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Les libraires - Numéro 108
Élisabeth Morency : Libraire et femme d’affaires

Élisabeth Morency : Libraire et femme d’affaires

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 31/08/2018

« Nous sommes le secret le mieux gardé de la ville de Québec », dit d’entrée de jeu madame Morency, en parlant de sa librairie qui arbore fièrement son patronyme. Sise à Québec, dans le centre commercial Fleur de Lys, la Librairie Morency célèbre cette année son vingt-cinquième anniversaire. Belle occasion pour (re)découvrir ce lieu inspirant où bouquiner tout en prenant un café, où assister à divers 5 à 7 littéraires sur la mezzanine qui donne une vue imprenable sur les rayons remplis de nouveautés.

À ceux qui oseraient encore croire que le métier de libraire en est un qui permet d’être accoudé au comptoir et de se délecter de plusieurs pages de romans par jour, détrompez-vous : « J’ai été chasseuse de têtes, directrice de personnel, propriétaire de boutiques de vêtements haut de gamme, et je n’ai jamais autant travaillé qu’en librairie. En plus, le travail est plus dur qu’il y a vingt-cinq ans, encore plus depuis que tout est informatisé, ce qui crée ironiquement beaucoup de paperasse supplémentaire, d’informations à gérer, à filtrer », explique madame Morency. 

Et que ça déménage!
Et en un quart de décennie, la Librairie Morency a pris de l’expansion : près de dix fois sataille initiale, passant ainsi d’une surface de 1000 pieds carrés à une de 9000 pieds carrés, sur deux étages. Impressionnante ascension, pour une propriétaire qui ne venait pas du milieu du livre : effectivement, Élisabeth Morency a travaillé une quinzaine d’années dans le milieu de la mode et du commerce de vêtements haut de gamme avant de délaisser le tissu pour le papier. « J’ai fermé mes magasins de vêtements – le prêt-à-porter n’étant plus ce qu’il a déjà été –, j’ai pris une année sabbatique, mais je pleurais de ne plus être en affaires. Mon conjoint, déjà dans le milieu du livre, m’a alors conseillé d’ouvrir une librairie, puisque j’aimais lire. »

Les balbutiements de la Librairie Morency ont donc vu le jour sur la rue Saint-Jean, sous les conseils de cet homme qui a été libraire, gérant, éditeur et soldeur, avec « un concept nouveau pour Québec : que des livres neufs, mais soldés », nous explique la propriétaire. « Nous avons reçu 400 caisses de livres d’un coup, lorsqu’on a ouvert la librairie. Mon conjoint demeurant à Montréal, nous ne nous voyions que les fins de semaine et j’ai donc ouvert les caisses et fièrement classé tous les livres avant son retour à Québec. » L’anecdote est savoureuse : madame Morency venant d’un milieu où couleurs et grandeurs importaient pour l’acheteur, elle avait soigneusement rangé chacun des livres selon leur format et la palette chromatique de leur couverture. À l’arrivée de son amoureux, on lui a gentiment expliqué que ce n’était pas tout à fait ainsi que le classement fonctionnait en librairie et on lui a conseillé l’ordre alphabétique, dans chacune des sections!

« Petit à petit, j’ai rentré des livres neufs ainsi que quelques jeux. Puis, un jour de septembre, je suis allée aux Promenades Beauport et j’ai visité un petit local afin de l'ouvrir, durant la période des fêtes, en même temps que la succursale sur Saint-Jean. » Le tout fut un tel succès qu’elle décida de fermer son local du centre-ville pour faire le saut dans le centre d’achats. Au fil des ans, ce sont cinq déménagements au cœur de ce centre commercial qui ont eu lieu, jusqu’à ce qu’elle passe dans un grand local où elle a développé une section jeunesse – qu’on retrouve toujours dans l’emplacement actuel de la Place Fleur de Lys – à faire rêver les petits : livres leur étant destinés, peluches à profusion, jeux éducatifs ou ludiques à leur portée. Puis, vint ce noir épisode où Renaud-Bray décida de s’installer dans le centre commercial et où le propriétaire des locaux lui indiqua à mots à peine voilés la porte : une seule librairie ne pourrait survivre et, visiblement, un joueur avait joué plus férocement ses cartes…

Un lieu dynamique et invitant
Voici donc madame Morency, en bonne femme d’affaires, qui se retrousse les manches, repart à zéro dans un nouveau secteur, refait sa clientèle tout en maintenant celle, fidèle et importante, institutionnelle. C’est finalement la Place Fleur de Lys qui l’accueille depuis six ans (dans les anciens locaux de la librairie Raffin), et il y a quoi faire le détour : au centre du commerce trône un invitant café Van Houtte où se détendre en mélangeant mots et latté; de grandes fenêtres et une entrée indépendante permettent la tenue d’événements en tout temps; une salle d’exposition qui fait l’envie de plusieurs est mise à la disposition des collectivités; une sélection de casse-tête – pour petits mais pour adultes principalement – ainsi qu’une multitude d’idées-cadeaux originales et de qualité complètent l’offre de la boutique. 

Mais si les lieux sont invitants, il en va de même pour la programmation proposée aux clients : en juin, un festival de bande dessinée rassemble près de 500 visiteurs autour d’auteurs de BD en signature, de voitures des Transformers, de gens déguisés en cosplay; lors d’une précédente Journée des librairies indépendantes, un immense lit trônait au centre de la librairie pour y accueillir la blogueuse Julie lit au lit; plusieurs fois par année, la Librairie Morency sort de ses murs pour retrouver ses lecteurs à la Maison de la littérature où elle crée des questions à saveur littéraires pour le jeu-questionnaire mensuel 30 arpents de pièges; chaque année, c’est ainsi plus d’une trentaine d’activités qui animent ce lieu chaleureux et invitant. Oh! Et pour les groupies… sachez que Mathieu Villeneuve, l’auteur de Borealium tremens (La Peuplade), est l’un des dix-neuf libraires qui œuvrent pour Morency!

Le secret le mieux gardé de la ville de Québec, disait-elle? Nous sommes bien heureux de n’avoir pas su tenir notre langue…



Que lit madame Morency?
Si le roman Soie, de Barrico, a impressionné notre propriétaire en vedette, il n’est cependant pas le seul à avoir eu un grand effet sur celle qui se fie principalement aux conseils de ses libraires – de tous les âges et de spécialisations variées : « Je lis de tout. Je lis pour me changer les idées, relaxer, me vider la tête. Tant mieux si j’apprends des choses au passage dans différents domaines! » Ce qu’elle apprécie le plus du métier de libraire? Le contact avec la nouveauté, voir autant de livres, de sujets variés.

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