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Les libraires - Numéro 104
10 conditions gagnantes pour créer un best-seller

10 conditions gagnantes pour créer un best-seller

Par Dominique Lemieux, Les libraires, publié le 11/12/2017

Ils ne sont pas encore parus qu’ils sont déjà sur toutes les lèvres. D’une tribune à l’autre, on scande leur titre, on encense leur contenu. Souvent, on dit d’eux qu’ils sont des « best-sellers » avant même de les avoir mis en marché; le nom de leurs auteurs à lui seul est un laissez-passer pour le palmarès des meilleures ventes. Ces livres qui ont du succès, qu’ont-ils de plus que les autres? Sont-ils le produit d’une recette secrète, le fruit du hasard, le résultat d’une mystérieuse alchimie? Portrait d’un phénomène qui ne date pas d’hier.

1. Être un visage public connu ou posséder une grande visibilité sur les médias sociaux
Qu’ont en commun Kim Thúy, Dan Bigras, Ingrid Falaise, Denise Filiatrault, Alexandra Diaz, Laurent Paquin, Josée Boudreault, Claude Legault et Biz qui caracolent ces jours-ci au sommet des palmarès? Certainement leur visibilité incontestable sur de nombreuses plateformes. Figures connues et aimées du public, ces personnalités attirent l’attention… jusque sur les rayons des librairies. Le fait qu’un Pierre-Yves McSween possède une tribune à l’émission radio de Paul Arcand, la plus écoutée au Canada, n’a sûrement pas nuit au succès d’En as-tu vraiment besoin?. Et que dire de ces Emma Verde, Marilou, Maman caféine et autres vedettes du Web qui comptent sur des centaines de milliers de fidèles sur Facebook, Twitter et Instagram : la sortie d’un livre à leur nom constitue une valeur toujours sûre.

2. Séduire les libraires
Les libraires ont cette chance inouïe de côtoyer les lecteurs. Et quand un libraire aime un livre, il l’aime passionnément et n’hésite pas à propager la bonne nouvelle au plus grand nombre. Le libraire devient alors un ambassadeur exceptionnel pour des livres de tous genres. Ce soutien important explique pourquoi des livres que rien ne prédestinait au sommet des palmarès réussissent à s’y trouver et à connaître un rayonnement supplémentaire. Cela ne représente peut-être pas toujours des dizaines de milliers d’exemplaires, mais cela donne une impulsion réelle. Il faudrait peut-être en parler à un certain Stéphane Larue qui vit un rêve éveillé avec Le plongeur depuis plus d’un an maintenant… Mélanie Vincelette, éditrice de Marchand de feuilles, ne tarit pas d’éloges sur le travail des libraires : « Les libraires sont les seuls gardiens des succès littéraires. Ils sont garants d’un pouvoir incroyable. Les libraires ont adoré et porté La femme qui fuit. Ce livre n’est rien sans l’amour des libraires. »

3. Visiter les plateaux télévisés
Un passage sur les plateaux de Tout le monde en parle, de Denis Lévesque ou de Salut Bonjour n’assure pas chaque fois un succès phénoménal, mais l’impact de ces émissions n’est certes pas à négliger. Cela explique pourquoi les attachés de presse font des pieds et des mains pour remplir l’horaire de leurs écrivains au moment de la parution. Certains enchaînent les plateaux et cette visibilité permet certainement de faire connaître leur livre à un plus vaste réseau de lecteurs potentiels. Cet automne, Margaret Atwood (C’est le cœur qui lâche en dernier, Robert Laffont), Dan Bigras (Le temps des seigneurs, Québec Amérique), Michel Tremblay (Le peintre d’aquarelles, Leméac) et Jonathan Roberge (Le Petit Roberge un petit peu illustré, Cardinal) ont notamment visité le plateau dominical de Guy A. Lepage et, sans surprise, leurs livres font partie des meilleures ventes du moment.

4. Gagner un prix littéraire
Gagner un Goncourt ou un Nobel change une vie. Les ventes explosent automatiquement, et les livres suivants sont attendus par un large bassin de lecteurs. Au Québec, l’impact de ces prix ne fait pas exception. Il est important de signaler le rôle magistral du Prix des libraires du Québec qui chaque année fait vendre des milliers d’exemplaires supplémentaires. On se laisse impressionner par le parcours exceptionnel des lauréats des dernières années : Ma vie rouge Kubrick de Simon Roy, L’orangeraie de Larry Tremblay, La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Le plongeur de Stéphane Larue ou L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Yann Martel a connu une histoire similaire après la réception du Man Booker Prize en 2002 pour L’histoire de Pi : les ventes ont alors explosé et dépasse aujourd’hui le cap des 2 millions.

5. Se prolonger au cinéma ou à la télévision
Les « Harry Potter », « Hunger Games » et « Twilight » de ce monde ont galvanisé le milieu du livre… et du cinéma. C’est l’œuf ou la poule : un livre populaire attire bien souvent les producteurs qui hument le succès aux guichets; mais l’inverse est aussi vrai lorsqu’un livre est adapté et qu’il insuffle un intérêt renouvelé en librairie. Les adaptations des romans de Patrick Senécal ont permis d’accroître la renommée de ce maître de l’horreur. Suffit aussi de penser aux succès récents d’Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu, de La servante écarlate de Margaret Atwood ou du Trône de fer de George R. R. Martin…  

6. Fidéliser les lecteurs avec des séries
Quand on sait que chaque tome des sagas de Louise Tremblay-D’Essiambre se vend à plus de 25 000 exemplaires, on peut facilement comprendre pourquoi les séries sont aussi présentes en librairie. Autant en jeunesse – les séries « Le journal d’Aurélie Laflamme », « L’agent Jean », « Juliette », « Léa Olivier », « Les dragouilles »... – qu’en adulte – Jean-Pierre Charland, France Lorrain, Anne Robillard, Marie-Bernadette Dupuy... –, autant en fiction qu’en livres pratiques – Le pharmachien, Famille futée... –, les éditeurs cherchent à fidéliser les lecteurs à des séries captivantes et à créer cet effet d’« à quand le prochain? ». Le procédé se remarque aussi en polar, alors que plusieurs auteurs réussissent à créer un engouement autour de leur personnage principal – pensons seulement à la Maud Graham de Chrystine Brouillet ou à Lisbeth Salander de Millénium.

7. Créer un effet de bouche-à-oreille
C’est probablement l’objectif de tout éditeur : créer un effet de masse qui propulse les ventes à un niveau supérieur. C’est ce type de bouche-à-oreille qui explique pourquoi des livres comme La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette ou En as-tu vraiment besoin? de Pierre-Yves McSween passent d’un tirage plutôt confidentiel à des dizaines et des dizaines de milliers d’exemplaires vendus. C’est aussi la raison des succès commerciaux monstres à la 50 nuances de Grey. La spirale infernale est imprévisible, mais lorsqu’elle se produit, on se retrouve bien vite au cœur de phénomènes qui nous dépassent tous! Des ouvrages de grande qualité bénéficient aussi de telles impulsions. Un exemple? Le jardinier-maraîcher du jeune agriculteur québécois Jean-Martin Fortier publié aux éditions Écosociété remporte un succès étonnant (50 000 exemplaires vendus), propulsé par un bouche-à-oreille contagieux. Avec sa série « Les chevaliers d’Émeraude », Anne Robillard est un exemple d’exception. Sa saga fantastique a dépassé le seuil des 2 millions de romans vendus dans la francophonie et on peut même trouver une adaptation en bande dessinée. Plus qu’un simple succès de librairie, la série de Mme Robillard a créé un engouement bien particulier auprès des lecteurs qui sont devenus de véritables fans; vous aurez peut-être croisé les héritiers d’Enkidiev « en chair et en os » lors d’événements littéraires…

8. Attendre le bon timing
Le moment de la sortie est souvent calculé pour assurer une visibilité optimale au livre publié. Certains publient leur livre afin d’assurer une potentielle présence sur les listes de finalistes des prestigieux prix littéraires d’automne, les livres de recettes et les beaux livres se multiplient à l’aube des fêtes afin qu’ils se retrouvent sous le sapin, le Chrystine Brouillet annuel est lancé juste avant les vacances estivales… On cherche ainsi à donner les meilleures chances possibles au livre. Et quand l’auteur du livre se retrouve au cœur de l’action au moment de la parution – pensons à Jérémy Demay qui bénéficiait d’une belle visibilité avec une campagne de publicité avec McDonald’s et un premier spectacle remarqué –, cela ne peut qu’avoir des retombées positives.

9. Miser sur une campagne promotionnelle importante
Certains éditeurs n’hésitent pas à utiliser toutes les forces du marketing pour arriver à leurs fins : affiches dans le métro ou les autobus, banderoles dans les lieux publics, publicités dans les médias – les pages de notre revue comptent d’ailleurs plusieurs publicités –, panneaux en bordure des autoroutes ou campagnes télévisées ou Web. Les investissements sont parfois élevés, mais les retombées le sont parfois encore plus!

10. Percer le marché scolaire
Lorsque les enseignants du Québec adoptent un ouvrage, ils ont le pouvoir de créer des best-sellers qui durent dans le temps. Des titres comme Volkswagen Blues de Jacques Poulin, Nikolski de Nicolas Dickner, L’avalée des avalés de Réjean Ducharme ou Une saison dans la vie d’Emmanuel comptent parmi les quelques dizaines lus et relus par des cohortes d’étudiants. Comme le mentionne Louise Alain, des éditions Alire, « les enseignants souhaitent par-dessus tout transmettre aux jeunes le goût de la lecture ». Louise Alain est bien placée pour le savoir, puisque les livres de Patrick Senécal comptent parmi les favoris de plusieurs étudiants : « Depuis vingt ans, les témoignages de professeurs de français et de bibliothécaires dans les écoles secondaires sont quasi unanimes : les jeunes qui n’avaient jamais terminé un livre de leur vie ont réussi à passer à travers un premier roman en lisant une histoire de Patrick Senécal. »

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