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De Liverpool à Los Angeles : Au-delà du rock

De Liverpool à Los Angeles : Au-delà du rock

Par Simon-Pierre Beaudet, Pantoute, publié le 15/12/2004
Un rayon de librairie consacré à la musique se classe souvent de lui-même : on retrouve, en parties à peu près égales, les livres sur le rock anglophone, la chanson française et québécoise, et ceux sur la musique classique. On me trouve invariablement dans la première section.
Beatles Forever

Incontournables parmi les incontournables, les Beatles figurent toujours en bonne place. Pour ceux qui en redemanderaient après l’imposante Anthology, voici rééditée la première biographie des Fab Four, parue en 1968 et simplement intitulée Les Beatles : La Biographie, la seule qui fut jamais autorisée. Hunter Davies, alors journaliste au Sunday Times, a approché le gérant Brian Epstein, avec l’ambition de faire LE document de premier plan sur le groupe. C’est en effet un livre fouillé, auquel le quatuor a collaboré, bien écrit malgré une traduction parfois pénible. Surtout, il a été rédigé à une époque où les Beatles rivalisaient d’audace — Sgt. Pepper et le Magical Mystery Tour sont tout frais — et où rien ne laissait présager la mauvaise fin du groupe. Imaginez, le nom de Yoko Ono n’apparaît même pas dans l’ouvrage… Ajoutons aux qualités du livre qu’il est fort élégant (relié, papier glacé, jaquette) et accompagné d’une riche iconographie. Par contre, à moins de vous intéresser à la vie de Hunter Davies, la préface et la postface sont superflues ; regardez les images et passez directement au texte.

Vous y apprendrez notamment que John Lennon a écrit deux livres en 1964-1965 : John Lennon in his Own Write, et A Spaniard in the Works, que le Castor Astral publie de nouveau en un seul volume, sous le titre Un glaçon dans le vent. Un ouvrage à réserver aux fans, mais comme ils sont nombreux… Dans ce recueil de contes, fables et poèmes, Lennon s’exerce au non-sense dans un ensemble d’écrits à la naïveté ambiguë. Le tout repose sur des jeux de mots qui sont, il faut l’admettre, intraduisibles. Ils sont par contre accompagnés de jolis dessins de la plume de l’auteur, et cette fois la préface mérite d’être lue : elle est de Paul McCartney.

Like a Rolling Stones

Le même Castor Astral publie un livre sur Bill Wyman, ancien bassiste des Rolling Stones. Celui qui formait, avec le batteur Charlie Watts, l’une des sections rythmiques les plus solides du rock, a quitté le bateau un matin de 1991, las de répéter les mêmes pièces depuis des décennies. Plus discret, il a formé un nouveau groupe, les Rhythm Kings, dont le livre de Jean-Noël Coghe, Bill Wyman : Steady Rollin’ Man, constitue le journal de leur tournée française. Une fois qu’on s’est habitués au style, on est enchantés : l’homme parle sans amertume ni nostalgie de son passé avec les Stones, de ses nouveaux projets, dont la photographie et l’écriture (il a publié deux livres sur… Marc Chagall !), et bien sûr du blues. L’ouvrage devient franchement intéressant lorsqu’il plonge dans les racines musicales de Wyman, et donne ainsi à voir toute la profondeur du musicien. L’époque de Sun et de Sam Phillips, le saxophoniste Louis Jordan, Charley Patton, la généalogie musicale de Bill Wyman est plurielle. On le ressent dès la première écoute du disque inclus avec Steady Rollin’ Man. Cuivres, choristes, piano et cordes, bien sûr : voilà un excellent moment de rhythm’n’blues qui surprend par sa richesse et son énergie.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les Stones par Bill Wyman, Libre Expression a repris l’an dernier son livre L’Histoire des Rolling Stones, qui contient de nombreux documents de sa collection jamais reproduits ailleurs ; pour faire bonne mesure, les quatre autres ont répliqué par Selon les Rolling Stones, publié chez Fayard également en 2003. Enfin, pour les budgets plus raisonnables, signalons la parution en format de poche de Rolling Stones : Une biographie, par François Bon.


Surf City

Toujours dans le rock, une publication atypique clôt ce tour d’horizon. Empruntant son titre aux Doors, Barney Hoskyns présente Waiting for the Sun, sous-titré Une histoire de la musique à Los Angeles. Son éditeur français, Allia, s’est distingué dans les dernières années en publiant des livres exigeants qui, par le truchement de la musique, abordent la société entière. Ce titre ne fait pas exception ; son premier sujet est Los Angeles, ville archétype du rêve et du cauchemar américain. Waiting for the Sun est un livre fascinant qui prend à rebrousse-poil nos catégories habituelles. Il ne retrace pas l’histoire d’un genre musical, mais celle de tous les genres musicaux, à travers la scène musicale d’une ville.

L’âge d’or semble être l’époque du rythm’n’blues et du jazz West Coast des années 1950. T-Bone Walker et Pee Wee Crayton côté blues, Art Pepper et Chet Baker du côté jazz : les premières nuits du Sunset Strip, le boulevard des clubs, qui connut plusieurs vies, furent les plus belles. C’est néanmoins dans les années 1960, avec l’explosion pop et rock, que L.A. a fourni ses artistes les plus connus : Frank Zappa, Jim « The Lizard King » Morrison, Tom Waits, mais aussi The Eagles, Beach Boys et… Charles Manson. Assez pour devenir le point de rendez-vous de toute la colonie artistique, qui tentait de s’échapper des trivialités de l’industrie : Neil Young et Joni Mitchell furent parmi ses réfugiés musicaux. Dans les années 1980, le glam rock a pris le dessus, avec des groupes comme Van Halen, L.A. Guns, Poison ou Guns’n’Roses, avant d’être heureusement supplanté par le gangsta rap des Ice-T et Ice Cube. Le livre prend fin avec un portrait du dernier-né de ses fruits mutants, le génial Beck, symbole de cette fantastique pizza post-moderne qu’est Los Angeles, qui a réconcilié Blancs et Noirs avec un mélange éclaté de musique roots et de sampling.

Oscillant entre le kitsch et la vraie grandeur, entre Hollywood et les ghettos, L.A. gère sa malédiction comme elle le peut. Le conflit est ouvert : Randy Newman chantait « I love L.A. », tandis que Phil Ochs, toujours aussi subtil, entonnait plutôt : « The World Began in Eden and Ended in Los Angeles ». À moins que vous ne préfériez les Beach Boys ?


Bibliographie :
The Beatles : Anthology, Seuil Les Beatles : La Biographie, Hunter Davies, Le cherche midi Un glaçon dans le vent, John Lennon, Le Castor Astral Bill Wyman : Steady Rollin’ Man, Jean-Noël Coghe, Le Castor Astral L’Histoire des Rolling Stones, Bill Wyman, Libre Expression Selon les Rolling Stones, Collectif, Fayard Rolling Stones : Une biographie, François Bon, Le Livre de Poche Waiting for the Sun: Une histoire de la musique à Los Angeles, Barney Hoskyns, Allia
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