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Les libraires - Numéro 93
Les plumes autochtones

Les plumes autochtones

Par Alexandra Mignault, Les libraires & Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 01/02/2016

Les plumes autochtones

Jean Sioui 
« Écrivain des Premières Nations, je me définis simplement comme un héritier de mes ancêtres », écrit Jean Sioui dans la préface de Mon couteau croche. Pour l’auteur wendat né en 1948, sa poésie « perpétue la tradition en s’adaptant aux éléments de modernité ». Informaticien de formation, c’est en 1997 qu’il publie son premier recueil, Le pas de l’Indien, aux éditions Loup de Gouttière. Il dirigera ensuite chez ce même éditeur la collection jeunesse « Les loups rouges », dans laquelle il publiera Poèmes rouges et Hannenorak. C’est chez Cornac que suivra le très beau Je suis île. De plus, son recueil de poésie Entre moi et l’arbre (Écrits des Forges)sera finaliste au prix Alain-Grandbois. Impliqué dans le milieu littéraire, Jean Sioui cofonde la maison d’édition Hannenorak dédiée aux littératures autochtones, cofonde le Cercle d’écriture de Wendake et devient formateur pour le Conseil des arts du Canada dans le programme « Écrivains autochtones en début de carrière ». Oui, il laisse sa trace.

Tomson Highway 
Tomson Highway est l’auteur dramatique autochtone le plus connu au Canada anglophone. Né à la frontière du Manitoba et de l’actuel Nunavut en 1951, dans une famille nomade de chasseurs de caribous, cet écrivain cri possède une feuille de route impressionnante. S’il a d’abord débuté par une prometteuse carrière de pianiste, à 23 ans, il décide plutôt de s’impliquer en travail social auprès des siens. C’est à 30 ans qu’il donne un tournant artistique à sa carrière, écrivant de la musique, des pièces de théâtre et, plus tard, des romans. C’est avec la pièce The Rez Sisters, l’histoire de sept femmes qui rêvent de gagner au plus gros bingo du monde, qu’il démontre l’étendue de son talent; on compare sa pièce aux Belles-sœurs de Michel Tremblay. Décoré de très nombreux prix, Highway, qui parle l’anglais, le cri et le français, s’est hautement impliqué dans le milieu dramaturgique canadien. Il a également écrit des livres pour enfants (non traduits) et, en français, on peut le lire chez Prise de parole dans Dry Lips devrait déménager à Kapuskasing et Champion et Ooneemeetoo. Vraiment, il faut découvrir ce grand artiste.

Virginia Pésémapéo Bordeleau
La métisse crie Virginia Pésémapéo Bordeleau, une artiste peintre reconnue et récompensée, s’exprime également grâce à la poésie (De rouge et de blanc) et aux romans. Alors que L’amant du lac, considéré comme le premier roman érotique écrit par une auteure amérindienne, est empreint de sensualité, Ourse bleue l’a aidée à faire le deuil de son père et son roman L’enfant hiver rend hommage à son fils disparu. Si ces deux arts l’aident à vivre, elle perçoit davantage le côté joyeux de la peinture, tandis que l’écriture s’avère plus douloureuse, révèle-t-elle dans une capsule de La Fabrique culturelle. De cette femme lumineuse et rieuse émerge une œuvre vibrante, colorée, à l’image de son nom – Pésémapéo – qui signifie « arc-en-ciel » en cri.

Rita Mestokosho
Rita Mestokosho, issue de la communauté d’Ekuanitshit (Mingan), a été la première poète innue à publier un recueil au Québec (Eshi uapataman Nukum. Comment je perçois la vie, grand-mère), à faire résonner sa voix. En plus de perpétuer la tradition orale, elle participe notamment au collectif Les bruits du monde, publie Née de la pluie et de la terre et Lumière d’automne avec le poète et auteur Jean Désy. Considérée par l’écrivain Jean-Marie Le Clézio, qui a préfacé la réédition de son premier ouvrage, comme l’une des plus grandes voix de la poésie amérindienne actuelle, cette poète militante agit à titre de conseillère dans les domaines de la culture et de l’éducation. Sa poésie reflète d’ailleurs ses combats : « Écrire dans une langue, la langue française, est aussi une nécessité. Celle de pouvoir diffuser à un vaste auditoire nos préoccupations dans une langue poétique. »

Bernard Assiniwi 
Né en 1935 et décédé en 2000, Bernard Assiniwi est l’auteur d’origine algo-crie de la populaire Saga des Béothuks, ouvrage auquel il consacra vingt-cinq ans de sa vie et qui lui valut le Prix France-Québec et le prix Jean-Hamelin. Cette histoire s’échelonne de l’an 1000 jusqu’en 1829 et met de l’avant la rencontre et le métissage entre la nation Béothuk et l’arrivée des Européens, dans un style qualifié d’ironique et de tranchant. Pour l’ensemble de son œuvre – qui comprend une vingtaine d’autres ouvrages, des fictions autant que des essais –, l’UQTR lui décerna en 1999 un doctorat honoris causa. Assiniwi fut également fondateur, puis conseiller, de la section culturelle du ministère des Affaires indiennes et du Nord, et fut aussi comédien, chroniqueur à la radio et curateur au Musée canadien des civilisations.

Sherman Alexie
Considéré parmi les écrivains américains les plus talentueux de sa génération et comme « l’une des voix lyriques les plus importantes de notre époque » selon The New York Times, le nouvelliste, poète et auteur Sherman Alexie, originaire des nations Spokane et Cœur d’Alène, a été récompensé à maintes reprises pour son œuvre audacieuse et puissante. Il a notamment remporté le National Book Award pour la littérature jeunesse pour Le premier qui pleure a perdu, un roman pour adolescents qui raconte sans tabou le quotidien de Junior, un jeune Indien Spokane vivant dans une réserve dans l’État de Washington. Sherman Alexie, qui s’inspire de sa vie, écrit principalement sur les Amérindiens, entre autres dans Red Blues, Dix petits Indiens, Indian Killer ainsi que dans son livre Phœnix, Arizona, qui a été adapté au cinéma.

 

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