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Destination nulle part

Destination nulle part

Par Antoine Tanguay, Les libraires, publié le 01/06/2002
À l’heure du métissage des cultures, la SF semble en voie de se renouveler grâce à une poignée de jeunes écrivains et écrivaines fort prometteurs qui n’hésitent pas à glaner à travers l’Histoire officielle et les mythes antiques les racines de nouvelles sagas audacieuses. En fait, les auteurs de science-fiction et de fantasy contemporains font de leurs œuvres de joyeux fourre-tout et se moquent des limites de ce genre trop longtemps confié à des descriptions obsolètes. Aller-retour vers une nouvelle galaxie.
Toucher du bois

La Forêt des Mythagos demeure sans contredit la plus spectaculaire sortie du printemps dans les rayonnages abritant la science-fiction et le fantastique. Considéré de par le monde comme une des œuvres fondamentales de la fantasy moderne, ce cycle élaboré par Robert Holdstock se veut un étonnant melting pot de mythologie grecque et de hauts-faits de la saga arthurienne auxquels se greffe un brin de cosmogonie celtique. Le plus étonnant, c’est que le siège de toutes ces aventures sises après la Seconde Guerre mondiale est un minuscule boisé au sein duquel se trouve la porte d’entrée d’un monde parallèle habité par les héros de nos légendes (Robin des Bois, Jason et les Argonautes, etc,). En fait, pour celui qui croit avoir tout lu après les sagas de Robert Jordan, Terry Brooks ou Margaret Weis et Tracy Hickman, La Forêt des Mythagos (Denoël/Lunes d’encre, 2 tomes) demeure un monument du genre.

À rebrousse-temps

On a aussi été témoin, ce printemps, du grand retour du voyage spatio-temporel, un des thèmes fondateurs de la science-fiction moderne. Dans Le Jardin d’Iden (Rivages), le voyage à travers les époques s’inscrit dans une gigantesque entreprise de sauvetage des artefacts du passé imaginée par un certain Dr. Zeus. Une poignée de ses employés, dont fait partie Mendoza, une jeune fille sauvée des griffes de l’Inquisition et reconditionnée, est chargée de recueillir assez d’éléments pour permettre la culture d’un arbuste rare essentiel à la médecine du futur. Le principal attrait du roman de Kage Baker, qui a depuis écrit deux autres tomes dans cette série, demeure l’élégant mélange de fiction historique et d’éléments futuristes. Idéal, donc, pour les lecteurs qui en sont à leurs premiers pas en SF, mais cependant à déconseiller aux puristes qui reprocheront à Baker son manque d’audace. D’ailleurs, ces derniers ne seront probablement guère plus attirés par L’Amour au temps des dinosaures, de John Kessel (Denoël/Lune d’encre) qui traite, lui aussi, de rentabilisation du voyage dans le temps. Cette fois, c’est le tourisme spatio-temporel qui est au centre d’une intrigue alliant humour, histoire et suspense. Toutefois, Kessel, à qui l’on doit Bonnes nouvelles de l’espace (J’ai Lu), s’est visiblement amusé ferme à élaborer cette histoire abracadabrante.

Si, air du temps oblige, l’humour et la fantaisie volent la vedette au corpus plus « classique », les mordus ne demeureront pas en reste cet été avec L’Algèbre des anges (Flammarion/Imagine), le second volet de la série « L’Âge de la déraison », signée Gregory J. Keyes. Acclamée dans le monde entier, cette saga met en scène des personnages historiques tels Benjamin Franklin ou Isaac Newton, qui évoluent dans une réalité qui implique une part de magie et d’alchimie. L’Algèbre des anges et son prédécesseur, Les Démons du Roi-Soleil (Flammarion/Imagine), s’inscrivent donc dans la lignée des romans dits de steampunk (ou futur antérieur) et, par leur érudition et leur cran, devraient séduire les fans de SF en plus de rallier les indécis. Deux autres tomes de cette ambitieuse série verront le jour dès l’an prochain, toujours chez Flammarion.
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