vingtaine signe une brillante radioscopie de la génération des années 80, trahie par le sida, une époque qu’il est trop jeune pour connaître. Selon L’Express, on assiste à la «naissance d’un écrivain» avec ce livre qui se révèle l’un des meilleurs de la saison. Pour passer un agréable automne, Gallimard pourra compter sur les œuvres de Milan Kundera (Une rencontre multiple), Marie Nimier (Les inséparables) et J.M.G. Le Clézio (Ritournelle de la faim).

Nées dans la clandestinité pendant l’occupation allemande de Paris, les Éditions de Minuit publient des auteurs exigeants (Beckett, Bataille) ayant influencé la littérature du XXe siècle et plusieurs romanciers contemporains français (Oster, Ndiaye, Bon). Parmi leurs nouveautés, on retient celle de Jean Echenoz, Courir. Le gagnant du Goncourt 1999 (Je m’en vais) transporte son lecteur en République tchèque, où il assistera à l’entraînement acharné d’un jeune ouvrier déterminé à devenir l’homme le plus rapide
du monde.

Spécialiste des titres accrocheurs, Martin Page avait créé un phénomène avec son premier livre, Comment je suis devenu stupide (Dilettante, 2001). C’est aux Éditions de l’Olivier qu’il fait paraître son quatrième roman, Peut-être une histoire d’amour. On y retrouve l’humour décalé, le romantisme, la rêverie, le côté fantasque et ces héros toujours un peu à côté de leurs pompes, mais brillants, typiques de Page.

Prix Goncourt des lycéens 2002 et Prix des libraires 2003 pour La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé raflait en 2004 un important doublé pour son livre suivant, Le soleil des Scorta, soit le Goncourt et le prix Jean-Giono. Flirtant avec le fantastique, La porte des Enfers revisite le mythe d’Orphée et fait réfléchir le lecteur sur le deuil par le truchement de la quête d’un père ayant perdu son fils, tué par une balle perdue dans une rue de Naples (Actes Sud).

Le lauréat du prix Inter 2007 pour Ouest, François Vallejo, signe une fiction au sujet dur, la destruction par le feu d’un quartier historique de Lisbonne à l’été 1988, dont il fut témoin: L’incendie du Chiado (Éditions Viviane Hamy). On termine ce tour des fictions françaises les plus intéressantes de la saison avec L’accordeur de pianos de Pascal Mercier (Libella/Maren Sell), qui nous a donné Train de nuit pour Lisbonne. Usant d’une narration classique, Mercier choisit la voix de jumeaux qui se remémorent (et tentent de comprendre) l’événement qui a brisé leur famille: le jour où leur père a tué d’un coup de pistolet un grand ténor italien.

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
Auteur d’un best-seller qui sera adapté au cinéma par Johnny Depp (Un acte d’amour, 2007), le Londonien James Meek signe Nous commençons notre descente, un roman complexe décrivant la lente chute d’un reporter de guerre et écrivain aussi raté qu’antipathique (Métaillié). Dans un registre moins sombre, les fans de Kate Atkinson seront ravis de retrouver le détective privé désabusé de La souris bleue dans À quand les bonnes nouvelles? (De Fallois). Depuis Dans les coulisses du musée, la romancière anglaise s’est acquis l’admiration des lecteurs grâce à ses inclassables mélanges d’intrigue policière, de roman psychologique et de saga familiale. Les retrouvailles avec le Britannique David Lodge seront, elles aussi, des plus agréables. Tragicomédie autobiographique, La vie en sourdine raconte le calvaire que vit un professeur de linguistique, veuf et solitaire, qui prend sa retraite à cause de problèmes d’ouïe (Rivages). Il croyait s’être tiré d’affaire, mais c’était sans compter sur une étudiante qui le persécutera. L’auteur de Pensées secrètes signe un roman réussi portant sur Les troubles auditifs, dont il souffre d’ailleurs lui-même.

Place d’Armes du Canadien Scott Symons est, plus de quarante ans après sa première parution, en 1967, traduit en français chez XYZ éditeur. Quittant ville, femme, enfant et carrière, Hugh Anderson, alter ego de Symons, est un écrivain exilé à Montréal qui travaille à l’élaboration de son propre personnage, lui aussi écrivain. Mise en abyme doublée d’un roman graphique bien avant l’heure puisque ponctué d’éléments visuels, Place d’Armes a causé un scandale à l’époque de sa parution en raison de l’évocation du milieu gai. Auparavant publiée chez Plon et 10/18, Camilla Gibb passe chez Leméac. Le miel d’Harar fait vivre «une véritable rencontre avec l’Éthiopie musulmane». Née en Angleterre mais ayant grandi à Toronto, Gibb, qui est la vice-présidente du PEN-Club canadien, a vécu dans ce pays du Tiers-Monde. À découvrir. En coédition avec les Éditions de l’Olivier, Boréal publie le recueil de nouvelles Fugitives d’Alice Munro, l’une des plus importantes ambassadrices de la littérature canadienne dans le monde.

Bien que la majeure partie de leur automne soit consacrée aux poids lourds français avec, notamment, Les accommodements raisonnables de Jean-Paul Dubois (lire la chronique de Michel Vézina, page 57), les Éditions de l’Olivier n’en ont pas pour autant oublié l’Amérique, ce terreau fertile où elles puisent de grands auteurs. Romancier et nouvelliste des plus respectés, lauréat de multiples honneurs dont le Pulitzer (Indépendance), Richard Ford signe son livre le plus abouti, L’état des lieux,
«un roman d’une puissance et d’une virtuosité exceptionnelles» qui brosse les portraits, tout en nuances, de l’Amérique — pré et post 11-Septembre — et d’un homme qui, dans sa complexité, rappelle le Harry «Rabbit» Angstrom d’Updike. Agent immobilier atteint d’un cancer de la prostate, quitté par sa femme et hanté par la mort de son fils, Frank Bascombe voit arriver Thanksgiving avec appréhension. Seul face à son passé, il ne sait plus quel sens donner à son existence. Ford a créé un nouvel antihéros: un grand livre, vraiment.

Comme l’Olivier, les Éditions Christian Bourgois nous ont habitués à des fictions de qualité. Le dernier ajout à leur catalogue est «une épopée magistrale sur le déclin de l’empire américain» coiffée du National Book Award 2007, Arbre de fumée de Denis Johnson. Les critiques élogieuses ont plu sur ce roman visionnaire et ambitieux qui commence en 1963 dans les Philippines, le jour de l’assassinat de Kennedy, et culmine en 1970. Quant à Thomas Pynchon, l’un des fleurons littéraires des États-Unis, il signe le plus gros livre de la rentrée (1200 pages), mais la seule sortie de son roman est, en soi, un événement. Publié au Seuil, À contre-jour est une fresque familiale se déroulant entre 1893 et les années 20, de Chicago à Paris en passant par l’Asie et le Mexique.

Du côté de Flammarion, le catalogue s’enrichit de deux œuvres apparentées par un thème commun, les conflits armés. En moins de cent pages, Guerre à Harvard de Nick McDonell dépeint, pendant la guerre en Irak, le quotidien de jeunes universitaires américains que la CIA vient débaucher sur le campus. Plus étoffée, Alfred et Emily est une fiction autobiographique de Doris Lessing. La nobélisée de littérature 2007 s’y rappelle la façon dont la Seconde Guerre mondiale a bouleversé la vie de ses parents (son père fut amputé d’une jambe et sa mère, infirmière, soigna les blessés) et tente de réécrire l’Histoire en leur mémoire. Il est aussi beaucoup question de famille dans le roman de Mariolina Venezia, J’ai vécu mille ans (Éditions Robert Laffont). Récipiendaire du prix Campiello 2007, ce roman raconte dix siècles d’histoire par le biais de femmes ayant appartenu au même clan. C’est Gioia, fille de l’Italie contemporaine et la plus jeune d’entre elles, qui remontera le temps afin de comprendre sa propre nature, issue d’une longue tradition.

Chez Gallimard, la rentrée étrangère foisonne de promesses de lectures fantastiques, dont Tête de chien de Morten Ramsland. Cette saga familiale de près de 450 pages tourne autour du loufoque et têtu Asger Eriksson, qui refuse net (du moins au début de l’histoire!) de dire la vérité à sa petite-fille à
propos de la façon dont il a séduit sa future femme et sauvé sa peau pendant la guerre de 39-45. Ce roman a raflé tous les honneurs au Danemark. Né en Allemagne en 1977, Kevin Vennemann est considéré, grâce à Près de Jedenew, son premier livre, comme l’un des espoirs de la littérature germanique. Il sera à Montréal en novembre lors du Salon du livre. Enfin, on renoue avec Bernard Schlink dans Le week-end. L’auteur du Liseur (Prix des libraires du Québec 1997) y démontre un art de la concision parfaitement maîtrisé.

Actes Sud propose également une rentrée étrangère étoffée: de l’Espagnol José Carlos Somoza (Daphné disparue) aux Néerlandais Hella S. Haasse (Aloe ferox) et Cees Nooteboom (Pluie rouge) en passant par le Suédois Torgny Lindgren (La bible de Gustave Doré), la maison d’Albert Nyssen continue de faire découvrir au lectorat francophone certaines des plus grandes plumes internationales.

LITTÉRATURE POLICIÈRE
Les inconditionnels de Donald Westlake et, en particulier, de son cabrioleur fétiche, John Dortmunder, ne doivent pas manquer Voleurs à la douzaine (Rivages/Thriller). Ce maître américain du roman noir a regroupé douze nouvelles parues dans Playboy ou le New York Times où il est question de son héros le plus célèbre. Véritable «bonbon» pour les fans, ce recueil est aussi une belle porte d’entrée dans l’univers de Westlake. Longtemps édité chez Robert Laffont, Martin Cruz Smith fait un retour en librairie cet automne au Seuil, avec Le spectre de Staline. L’auteur de Parc Gorki signe un thriller politique moderne dans lequel le fantôme du dictateur fait une apparition. Ceux dont la bibliothèque contient les thrillers d’Henning Mankell devront faire de la place pour ceux d’Helen Tursten, qui ont conquis les États-Unis et l’Allemagne. Premier de sept livres, Un torse dans les rochers comporte une intrigue haletante, mais c’est son héroïne récurrente, l’inspecteur Irène Huss, celle «dont le métier très prenant se heurte souvent à ses obligations familiales» et qui possède une ouverture d’esprit et une sensibilité absente chez Wallander, qui en est la marque distinctive.

Traduit en une trentaine de langues, Jean-Christophe Grangé nous offre Miserere, une enquête menée par deux flics taraudés par leurs démons intérieurs devant élucider de nombreuses disparitions d’enfants ainsi que des meurtres macabres perpétrés, entre autres, dans l’église arménienne de Paris (Éditions Albin Michel). Par son angle original, J’ai épousé un serial killer de Bill Floyd risque de rallier certains lecteurs habituellement peu attirés par le genre policier (Payot). Ignorant tout des crimes de son mari, l’épouse d’un meurtrier en série qui attend son exécution refait sa vie pour protéger son enfant, mais son anonymat est brisé par le père d’une victime, qui la retrouve dans la ville où elle a déménagé.

Mo Hayder, qui traîne derrière elle dix années d’errance londonienne ponctuées de sexe, de drogue et de rock’n’roll, a trouvé le salut (et le succès) dans l’écriture. Vedette montante, la romancière redonne vie à Jack Caffery, le héros de son premier livre, Birdman. Hayder offre avec Rituel une «hallucinante plongée en eaux troubles» au sein de la communauté africaine de Bristol, en Angleterre (Presses de la Cité). En 2006, elle remportait le Grand Prix des lectrices Elle avec Tokyo. L’éditeur français pourra de plus compter sur le retour de trois romanciers chéris du public pour s’assurer un automne fameux: Boris Akounine (Bon sang ne saurait mentir, une seconde aventure en deux tomes pour le détective Eraste Fandorine), Elizabeth George (Le rouge du péché, dans lequel Thomas Lynley et Barbara Havers, le duo de choc de New Scotland Yard, reprend du service) et Raymond Khoury (Eternalis, qui a comme toile de fond la guerre en Irak). Souvenons-nous que Khoury a connu un succès colossal avec son premier roman, Le dernier templier, qui sera bientôt adapté par les septième et neuvième art.

Les amateurs de polars déjantés devraient retenir le nom de J. Eric Miller, qui habite au Colorado et ne mange pas de poulet, dixit son éditeur. Décomposition, publié aux Éditions du Masque, est présenté comme un «conte de fées macabre». Pour ceux qui aiment les histoires qui commencent mal et finissent en queue de poisson. Également au Masque, Les défroques du cœur, dernier des livres de Michael Nava, cet avocat gai aujourd’hui juge d’instruction en Californie ayant décidé, au faîte de sa gloire, d’abandonner l’écriture.

Les Éditions Alire poursuivent la publication de deux grands noms du polar: Robert Malacci (La belle au gant noir, Les filles du juge) et Éric Wright (Mort à l’italienne). Fait à noter, ces romanciers, l’un né en Afrique du Sud et l’autre en Angleterre et ayant chacun plusieurs livres à leur actif, ont émigré au Canada. Wright sera au Salon du livre de Montréal. François Lévesque, quant à lui, se lance dans l’arène avec Projection privée, qui explore «les côtés sombres de l’enfance et de l’âme humaine». L’auteur travaille à La Boîte noire depuis plusieurs années. Chez Libre Expression, Johanne Seymour boucle, avec Le défilé des mirages, la trilogie qu’elle a consacrée au sergent Kate McDougall (Le cri du cerf, Le cercle des pénitents).

L’héroïne de l’écrivaine à succès Kathy Reichs, Temperance Brennan, enquête sur la disparition de son amie d’enfance, Évangéline Landry, dans Terreur à Tracadie (Éditions Robert Laffont). Il s’agit d’un dixième roman pour Reichs. Cette fois, il est question de crimes sexuels commis sur les enfants. Premier roman d’un ex-guitariste de rock, Seul le silence de R. J. Ellroy a aussi comme pénible sujet les cadavres d’enfants (Sonatine Éditions). On retrouve dans cette fiction qui nous parvient bardée de critiques dithyrambiques une puissance d’écriture rappelant Styron et Mailer. «Récit incisif et noir aux accents fantastiques», L’homme qui marchait sur la Lune de l’Américain Howard McCord est un huis clos à ciel ouvert qui évoque l’atmosphère singulière des œuvres de Cormac McCarthy et de Jim Harrison (Alto). Un quinquagénaire, William Gasper, parcourt en solitaire une montagne du Nevada. On découvre que cet ancien militaire est un sniper des plus redoutables, une machine à tuer à l’instinct développé mais, de façon surprenante, dotée de spiritualité. Ses armes sont ses meilleures amies, lui qui n’a que des ennemis. Au fil de sa marche quotidienne, il se remémore son passé et se rend compte qu’on est à ses trousses.

LITTÉRATURE DE L’IMAGINAIRE
Les littératures de l’imaginaire portent bien leur nom: elles nous transportent dans des univers inconnus, le passé ou le futur, et exigent un total abandon du lecteur. Après être passé à deux cheveux du prix Hugo 2007, Eifelheim de Michael Flynn paraît en français chez Robert Laffont. «Rencontre du troisième type d’une originalité rare», ce croisement entre histoire et science-fiction raconte comment un historien et une physicienne cherchent à percer l’énigme entourant la disparition d’une petite ville située dans la Forêt-Noire, en Allemagne, en 1349.

Les chants de la walkyrie, premier d’une série de quatre livres composant une saga foisonnante inspirée des anciennes mythologies et légendes nordiques, s’annonce comme l’un des gros titres de l’automne (Belfond). Édouard Brasey, son auteur, est un féru de littérature celtique. Les trois autres opus de la série La malédiction de l’anneau (la référence à la tétralogie de Wagner et à l’œuvre-culte de Tolkien est voulue), paraîtront d’ici l’automne 2010.

Révélée dans sa jeune vingtaine avec les Chroniques de l’Hudres, une trilogie puisant aux sources des univers de Guy Gavriel Kay et de David Gemmell, Heloïse Côté signe chez Alire une autre œuvre de fantasy, Les exilés, dans laquelle les questions de la justice et de la religion sont soulevées. De plus, les Éditions Alire publient Les écueils du temps, troisième et dernier volet de La suite du temps, un formidable space opera par le directeur de la revue Lurelu, Daniel Sernine, ainsi que le premier roman «fantastico-magique» d’Éric Gauthier, Une fêlure au flanc du monde. Les lecteurs de Stephen King, de Patrick Senécal et de Natasha Beaulieu devraient craquer pour l’histoire de ce magicien et voyant terré dans un bourg de l’Abitibi.

Comme Alire, la maison De Mortagne a dédié un grand pan de son catalogue aux littératures de l’imaginaire. Annoncée en grandes pompes, la conclusion de la série Les chevaliers d’Émeraude est prévue en septembre. Irianeth est le titre de ce douzième tome écrit par Anne Robillard. Bien accueillie par les lecteurs, la série Filles de lune d’Élisabeth Tremblay se poursuit quant à elle avec La montagne aux sacrifices.

On connaît Jacques Lazure pour ses nouvelles pour adultes et ses romans pour les jeunes. Pour l’Halloween, il nous revient avec un polar doublé d’un roman d’épouvante, Vargöld: Le temps des loups (VLB éditeur). Au XIXe siècle, dans les forêts de la Haute-Gatineau, un jeune abbé et exorciste, Antoine Verreau, doit élucider un meurtre d’une rare barbarie commis parmi les bûcherons. Des rumeurs de loups-garous, de magie et de fantômes courent, et il est évident que bénir la forêt ne suffira pas à éloigner la source du mal…

LITTÉRATURE JEUNESSE
Harry Potter n’a pas fini de faire des émules. À preuve, XO éditions lance Le piège de Magister, premier tome de la série Tara Duncan. Tara, 15 ans, décide d’affronter l’assassin de son père, Magister. La Parisienne Sophie Audoin-Mamikonian a profité de l’engouement provoqué par les aventures du magicien binoclard pour voir son livre enfin publié, alors qu’elle l’avait écrit entre 1987 et 1990. Très aimé au Québec, Pierre Bottero met le point final à sa trilogie Le pacte des Marchombres avec Ellana, la prophétie (Ragot Éditeur). Il s’agit de la conclusion d’une série d’heroic fantasy ayant tenu en haleine d’innombrables adolescents des deux sexes.

Par ailleurs, on ne cesse de créer de nouvelles tétralogies au cœur desquelles se trouve le sempiternel combat opposant le Bien au Mal. Dans la Belle Province, uniquement cet automne, on pourra par exemple lire Asclé, dont les trois premiers titres signés Brigitte Marleau (La promesse, La vengeance, Le combat) sortent simultanément chez Boomerang Jeunesse. Une adolescente replonge dans ses vies antérieures grâce à un miroir magique maya qui lui permet aussi d’éliminer le mal autour d’elle. Ou Le premier des Râjâ, tome inaugural de Wariwülf, la nouvelle série pour les 10 à 77 ans de Bryan Perro (Les intouchables). Le créateur d’Amos Daragon raconte dans cette saga épique l’histoire du peuple des loups-garous, qui s’adresse à un lectorat plus âgé. Ou encore Éva, elfe des eaux de Michèle Gavazzi et dont les trois premiers tomes, La clef, Le plan de Ka’al et Les fils de Gaëlle, paraissent simultanément en septembre (Du CRAM). Ou, tous deux publiés aux Éditions Michel Quintin: La pierre du destin et Les tablettes de Mitrinos, les deux premiers opus de la série Les messagers de Gaïa par le prolifique Fredrick D’Anterny, et Le dernier Shaman, premier de quatre livres de la série Kimo, écrits par la journaliste Lise Baucher. Fait à noter, le héros est un élève atteint d’hémophilie.

Fruit de quinze années de travail, L’élu, premier tome de la série La grande quête de Jacob Jobin par Dominique Demers, est présenté comme un roman familial (Québec Amérique). Entremêlant habilement certains éléments typiques du merveilleux et de la fantasy, ce nouvel opus de l’auteure des séries Marie-Tempête et Maïna narre le destin d’un adolescent solitaire et friand de jeux vidéo qui apprend, lors d’une visite chez son parrain, un elficologue réputé, qu’il est appelé à accomplir une périlleuse mission dans un univers parallèle au nôtre. Sans aucun doute l’un des best-sellers de l’automne! Québec Amérique publie également quelques suites de séries de romans et d’albums fort attendus (Noémie, Gilles Tibo; Solo, Lucie Bergeron; Julie, Martine Latulippe). Dans Je suis Louna et je suis une étoile de cirque, Bertrand Gauthier imagine que sa pimpante héroïne s’initie à l’art de la jonglerie et du trapèze. Enfin, notre coup de cœur va à l’album Ma gardienne est sourde de Noémie Forget. L’ancienne propriétaire de la librairie-café Lubu, à Montréal, y raconte la touchante amitié d’une petite fille et de sa gardienne, qui communiquent entre elles grâce à la langue des signes. Le partage et la tolérance sont au cœur de ce texte poétique pour les tout-petits de 3 ans et plus.

Hurtubise HMH propose une rentrée étoffée. Parmi les albums, on a été séduits par Ulysse et Pénélope, une version romantique de l’Odyssée par Louise Portal bellement illustrée par Philippe Béha, qui met l’accent sur le plaisir d’écrire, et Mélodie aux cent sucettes, l’histoire fort amusante d’une fillette accro aux sucreries par les prolifiques Alain M. Bergeron et ses complices illustrateurs, Fil et Julie. Du côté des romans, on retient Le prince Malavenant, seconde aventure rocambolesque de la sorcière Grosspafine de Marie Christine Bernard; de même que La fille du bourreau de Josée Ouimet et Le lynx à Québec d’Anne Bernard-Lenoir, qui ont tous deux la ville de Québec comme toile de fond.

Voyager à travers la quatrième dimension est passionnant, mais périlleux. Parlez-en à Victor-Emmanuel qui, dans sa sixième aventure, Périls aux Îles sous le vent, se frotte à des trafiquants d’esclaves dans les Antilles au XVIIIe siècle! Cette série à caractère historique de Lyne Vanier est très bien faite. L’auteure signe par ailleurs, aux Éditions Pierre Tisseyre, French Kiss ou l’amour au plurielles, un roman pour adolescents qui se déroule dans la communauté libanaise de Québec et aborde l’homosexualité entre jeunes filles.

On a un faible pour les titres loufoques de Soulières éditeur. Pour les lecteurs en herbe, retenons un recueil de poèmes, La nuit, tous les éléphants sont gris de Guy Marchamps, poète et libraire chez Clément Morin, et La grande Huguette Duquette de Sylvain Meunier, qui se commettait plus tôt cet été avec un premier polar, L’homme qui détestait le golf. Mais Soulières sait aussi être sérieux. Ainsi, les lecteurs plus âgés seront secoués par la condition des femmes africaines dans La vie en rouge de Vincent Ouattara. Au Trécarré Jeunesse, ces derniers seront confrontés à la guerre dans Sergent Jack d’Éric Walters, qui est inspiré de l’expérience du général Roméo Dallaire.

Chez Boréal, un note un roman traduit de l’anglais, Paquet d’os et la reine des rides de Glen Huser, un des bons auteurs canadiens pour la jeunesse. Ce livre «intergénérationnel» narre la folle virée d’une mamie et d’une ado rebelles bien décidées à vivre le voyage de leur vie. Plusieurs séries se poursuivent également (Le monde de Margot, Les nuits de Blues, Tordus tout court, Les enquêtes de Joséphine la fouine) tandis qu’une autre débute, Vilaine Vipérine de Danielle Simard. Dans C’est ta fête!, une petite peste sabote l’anniversaire de son frère cadet. Sera-t-elle démasquée?

La courte échelle, fondée il y a plus de trois décennies, a depuis quelques saisons entrepris de diversifier son fonds en ouvrant son catalogue à des œuvres de fiction en provenance de l’étranger, romans ou albums. L’éditeur a ainsi acquis les droits de deux docufictions pour adolescents de Kathy Kacer, Les espions de la nuit et L’histoire d’Édith: une histoire vraie. Inspirés de l’Holocauste, ces livres entremêlent éléments fictifs et éléments réels tirés de l’histoire de la famille de l’auteure torontoise. L’histoire d’Édith a remporté le prestigieux prix Hackmatack, remis annuellement par des enfants du Canada. Fait à noter, La courte échelle publie le premier essai de son histoire, Le mal de vivre chez les adolescents, qui traite de la dépression, des troubles bipolaires et du suicide chez nos jeunes. Illustré par Stéphane Jorish, cet ouvrage signé Kate Scowen, qui s’avère une lecture essentielle, saura accrocher les jeunes grâce à son ton direct. Enfin, Premières amours rassemble des nouvelles ayant pour thème la découverte de l’amour signées Nelly Arcan, Marie-Chantale Gariépy, Claudia et Corinne Larochelle, Fanny Britt, Melikah Abdelmoumen, Catherine Lalonde et Sophie Lepage.

En 1994, Klaus Vanderheyden, né aux Pays-Bas, publiait chez Boréal Junior La guerre dans ma cour, qui relate ses souvenirs d’enfance sous l’occupation allemande et la libération par les Canadiens. L’album Chère Traudi d’Anne Villeneuve s’inspire du récit autobiographique de Vanderheyden. L’éditeur de cette dernière, Les 400 coups, croit qu’il marquera l’automne 2008. L’album est publié dans la collection Carré blanc, qui regroupe des récits illustrés aux sujets parfois difficiles frappant l’imaginaire. Dans la même collection, Thierry Lenain, réputé pour aborder des sujets graves dans ses romans, signe une histoire abordant le mensonge avec la complicité du talentueux illustrateur Bruce Roberts Père Noël, mes fesses. Dominique Demers adore l’univers du merveilleux et ne s’en cache pas! On la retrouve donc également chez Dominique et compagnie avec le rigolo Gratien Gratton, prince de la gratouille, illustré par Fil et Julie. C’est à l’illustrateur Stéphane Jorisch, qui a remporté moult prix pour son travail, que l’éditeur a confié la mise en images de Sire Hibou et dame Chat, du grand poète anglais Edward Lear. Pour cette histoire d’amour entre deux êtres mal assortis, Jorisch a gagné le prix Elizabeth Mrazik-Cleaver. Lancée au printemps, la série L’or des gitans d’Élaine Arsenault sera majorée de deux tomes d’ici novembre: Le destin de Ballanika et La quête de Lilly. La jeune Ophélia a maintenant fait la lumière sur ses origines, mais sa quête n’en est pas achevée pour autant; sa famille est toujours victime d’un sort jeté par le Sorcier. Notre coup de cœur chez Dominique et compagnie? Le nouvel album écrit et illustré par Rogé, La vraie histoire de Léo Pointu. Comme son père avant lui, Léon est un rémouleur, un artiste ambulant qui aiguise les instruments tranchants. On craque!

ESSAIS et BIOGRAPHIES
Dans Le peuple métis de la Boréalie, l’historien Russell Bouchard met en lumière certains textes fondateurs amérindiens afin de défendre les droits naturels qu’on leur usurpe depuis des siècles (Cornac). Les essais forment un bon pan de la production du Boréal. Cet automne, l’un des textes majeurs est Mon pays métis: Quelques vérités au sujet du Canada par John Saul. L’auteur des Bâtards de Voltaire et de Mort de la globalisation y «défend l’idée que nous formons une société métisse, construite sur les principes amérindiens de paix, de justice et de bon gouvernement». Sans oublier Des ponts dans la brume d’Isabelle Daunais, qui examine l’influence que peut avoir la littérature sur notre compréhension du monde moderne en décortiquant la lecture que l’on fait actuellement des classiques (Kafka, Proust, Cervantès), et Qui aide qui? Le Québec et l’aide internationale de Pierre Beaudet. Notons que le coopérateur et sociologue publie un autre ouvrage cet automne, On a raison de se révolter, qui porte sur les mouvements de révolte des années 70 (Écosociété). De l’aide humanitaire à l’échelle planétaire à la survie de la planète, il n’y a qu’un pas. Suzuki: Le guide vert du généticien et écologiste David Suzuki constituera un outil indispensable pour tout citoyen soucieux de réduire son empreinte écologique (Boréal). Enfin, l’éditeur montréalais publiera Les larmes emprisonnées, le récit du combat de Monia Mazigh, qui a remué ciel et terre pour faire libérer son mari, Maher Arar, injustement incarcéré.

Vous admirez les enquêtes minutieuses menées par Michel Jean, reporter international pour Radio-Canada puis animateur à J.E.? Suivez sa trace dans Envoyé spécial, le carnet de bord des ses périples au Sri Lanka et au Liban, deux pays récemment secoués par des crises (Stanké). Son récit dévoile les ficelles d’un métier passionnant qui comporte une part de danger. Les Éditions Voix parallèles publient Réjean Thomas, médecin de cœur, homme d’action, la biographie d’un autre homme dévoué, qui, œuvre dans les secteurs de la médecine, de la santé et de l’aide humanitaire depuis trente ans. Le livre est écrit par le journaliste Luc Boulanger. Dans un registre complètement différent, les Éditions de l’Homme publient Julie Couillard. Mon histoire, dans lequel l’ex-petite amie du ministre Maxime Bernier revient sur sa vie et en profite pour mettre les points sur les «i». Une mise au point qui s’avérait nécessaire pour elle.

La «Vìa Campesina» est un mouvement paysan altermondialiste prônant un modèle d’agriculture à l’échelle internationale qui résisterait à celui imposé par les grandes corporations. Préfacé par José Bové, l’ouvrage d’Annette Desmarais, La Vìa Campesina: une force mondiale des paysans, est criant d’actualité en ces temps de crise alimentaire (Écosociété). Voilà le nouveau livre de chevet pour tous ceux qui aspirent à davantage de liberté et qui se sentent concernés par un mode de vie près de la nature et les mouvances sociales alternatives. En 2004, l’historienne Elizabeth Abbott remportait un immense succès avec Histoire universelle de la chasteté et du célibat. À paraître en octobre chez Fides, Histoire douce-amère du sucre montre avec talent de quelle façon cet ingrédient qui fait les délices des gourmands a défini la civilisation occidentale, notamment en constituant la source du système esclavagiste — de quoi laisser un mauvais goût dans la bouche.

On se souviendra de l’entrevue que Taras Grescoe a donnée au libraire dans son édition d’avril 2005, consacrée aux voyages. À l’époque, Un voyage parmi les touristes venait d’être publié. Cette fois, le journaliste canadien brosse, avec sérieux (et humour!), un portrait iconoclaste mais fouillé des substances interdites, de l’héroïne à la gomme à mâcher (!) en passant par l’absinthe dans Le pique-nique du diable (VLB éditeur).

Motivé par deux trimestres parsemés de best-sellers (la biographie de Pierre Bourgault, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Propaganda), Lux éditeur prédit une excellente réception critique et publique à Québec en mouvements: Idées pratiques militantes contemporaines, un collectif sous la direction de Francis Dupuis-Déri étudiant le féminisme, l’anarchisme, la solidarité internationale, les mouvements étudiants, etc., ainsi qu’à Comprendre le pouvoir, un rassemblement de textes constituant la parfaite introduction à la pensée et aux prises de position politiques de Noam Chomsky. Lux publie aussi un récit touchant de Zehira Houfani, cette romancière et essayiste canadienne d’origine algérienne qui, à la suite du 11 septembre 2001, a signé des articles dans Châtelaine et Elle Québec. Jenan, la condamnée d’Al Mansour raconte comment Houfani a mis sa vie en péril pour retrouver une jeune fille alors que les premières bombes larguées par les Américains pleuvaient sur Bagdad. Une dénonciation très personnelle des motivations et des conséquences de cette guerre inutile.

Spécialisé dans la publication d’ouvrages sur la condition féminine, Remue-ménage publie cet automne deux bons livres de référence. 100 questions sur les femmes et la politique de Manon Tremblay répond aux questions les plus fréquemment posées sur le rôle de la gent de la gent féminine dans les enjeux politiques internationaux. Une synthèse qui s’adresse à la population en général. Écrit par une pionnière des recherches en histoire des femmes, Le féminisme québécois raconté à Camille, quant à lui, vise ces jeunes femmes «qui n’ont pas beaucoup d’atomes crochus avec les livres savants». Ce portrait du mouvement féministe québécois, apparu vers les années 1890, saura leur plaire — ainsi qu’à tous ceux et celles intéressés par le sujet. Dans la foulée, on lira avec intérêt Québec 68. L’année révolution de Benoît Gignac (La Presse), qui revient sur les douze événements marquants (un par mois) de cette année charnière dans l’histoire québécoise, des Belles-sœurs aux batailles étudiantes en passant par le FLQ et le féminisme.

Les Éditions Bayard ont fait leur marque grâce à des ouvrages remarquables sur les religions et la spiritualité. Cet automne, elles nous offrent une vision renouvelée de classiques de l’Antiquité réalisée par Alberto Manguel, L’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Le grand lecteur devant l’Éternel qu’est l’auteur d’Une histoire de la lecture s’étonne «de voir dans ce texte si lointain nos vies contemporaines et notre monde moderne décrits avec une telle précision». Étant donné la popularité de l’écrivain, cet ouvrage devrait attirer un public très large. Éminente historienne des religions, la Britannique Karen Armstrong, à qui l’on doit Histoire de Dieu, un best-seller international, publie quant à elle une impressionnante «biographie» du livre le plus lu et le plus vendu dans le monde (6 billions au cours des 200 dernières années seulement). Karen Armstrong raconte la Bible constitue une étude fascinante portant sur la genèse des Saintes Écritures, sur leur rassemblement en deux Testaments et sur la manière dont elles ont généré la plus puissante religion du monde, le christianisme. Cette lecture d’Armstrong devrait marquer l’histoire de la littérature religieuse.

En conclusion, aux Éditions de l’Homme, il faudra surveiller deux essais percutants qui démontrent les effets néfastes de la Toile sur la société. Un enfant à la fois. Protéger nos enfants des cyberprédateurs de Julian Sher ne s’adresse pas aux cœurs sensibles. La pornographie juvénile sur le Web représente un marché noir mondial très lucratif. Le journaliste d’investigation relate les enquêtes acharnées accomplies par des policiers et des cracks de l’informatique pour sauver des griffes de leurs agresseurs des enfants abusés sexuellement dont les images circulent sur Internet. Bouleversant, mais nécessaire. Dans Le culte de l’amateur: Comment Internet tue notre culture, Andrew Keen, entrepreneur de la Silicon Valley, explique comment ce médium participatif accessible à tous, en démocratisant la culture et les médias, menace nos valeurs et notre économie.

Bonne rentrée!

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