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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 102
Rentrée 2017 : Littérature québécoise

Rentrée 2017 : Littérature québécoise

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 28/08/2017

À surveiller

Le corps des bêtes
Audrée Wilhelmy (Leméac)
Après Oss et Les sangs, l’auteure continue d’échafauder une œuvre littéraire inspirante à l’univers singulier et riche. Tous les jours, Osip Borya, qui habite sur un rocher près de la mer avec son clan, observe et découvre le monde qui l’entoure du haut de la plateforme du phare. Son regard s’attarde sur les bateaux et sur les femmes, sa mère d’abord, puis la femme de l’aîné, Noé.

 

Aphélie
Mikella Nicol (Le Cheval d’août)
Son premier roman, Les filles bleues de l’été, a charmé notamment par son pouvoir d’évocation et sa plume sensible. Cette finesse se déploie toujours dans sa deuxième œuvre, qui se déroule à nouveau pendant la saison chaude et témoigne d’une quête identitaire. Une jeune femme, qui travaille de nuit, ne cesse de penser à une femme rencontrée dans un bar alors que son couple bat de l’aile et qu’une ancienne histoire la hante encore. 

 

Grand fauchage intérieur
Stéphanie Filion (Boréal)
Le premier roman de l’auteure – elle a déjà publié de la poésie et un récit – se lit avec douceur, comme il nous semble avoir été écrit. Sa plume sensuelle raconte ici le séjour au Liban de Jeanne, une photographe, qui poursuit un projet sur les cimetières. Elle y fait la rencontre d’un jeune homme, Julien, ce qui lui permet d’oublier un peu un drame qui la hante. Un roman poétique où il fait bon errer et qui fait voyager.

 

Ici, ailleurs
Matthieu Simard (Alto)
Marie et Simon, en couple depuis presque dix ans, quittent la ville pour vivre à la campagne dans un petit village qui meurt peu à peu depuis qu’une antenne a été plantée dans le décor. Même s’ils ne se sentent pas vraiment les bienvenus, ils souhaitent y rester, pour oublier. Matthieu Simard livre un roman touchant, surprenant et poétique sur les affres de l’absence. 

 

Routes secondaires
Andrée A. Michaud (Québec Amérique)
Après le succès retentissant de Bondrée, on avait hâte de se plonger dans un nouvel univers envoûtant de l’auteure. Cette dernière se met en scène : Andrée A. Michaud, une écrivaine, usurpe l’identité d’une jeune femme disparue, Heather Thorne, tout en essayant de comprendre ce qui lui est arrivé. La fiction et la réalité se confondent alors pour elle, comme pour le lecteur.

 

Les cigales
Antonin Marquis (XYZ)
Pendant la grève étudiante de 2012, Dave et J-P partent en road trip aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre. Ils errent à la recherche de liberté, d’absolu, d’aventures, qui ne surgissent pas. Pendant ce temps à Montréal, la blonde de J-P, Caro, enseigne le français au secondaire et réfléchit également à sa vie. Pour son premier roman, Antonin Marquis dépeint avec brio les angoisses, les désillusions et la quête identitaire des jeunes adultes.

 

Cinéma Royal
Patrice Lessard (Héliotrope)
Patrice Lessard campe son nouveau roman dans sa ville natale, à Louiseville, et met en scène un récit dans lequel se confondent le vrai et le faux. Jeff travaille dans une taverne et attend qu’il se passe quelque chose dans sa vie. Son quotidien sera chamboulé par sa rencontre avec Luz, une femme mariée dont il tombera amoureux.

 

Animitas
Nicholas Dawson (La Mèche)
Une famille chilienne quitte son pays natal pour Montréal. L’exil ne sera pas un long fleuve tranquille. La mère retournera d’ailleurs au Chili, laissant les siens derrière elle. Un des enfants, le narrateur, retournera au Chili des années plus tard pour se réconcilier avec sa mère, mais aussi avec lui-même. Un roman touchant sur les origines ainsi que sur l’exil et ses répercussions.

 

Borealium tremens
Mathieu Villeneuve (La Peuplade)
David Gagnon, qui boit beaucoup, a hérité, à la mort de son grand-oncle, d’une maison qu’il veut rénover. Il souhaite y cultiver la terre et clore son roman. Mais le notaire, ami avec le défunt, lui assure que sa famille est maudite, ce qu’il ne croira pas, jusqu’à ce qu’il s’intéresse aux archives familiales… Un récit envoûtant et dépaysant : voilà une proposition audacieuse pour un premier roman.


Nouveau système
Daniel Leblanc-Poirier (Hamac)

Un jeune toxicomane est bouleversé quand il apprend que son ancienne copine va mourir d’un cancer. Il se remémore son histoire avec Kikou, de leur rencontre jusqu’à la rupture, en passant par un triangle amoureux avec Néné. Le deuil, les désillusions, mais aussi les beautés que recèle la vie, se côtoient dans ce roman émouvant, sensible et poétique, malgré le sombre sujet.

 

 

Des retours réjouissants
L’auteur et membre de Loco Locass, Biz, continue de nous faire réfléchir sur la société et l’être humain sans être moralisateur et sans donner de réponses. Dans La chaleur des mammifères (Leméac), un professeur de littérature à l’université, désillusionné, un peu reclus et récemment divorcé, prend conscience d’être passé à côté de l’essentiel lors d’un séjour en Suède pour une conférence. Pour son nouveau roman, L’idole (Boréal), Louise Desjardins aborde la vieillesse et la famille. Éveline, 70 ans, s’isole en Argentine après avoir perdu son conjoint et ses parents, ne voulant pas devenir en vieillissant un fardeau pour ses proches. Est-ce vraiment possible de se libérer de toutes attaches? Olivia Tapiero, qui nous avait offert Les murs et Espaces, revient avec sa plume touchante et sensible grâce à Phototaxie (Mémoire d’encrier), qui met en scène trois anarchistes, qui déboulonnent les certitudes. Autre retour attendu, celui de Naomi Fontaine dont le bouleversant Kuessipan sera prochainement adapté au cinéma. Elle offre cette fois Manikanetish, Petite Marguerite (Mémoire d’encrier). Sur une réserve de la Côte-Nord, une enseignante de français raconte son expérience, son désir et son espoir de sortir les élèves de leur détresse. Elle entreprendra un projet de théâtre. Un récit qui devrait encore nous toucher profondément. Après avoir raconté sa dépression dans Buena vida, Florence K a visiblement pris goût à l’écriture puisqu’elle présente son premier roman, Blue Lola (Libre Expression), une histoire de triangle amoureux. Marie Gray, quant à elle, délaisse l’érotisme pour faire une incursion dans les coulisses du monde du spectacle (Il était une voix, Guy Saint-Jean Éditeur). Annie Stone, une chanteuse, essaie de percer dans le métier, même si ce n’est pas toujours facile. Après le succès de son premier roman, Les murailles, Erika Soucy renoue avec la poésie grâce à Priscilla en hologramme (L’Hexagone), son troisième recueil poétique.  

À lire aussi
Tsunamis, Michel Jean (Libre Expression)
La liste d’Emmanuelle, Maxime Landy (Libre Expression)
911, Daniel Leblanc-Poirier (L’Hexagone)
Chorbaks, Jean Désy (Mémoire d’encrier)
La dévoration des fées, Catherine Lalonde (Le Quartanier)
Territoires, Marc-André Moutquin (L’Hexagone)
Premiers souverains, Emmanuel Simard (Poètes de brousse)
Au milieu du monde, Marc Séguin (Le Noroît)   
Simone au travail, David Turgeon (Le Quartanier)                           

Des premiers romans
L’auteure du recueil de poésie Rouge – presque noire, July Giguère, signe son premier roman, Et nous ne parlerons plus d’hier (Leméac). Deux narrations se croisent dans ce récit : celle d’une fille en séjour au Mexique, là où sa famille a déjà vécu lorsqu’elle était enfant, qui tente de se remémorer son père, maintenant exclu de sa vie, et celle de ce père lorsqu’il était adolescent vivant sur la ferme familiale, puis en Ontario et dans l’Ouest canadien. Une histoire lumineuse sur ce qui rapproche et éloigne les êtres. Le jeune auteur, Gabriel Allaire, quant à lui, débarque dans le paysage littéraire avec Pas de géants (Leméac), un roman poétique et vivant qui met en scène un jeune Olivier, qui s’évade dans l’imaginaire pour échapper à son quotidien et rêver à une meilleure vie. Sa mère ne se lève plus du divan depuis qu’elle a perdu un enfant, tandis que son père fuit dans le travail. Pour son premier roman, intitulé Johnny (Boréal), Catherine Eve Groleau donne la parole à deux marginaux, Johnny et Valentine, dans l’époque d’après-guerre, celle où tous les rêves sont permis. Mais Johnny, issu d’Odanak, une réserve indienne, trempe dans la criminalité pour échapper à son sort, pour changer de vie.

À lire aussi
Déposer Carole, Pierre Drouin (Québec Amérique)
Gourganes, Alexandra Gilbert (Stanké)
Le vertige, Étienne Cardin-Trudeau (Sémaphore)

Des suites attendues
Jean-Simon DesRochers
a séduit les libraires avec le premier tome de son diptyque « L’année noire », intitulé Les inquiétudes, un roman polyphonique, dont l’élément central était l’enlèvement d’un jeune garçon. La suite de cette histoire, Les certitudes (Les Herbes rouges), devrait plaire tout autant grâce à la densité et à l’ampleur de l’écriture de l’auteur. Après Les fiançailles au berceau et La hauteur des terres, le dernier tome de la série historique « L’année sans été » (Hurtubise) de Julie Lemieux, L’hivernant du gouffre, paraît en octobre. Ange-Élisabeth Boucher de Montizambert poursuit ses apprentissages au poste de traite des fourrures où elle a notamment fait la rencontre de Noré. Dans cet ultime tome, son périple la ramènera vers Québec. L’auteure à succès Louise Tremblay d’Essiambre, quant à elle, signe le deuxième tome de la saga « Une simple histoire d’amour » (Guy Saint-Jean Éditeur). Dans le premier tome, L’incendie, la famille Lafrance traversait diverses épreuves qui chamboulaient leur vie. Après ces événements, le couple uni que forment Marie-Thérèse et Jaquelin est mis à rude épreuve dans La déroute. Nous connaîtrons le dénouement de cette histoire familiale en novembre. Chez Les éditeurs réunis, Marjolaine Bouchard, l’auteure derrière Madame de Lorimier notamment, poursuit sa série « Les portes du couvent » avec Amours empaillées, le deuxième volet de cette trilogie. Flora, toujours au couvent des sœurs du Bon-Conseil, a une relation houleuse avec sœur Irène en raison d’un malentendu. Souhaitant toujours retrouver son grand frère, Flora songe à fuguer.

À lire aussi
Abigaëlle et la retraite amoureuse (t. 3), Stéphanie Bourgault-Dallaire (Libre Expression)
La cabane à sucre des Rivard (t. 2) : Prochaines générations, Mario Hade (Les éditeurs réunis)
La petite maison du sixième rang (t. 2), Micheline Dalpé (Goélette)
L’espoir des Bergeron (t. 3) : L’héritage, Michèle B. Tremblay (Les éditeurs réunis)
Le grand magasin (t. 2) : L’opulence, Marylène Pion (Les éditeurs réunis)
Chez Gigi (t. 2) : Tout pour le rock’n roll, Rosette Laberge (Druide)
Gwendoline Dernière (t. 2) : Éclats de femme, Jocelyne Robert (L’Homme)
Abigaël (t. 2) : Messagère des anges, Marie-Bernadette Dupuy (JCL)

Des romans historiques à découvrir
France Lorrain
, à qui l’on doit « La promesse de Gélinas », campe cette fois sa saga « Au chant des marées » à l’île Verte en 1980 (Guy Saint-Jean Éditeur). Un jeune couple de Québec s’y établit pour tenir une auberge, mais ils ne seront pas si bien accueillis, attirant la méfiance des insulaires. Un autre habitué des romans historiques, Jean-Pierre Charland, amorce une nouvelle série sur Eva Braun, la compagne d’Adolf Hitler. Dans le premier titre, Un jour mon prince viendra (Hurtubise), à Munich en 1914, Eva Braun vit une rude enfance. Puis en 1930, elle trouve un travail à la boutique du photographe d’Hitler. Ce dernier deviendra son amant. Le deuxième et dernier titre, Ils furent malheureux et n’eurent pas d’enfant, paraîtra en novembre et s’attarde davantage à la montée du nazisme. De son côté, Michel Langlois met en scène la famille Courchesne dans Une vie bien fragile, le premier tome de la série « Le temps de le dire » (Hurtubise). À Drummond en 1880, Aimé Courchesne offre aux gens de traverser la rivière, mais la possible construction d’un pont pourrait nuire à ses affaires. Une promesse pour Alice d’Éliane Saint-Pierre (Les éditeurs réunis) raconte le destin d’Alice, une orpheline confiée aux religieuses. Jeune adulte, elle quitte le couvent pour devenir serveuse, puis hôtesse à l’Expo 67. À travers sa vie tumultueuse, elle aimerait connaître ses origines et retrouver sa mère biologique. L’auteure de romans historiques Micheline Duff explore cette fois les années 60 et la Révolution tranquille dans Un temps nouveau (Québec Amérique) à travers le personnage d’une femme fascinante. En 1900, dans un village de la région de Salaberry-de-Valleyfield, Eva Benoit doit jongler avec un drame qui touche sa famille. Puis, elle quitte la campagne qu’elle aime tant pour la ville où elle fera la rencontre de William. À lire dans William et Eva (t. 1) : À un fil du bonheur de Mélanie Calvé (Fides).

À lire aussi 
Une promesse si fragile, Nicole Provence (JCL)

Des lectures pour réfléchir à la condition humaine
Dans une langue fluide au rythme soutenu, Mathieu Blais donne la parole à Thomas Saint-Jacques, un homme qui laisse la colère le submerger tout entier, alors qu’il vient de perdre son emploi dans le roman nommé (Sainte-Famille), publié chez Leméac. Puis c’est à sa femme, qu’il a couverte de coups, de devenir narratrice, suivie par leur fils, apeuré. Si ce roman de la grande solitude est dur, il n’en est pas moins puissant et maîtrisé. À travers sa poésie dans Nous rêvions de robots (La Peuplade), Isabelle Gaudet-Labine se questionne sur sa condition d’être humain par rapport aux machines. Elle constate que la force de l’humain, c’est le doute, la volonté et le désir. Après le passionnant La Fabrica qui était campé au XVIe siècle, voilà que Marilyne Fortin s’intéresse à un monde en déroute dans Le potager (Québec Amérique). Un virus mortel s’est propagé partout sur la planète, entraînant plusieurs répercussions dans la vie de Caroline, mère de deux jeunes garçons. Pour se nourrir, les habitants de son quartier entreprennent de cultiver un potager, mais rien ne sera simple.

À lire aussi
Noms fictifs, Olivier Sylvestre (Hamac)

Du côté de la nouvelle
Dans Facultés affaiblies (Druide), Michel Lozeau propose quinze nouvelles sur les écarts et sur ce qui peut altérer notre jugement, autant des sources de distraction, que l’alcool, les nouvelles technologies et l’amour. De son côté, Stéphane Ledien articule ses douze nouvelles mystérieuses et nostalgiques autour du Tracel de Cap-Rouge dans Des trains y passent encore (Lévesque éditeur). Dans ce recueil, il amalgame diverses époques, des voyages et des légendes pour mettre à l’honneur ce pont ferroviaire. Après deux romans, Emmanuel Bouchard renoue avec son travail de nouvelliste avec Les faux mouvements (Hamac), un recueil touchant sur ce qui nous déstabilise, nous fait tanguer dans la vie et sur ce qui nous donne des élans pour vivre. Le quotidien des personnages d’On ne sait jamais à quoi s’attendre (L’Interligne) est dérangé dans les nouvelles douces et amères d’Hélène Koscielnak. Six nouvelles composent Nouvelles, d’ici, d’ailleurs et de là-bas de Marie-Célie Agnant (Pleine Lune), abordant la condition humaine. Misère, trahison, guerre, injustice et compassion se côtoient.

À lire aussi
Puis nous nous sommes perdus de vue, Donald Alarie (Pleine Lune) 

Des romans atypiques et rafraîchissants
Cadre dans un cabinet de recrutement, Danie, une célibataire quarantenaire et asociale, n’a pas d’enfant et ne désire pas en avoir. Mais pourtant, L’enfantement (Éveline Marcil-Denault, XYZ) parle de la mise au monde et des diverses formes que peuvent prendre les élans maternels. La vie et les certitudes de Danie seront chamboulées par l’arrivée d’une candidate qu’elle n’engage pas, mais avec qui elle établira un lien. Les deux auteures derrière Le bal des absentes, Julie Boulanger et Amélie Paquet, nous convient cette fois à un roman satirique qui parodie la chick lit dans Albertine ou La férocité des orchidées (Québec Amérique). Albertine, une écrivaine fantôme, aime deux hommes très différents. Puis, elle fait la rencontre de Charlotte, ce qui complexifie encore plus sa vie amoureuse. Le premier roman de MP Boisvert explore le polyamour. Alice, Gaëlle, Camille et Simon vivent ensemble au cinquième étage d’un immeuble à Sherbrooke (Au 5e, La Mèche). Camille, Gaëlle et Alice ont une relation; Alice a aussi une relation avec Simon. Quand Éloi, l’ex d’Alice, déménage avec eux, ça se corse encore plus, parce que ce dernier s’intéressera à Simon. L’écrivaine Marie-Christine Arbour étonne avec son nouveau roman Moi, Hercule (Annika Parance Éditeur) dans lequel Jean-Christian, un écrivain, hérite de deux millions de dollars s’il accomplit douze travaux, comme Hercule, l’entraînant à Montréal, New York, Paris et Vancouver. Pour lui qui est habitué à la solitude, ces aventures représenteront tout un défi et il fera plusieurs rencontres étranges. La narratrice du roman De vengeance (L’instant même) est une meurtrière. Elle nous l’annonce d’emblée. Julie Kurtness se met dans la peau de cette femme qui hait les gens et qui a, accidentellement, découvert très jeune son plaisir à tuer. Une froideur déstabilisante émane de ce roman.  

Des personnages en quête identitaire
Pour son premier recueil de poésie, Clara Lagacé apprivoise ce qui l’entoure, ce qui l’émeut ou non, explore la vie tout simplement dans En cale sèche (Éditions David). Éric Simard, auteur, éditeur et libraire, a remanié son premier roman, intitulé Martel en tête (Hamac), qu’il réédite cet automne.Ce récit raconte l’histoire d’une femme, de son enfance à sa vie d’adulte, à qui la vie ne fait pas de cadeau, qui cherche la liberté et la dignité à travers sa folie. David Ménard, qui a remporté le prix Trillium pour son recueil Neuvaines, élabore cette fois avec Le ciel à gagner (L’Interligne) une œuvre mêlant le romanesque et la poésie. Les personnages désillusionnés, oppressés par la routine et le quotidien, prennent conscience de leurs échecs, de leurs rêves non réalisés. Le poète publie également L’autre ciel chez Prise de parole, un récit poétique concernant une prostituée qui désire changer de sexe. La poudre aux yeux de Joseph Elfassi (Stanké) dépeint deux hommes désillusionnés, qui se cherchent, consomment un peu trop et s’empêtrent dans leur quotidien. Dans On n’entend plus jouer les enfants (Annika Parance Éditeur) d’Allen Côté, un auteur n’arrive plus à écrire son roman lorsqu’il apprend que sa conjointe désire un enfant. Tout en se demandant s’il ferait un bon père, il se remémore sa propre enfance dans les années 70, au Saguenay.

Pour les passionnés et les romantiques
Dans un court roman, la femme de théâtre Brigitte Haentjens sonde la sexualité d’un couple, tout en méditant sur la création, l’amour et la mort. Un jour je te dirai tout (Boréal) dévoile l’histoire d’amour passionnée et houleuse entre une jeune femme de 20 ans et un homme âgé de dix ans de plus qu’elle. On retrouve avec bonheur la douceur de la grande Aki Shimazaki dans Fuki-no-tô (Leméac/Actes Sud). Atsuko, une femme épanouie, possède une petite ferme biologique depuis qu’elle est installée en campagne avec son mari alors que ce dernier laissait une maîtresse derrière lui. Une ancienne amie revient dans sa vie, provoquant ainsi des sentiments inattendus qui la chambouleront. Dans son recueil de poésie Habiter est une blessure (Le lézard amoureux), François Godin interroge la relation que les êtres ont avec l’autre, notamment en ce qui a trait à l’amour. Avec le jazz en filigrane, Le bonheur est un parfum sans nom (Éditions David) de Didier Leclair traite notamment d’identité et d’art. Un musicien et romancier n’arrive plus à écrire. Puis un soir, il tombe amoureux d’une mystérieuse inconnue, qu’il tentera de retrouver grâce à ses amis. Il cherche le bonheur, mais à quoi cela ressemble-t-il? Il essaie d’écrire sur ce sujet.

Pour apprivoiser le deuil
Marcel, le mari de Joanne et le père d’Émile, meurt subitement, laissant sa famille anéantie. Émile lit les lettres d’amour de ses parents, tandis que Joanne s’enfonce peu à peu. Mais son amour pour son fils la réchappera. Le cri des oies de Joanne Gauthier (Québec Amérique) s’avère un récit autobiographique très émouvant, poétique et beau, qui va droit au cœur. Dans Mémoires d’un homme inutile (Camilien Roy, Perce-Neige), Dubreuil, divorcé depuis un an exactement, apprend qu’il a une tumeur au cerveau et qu’il est condamné à mourir. Après avoir tout quitté, il s’installe dans un chalet au bord de la mer pour méditer sur sa vie. Julie Mazzieri, qui a auparavant publié Le discours sur la tombe de l’idiot, lauréat du Prix du Gouverneur général, revient avec un roman atypique, La Bosco (Héliotrope). Suzanne Bosco est décédée, c’est le jour de ses funérailles. Alors que sa famille devait se rendre au cimetière, elle évite finalement le lieu et continue sa route. Le père est endetté et ne peut payer les obsèques. Une fuite plutôt triste, une famille en déroute. Dans Moustache (Druide), Pierre Gagnon met en scène un narrateur dans la soixantaine qui entreprend d’écrire un livre sur sa mère, une femme ordinaire, mais tout de même sublimée par le regard du fils, empreint d’amour et d’admiration. Dans le recueil de poésie Souffles de cathédrales de Mireille Groleau (L’Interligne),la narratrice se remémore son enfance alors que sa mère est mourante, atteinte d’un cancer. Une poésie empreinte d’une soif de vivre et d’une quête de sens. Noémie Pomerleau-Cloutier signe une poésie intime dans Brasser le varech (La Peuplade). Une adolescente tourmentée par la mort de son père contemple les beautés des territoires nordiques.

À lire aussi
Le rose des temps, Yolande Villemaire (Druide)

De la poésie à découvrir
La poète et booktubeuse Mélanie Jannard publie son premier recueil de poésie, Calamine (L’Hexagone).Dans le recueil de poésie À jamais la musique (Du Passage), Jean-Pierre Gaudreau sonde les liens entre écriture et musique. Nouveau départ et réalisation d’un rêve : voilà ce qui se dessine en filigrane de la poésie d’Amélie Hébert dans Les grandes surfaces (Le lézard amoureux). Les éditions Triptyque offrent un ouvrage qui rassemble l’œuvre poétique du poète Joël Des Rosiers, lauréat du prix Athanase-David en 2011 (Poèmes 1987-2015). Du côté des éditions Les Herbes rouges, Roger Des Roches propose Faire crier les nuages, tandis que Jean-Sébastien Huot présente Suie. Paul Chamberland (Le fruit tombé de l’arbre), Normand de Bellefeuille (Catalogue affectueux 3 : Le poème est maison désormais inhabitée), Denise Desautels (D’où surgit parfois un bras d’horizon), Fernand Ouellette (Où tu n’es plus, je ne suis nulle part) et Paul Bélanger (Le plus qu’incertain) publient, quant à eux, un recueil au Noroît. Véronique Grenier, qui a marqué les esprits avec son roman poétique Hiroshimoi, signe cette fois un recueil de poèmes (Chenous, Ta Mère). Sa poésie intimiste aborde ici la dépression, tout en témoignant des petits détails du quotidien.

À lire aussi
Aux quatre vents de l'avenir possible : Poésies complètes, Robert Dickson (Prise de parole)
Recoudre la lumière, Dominique Zalitis (Éditions David)
Cruauté du jeu, France Théoret (Les Écrits des Forges)
Arpenteur du quotidien, Donald Alarie (Les Écrits des Forges)
Oubliez, Sylvie Bérard (Prise de parole)

Des destins plus grands que nature
Des personnages singuliers, le naufrage du Longfellow, des sous-marins allemands en mer, des rumeurs, des disparitions, les silences, les non-dits et le rythme des marées peuplent l’univers du récit Le cri de la sourde (Druide), campé en Matanie. Peu de temps avant le décès de sa mère, Sylvie Nicolas a écrit une part de son histoire afin de ne pas oublier, teintant le tout de mystère. Philippe Lavalette livre dans Petite Madeleine (Marchand de feuilles) l’histoire de sa grand-mère qui a été abandonnée sur le pas d’une porte à Montparnasse. Cette dernière sera sauvée par une femme, Madeleine Fargeau, qui posait nue pour des peintres. En ce temps de l’avant-guerre, Madeleine est, elle aussi, blessée par la trahison et l’abandon. L’auteure d’Un vent prodigue, Simone Chaput, séduit à nouveau avec Une terrasse en mai (Leméac). Marijke, auteure de biofictions, rencontre toujours son éditeur, Thibault, en mai, à la terrasse d’un café, pour lui remettre un manuscrit et lui raconter une histoire d’une personne inconnue, un récit qui le captive. Drôle et rythmé, le roman de Louis-François Dallaire, Les rêves de quelqu’un d’autre (Québec Amérique), aborde notamment le thème du suicide. Les rêves de Luc ne sont pas les siens, mais ce « problème » se corse lorsqu’il se retrouve dans le cauchemar d’un homme tourmenté. Il essaie donc de reprendre le contrôle de ses nuits et de sa vie. Emmanuelle Caron, une Française qui habite au Québec depuis des années, publie son premier roman chez Grasset après avoir déjà fait paraître de la poésie et des romans jeunesse. Tous les âges me diront bienheureuse, qu’elle nomme son « roman russe », présente Ilona Serginski et sa lignée, dont Eva, sa petite-fille, et remonte jusqu’en 1917. Un destin parfois tragique, le mal s’entêtant, s’imprégnant dans leur histoire. On se réjouit qu’Olivier Kemeid, auteur de théâtre et metteur en scène, propose un premier roman, Tangvald (Gaïa). Le dramaturge y raconte la vie rocambolesque du Norvégien Peter Tangvald, un « Ulysse moderne », comme il l’appelle, un homme qu’il a croisé lorsqu’il était enfant. Ce vagabond des mers a navigué toute sa vie, a épousé et épuisé sept femmes, dont deux sont mortes en mer. Toute une légende vivante à découvrir.

À lire aussi 
La marchande de pourpre, Guy Bonneau (Fides)

Des romans qui ont des airs de thriller
Pour son deuxième roman, La chair de Clémentine (Héliotrope), Vincent Brault s’amuse allégrement avec le gore, le fantastique et une enquête! Clémentine serait morte au début de l’hiver, mais on ne sait pas qui elle est. Un policier dépressif essaie de comprendre, tandis que Gustave, un homme réservé, aime le froid qui s’insinue de plus en plus. De son côté, Bruno Massé écorche le système capitaliste dans un roman qui flirte avec le thriller et le documentaire engagé. Dans un village fictif, on appréhende l’arrivée d’une compagnie minière. Carl, un lobbyiste envoyé pour charmer le village, voit ses plans se compliquer par les habitants qui n’ont pas dit leur dernier mot. Humour noir et ton mordant au menu de Creuse ton trou (Québec Amérique).

Des lectures théâtrales
La pièce documentaire J’aime Hydro de Christine Beaulieu (Atelier 10) interroge la relation qu’entretient la société d’État avec les Québécois. La comédienne a mené une enquête citoyenne pour aborder ce sujet et réfléchir à l’avenir de l’hydro-électricité au Québec. Hamac, qui a publié Juste la fin du monde l’automne dernier, récidive du côté du théâtre avec une pièce d’Alexis Martin, Camillien Houde. Ce texte a été créé pour le 375e de Montréal et raconte un pan de l’histoire de la ville, soit les années où Camillien Houde en était le maire, un personnage hors du commun. Des photos des répétitions accompagnent le texte.

À lire aussi
Ti-Marc (le grand!), Cédric Landry (Dramaturges Éditeurs) 

Des collectifs à l’honneur
Vingt femmes, dont Nadine Bismuth, Louise Dupré, Marie-Sissi Labrèche, Suzanne Myre, Marie-Lyse Paquin et Chloé Savoie-Bernard, collaborent au collectif Larguer les amours, dirigé par Maryse Latendresse et Marie Lamarre (Tête première), qui s’immisce dans les déboires amoureux et la rupture. Après Nu et Travaux manuels, l’écrivain Stéphane Dompierre dirige un troisième recueil de nouvelles érotiques, Pulpe (Québec Amérique), dans lequel on retrouve entre autres les plumes de François Blais, de David Goudreault, de Mélissa Verreault, d’Audrée Wilhelmy, de Simon Roy et de Jean-Philippe Baril Guérard.

 

Découvrez également une entrevue avec Olivier Dufault pour la parution de son roman Bénédiction (Marchand de feuilles). 
 
 
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