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Les libraires - Numéro 99
Luc Lavoie : Engager l’avenir de la librairie indépendante

Luc Lavoie : Engager l’avenir de la librairie indépendante

Par Isabelle Beaulieu, publié le 06/02/2017

La Librairie Ste-Thérèse, située dans la ville du même nom au 1, rue Turgeon, célébrait en 2016 soixante ans d’existence. C’est dire que la librairie a vu de l’eau couler sous les ponts. Depuis 2007, c’est monsieur Luc Lavoie qui est à la barre de l’entreprise. Avec créativité et conviction, celui-ci s’investit corps et âme pour faire honneur à une profession qui a pour but de transmettre savoir et plaisir.

Si l’aventure dure depuis si longtemps, c’est que les clients sont fidèles à leur librairie. Et s’ils le sont, c’est sûrement qu’ils y trouvent ce qu’ils cherchent. Des livres, bien sûr, mais aussi une diversité, un professionnalisme et un contact favorisé avec les libraires. Car le lieu même d’une librairie a quelque chose du « vieux style »; une place où l’on peut se permettre de prendre son temps, de voir rassemblées en un même endroit des histoires qui chevauchent les styles et les époques, et où la relation humaine est encore possible. C’est d’ailleurs ce que Luc Lavoie considère comme la première qualité que doit posséder un libraire : « Respecter le lecteur devant lui. C’est un privilège d’échanger avec un client », déclare-t-il. Au fil des rencontres et des discussions autour des livres, un lien se tisse. C’est probablement une des raisons qui font qu’une librairie résiste, envers et contre tout ce qui constitue nos vies pressées. Elle installe un partage.

En même temps qu’elle renvoie à un lieu hors du temps, une librairie indépendante comme celle de Sainte-Thérèse dans Les Laurentides, pour tenter le pari de la survivance, se doit d’être innovatrice et énergique. Ça tombe bien, Luc Lavoie, son propriétaire, est affublé de ces deux attributs. Ce qui soutient sa passion, c’est justement parce que le métier lui permet de se réinventer à loisir. « On apprend toujours quelque chose de nouveau, explique le libraire à l’affût. Notre vision est en constante évolution. » En plus d’être membre de la coopérative Les libraires, monsieur Lavoie est trésorier à l’Association des libraires du Québec (ALQ). En fait, il n’hésite jamais à concentrer les efforts pour améliorer le sort des librairies de quartier.

Libraire par alliance
La librairie doit son origine à madame Isabelle Danis et à ses fils, Robert et Gilles. Au commencement, elle prenait la forme de magasin général nommé Aux variétés Blainville, mais les livres y avaient déjà leur place. D’année en année, le commerce prit différentes orientations pour amorcer sa vie de librairie-papeterie dans les années 70. « Nous sommes parmi les premières librairies à obtenir notre agrément en date du 1er février 1982 », précise monsieur Lavoie.

S’il est l’unique propriétaire de la librairie depuis bientôt dix ans, Luc Lavoie fait ses débuts au sein de la librairie dès l’été 1989. « En 1986, Robert Danis commença à fréquenter ma mère, Carole Guérin. En deuxième noce, ils se marieront en novembre 1995. » C’est donc en tant que beau-fils que monsieur Lavoie, tout en poursuivant ses études à l’Université de Montréal dont il est bachelier en littérature anglaise, fera son entrée à la librairie. « J’y travaille à temps plein depuis janvier 1996. Je peux ainsi dire que je suis la troisième génération de libraire dans la famille », soutient-il, non sans orgueil.

En 1995, le commerce devient entièrement une librairie puisque trois ans plus tôt, la division de la papeterie a été vendue, puis déménagée. Depuis, la librairie compte pour elle seule deux étages, dont un entièrement destiné à la littérature jeunesse, « l’une des plus belles collections de la province », selon les dires mêmes de Luc Lavoie.  

De projets et d’idées
Pour prendre part activement à son milieu, la Librairie Ste-Thérèse étend ses activités un peu partout et de différentes façons. Outre les lancements et lectures, et profitant du fait qu’elle est une librairie riche entre autres par la variété de son secteur jeunesse, elle est partenaire du « Club des aventuriers du livre » organisé par les vingt-sept bibliothèques publiques des régions de Laval-Laurentides-Lanaudière. À l’automne de chaque année, la librairie remet le prix « Le livre préféré de Lancemot » à l’album jeunesse primé par les jeunes clubistes. À titre d’exemple, plus de 1250 petits lecteurs ont voté l’an passé pour leur livre favori. La librairie remet quant à elle une bourse à l’auteur et l’illustrateur primés.

Et parce qu’on n’arrête pas les idées de tourner dans la tête de Luc Lavoie, un des projets à court terme de la librairie concerne une artiste visuelle de la région. Bientôt sera ainsi « dévoilée l’œuvre d’art originale, un triptyque sur toile utilisant une technique mixte, commandée à l’auteure et illustratrice de livre Mika. Des soucis de santé de monsieur Robert Danis, mon mentor, dernier fondateur vivant de notre entreprise, ont retardé le dévoilement de l’œuvre. » Mais ne dit-on pas que l’attente ajoute au plaisir?

Les choix du libraire
Comme tout bon libraire, Luc Lavoie a plus d’une suggestion de lecture dans son sac. D’abord, son choix s’arrête sur La vérité sur l’affaire Harry Quebert du Suisse Joël  Dicker, « une enquête policière cold case, l’art d’écrire un roman à succès avec une analogie sur la boxe et une relation apprenti-mentor. Un tour de force dans une brique! », assure-t-il. Pour ce qui est de la proposition suivante, elle va vers la série « Artemis Fowl » d’Eoin Colfer. « Pour les jeunes adolescents, un antihéros, un génie voleur high tech que l’on apprend à aimer au fil de ses aventures dans un univers fantastique mélangeant farfadets et mythes. » Jamais en panne d’inspiration, Luc Lavoie représente à merveille ce que l’on tient pour valeurs dans le monde des librairies indépendantes : expertise, proximité, qualité du service et implication dans sa communauté.

Fréquenter la Librairie Ste-Thérèse, c’est être en contact avec plus de 25 000 titres, dont 500 nouveautés chaque semaine. C’est avoir droit à un service aux collectivités avec salle de démonstration présentant les arrivages des cinq dernières semaines. C’est un service de commandes et de recherche qui assure l’efficacité de l’ensemble et qui a fait ses preuves. Bref, Luc Lavoie n’a pas de quoi rougir de sa librairie. Ou sinon, de fierté.

 

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