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La course autour du monde de Pierre Vincent

La course autour du monde de Pierre Vincent

Par René Paquin, Clément Morin, publié le 22/02/2005
C’est à n’y rien comprendre. Le terrorisme explose, les cataclysmes naturels se succèdent, des conflits meurtriers éclatent aux quatre coins de la planète et l’humain, spectateur de tout ce chaos, ne pense qu’à une chose : aller voir ailleurs ! Le besoin profond de rencontrer l’étranger, de se dépayser et de connaître le monde est, à n’en plus douter, plus fort que la peur. D’où le dynamisme du tourisme, première industrie mondiale et gagne-pain de millions de personnes autant dans les pays riches que dans les pays en voie de développement.
Cette situation explique évidemment la multiplication des collections de guides de voyages. Qu’il s’agisse de Michelin, du Routard, de Lonely Planet, Voir, Ulysse ou Let’s Go, chaque éditeur propose sa manière « unique » de voyager, de pénétrer au cœur de la culture d’un pays. Dernier arrivé dans ce marché extrêmement compétitif, l’éditeur québécois Québec Amérique cherche à se démarquer de ses concurrents en proposant une toute nouvelle série appelée Autour du monde. Pari réussi : les quatre tomes écrits par Pierre Vincent, collaborateur au cahier Vacances-Voyage du journal La Presse, n’ont vraiment rien à voir avec le guide de voyage traditionnel que l’on emporte avec soi dans ses bagages. En fait, il serait plus juste de parler de ces livres comme d’un collage de brefs récits de voyage écrits à partir des notes personnelles de l’auteur recueillies entre 1995 et 2001, période durant laquelle il a visité une quarantaine de pays.


Vous avez dit globe-trotter ?

« De vous à moi, autant vous l’avouer sans détour, j’aime voyager », écrit Pierre Vincent. On n’a qu’à choisir, au hasard, l’un de ses courts textes pour s’en convaincre. Prenez par exemple le volume 2, qui porte sur l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient. Au détour de la Chine, de l’Inde, des Seychelles ou du Mali, on se plaît à découvrir un mélange accrocheur d’impressions de voyages, de descriptions géographiques, de rappels historiques et d’anecdotes cocasses. Ici, c’est le souvenir d’un guide dévoué et passionné qui marque l’auteur. Là-bas, les paysages arides et la misère humaine le troublent. Plus loin, c’est la beauté des plages paradisiaques qui le charment. Comme lecteurs, nous prenons évidemment beaucoup de plaisir à rêver, à l’accompagner en pensée dans son tour du monde et à découvrir, à ses côtés, quelques coins de la planète moins connus. Bref, il réussit à merveille l’art de livrer, en quelques mots, d’exotiques cartes postales qui nous donnent envie, à notre tour, de partir.


Voyage tout risque

Loin d’ignorer la dimension plus commerciale du tourisme international, Pierre Vincent ne déteste pas, non plus, montrer l’envers de la carte postale. Parfois ironique, un brin cynique, il préfère la franchise et l’honnêteté à la naïveté feinte et au charme simulé. Vous pensiez, en débarquant à Tahiti, vous retrouver au beau milieu du paradis terrestre, parmi les charmantes vahinés ? « Il faut avoir une bonne dose d’imagination pour voir des déesses de l’amour dans ces hôtesses bien enveloppées qui nous souhaitent mécaniquement la bienvenue avec des fleurs ». Et le beau Danube bleu ? « Plus brun que bleu », note l’auteur. Les femmes au long cou de Thaïlande vous fascinent ? « Elles jouent les bêtes de cirque », dénonce-t-il. Pour qui recherche l’authenticité et la couleur locale, les récits de Vincent peuvent, en un sens, décevoir les attentes. En fait, il faut prendre ces commentaires pour ce qu’ils sont : un appel à la lucidité, lucidité qui permet d’éviter la multitude d’attrape-touristes qu’engendre inévitablement le tourisme de masse. Faut-il rester aveugle devant les conséquences parfois désastreuses du développement touristique sauvage ? Telle est, en filigrane, la question que pose Pierre Vincent.


La géographie de Casanova

Côté présentation matérielle, il faut noter la qualité de la reliure et le format plutôt unique pour ce genre d’ouvrage. Par ailleurs, chaque récit est entrecoupé de photos attrayantes, mais qu’on aurait préféré plus grandes et plus spectaculaires, vu l’exotisme de certaines destinations. La fiche descriptive qui accompagne chaque pays aurait aussi pu être plus exhaustive, mais on ne peut tenir rigueur à l’éditeur d’avoir fait le choix d’être concis, dans la mesure où les quatre ouvrages ne sont pas, rappelons-le, des guides de voyage, mais bien des récits qui nous invitent à partir à la découverte des cinq continents. Enfin, belle originalité, chaque tome est précédé d’une introduction dans laquelle l’auteur donne quelques conseils à ceux qui veulent faire le tour du monde (« combien de temps ? », « combien d’argent ? »), en plus des formalités, des trucs santé et des préparatifs nécessaires. « L’homme qui veut s’instruire doit lire d’abord », disait Casanova. « Puis voyager pour rectifier ce qu’il a appris », ajoute-t-il. L’aventure vous tente ? Pourquoi ne pas commencer par celle des autres, alors ?


Bibliographie :
Publiés chez Québec Amérique, les quatre volumes d’Autour du monde sont disponibles à 26,95 $ ch. : tome 1 (Océanie, Asie du Sud-Est, 157 p.), tome 2 (Asie, Afrique, Proche-Orient, 144 p.), tome 3 (Europe, 177 p). et tome 4 (Amérique du Nord, Amérique du Sud, 178 p.).
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