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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 96
Rentrée 2016 : Littérature québécoise

Rentrée 2016 : Littérature québécoise

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 30/08/2016

Êtes-vous du genre curieux, aventureux ou romantique lorsque vous lisez? En ouvrant un livre, préférez-vous plonger dans la nostalgie, les sciences ou l’enfance? C’est justement en se basant sur les types de lecteurs que nous avons orienté notre dossier de la rentrée littéraire 2016, afin de vous aider à vous retrouver parmi nos 521 (oui, oui!) suggestions. Pour les dates exactes de parutions et pour d’autres découvertes, comme toujours, vous êtes attendus chez votre libraire indépendant. Et on vous invite fortement à y faire un tour puisque, bien entendu, nos sélections ne sont pas exhaustives et ne présentent que des livres qui paraîtront entre le 15 août et la mi-octobre; pour les autres auteurs attendus (tels Patrick Senécal, Serge Bouchard, Mark Kingwell, Jim Fergus, Louis Hamelin, Michel Tremblay), il faudra donc nous suivre dans notre prochaine édition!

Bref, peu importe le type de lecteur que vous êtes, nous espérons que ce dossier vous en mettra plein la vue!

 

À surveiller

Les filles de l’Allemand
Annie-Claude Thériault (Marchand de feuilles)

Écrite par celle qui a remporté le prix littéraire Radio-Canada 2015, cette histoire prend l’apparence d’un conte aussi étrange qu’agréable, alors qu’on y parle d’un homme qui vendit l’une de ses jumelles, d’un déraillement d’un convoi de cirque, d’encodage de machines à écrire pendant l’occupation allemande, de bêtes de fermes et de bordels. Un roman mature, complexe, à entamer sans hésitation pour vivre une expérience littéraire de qualité.

 

Autour d’elle
Sophie Bienvenu (Le cheval d’août)
Avec sa langue toujours aussi vivante et colorée – admirée par plusieurs dans Et au pire, on se mariera – Sophie Bienvenu est de retour, cette fois avec un roman choral narrant l’histoire d’une mère – qui accoucha à 16 ans – et de son fils, sur une période de vingt ans. Une vingtaine de personnages, qui gravitent autour d’eux, nous raconte leur histoire, faite d’amour et de liens imperceptibles. 

 

Bercer le loup
Rachel Leclerc (Leméac)

La plume de Rachel Leclerc arrive encore une fois à venir nous ébranler. L’histoire familiale de déracinement et d’expropriation à laquelle elle nous convie fait à la fois office d’acte de mémoire et de plaidoyer fiévreux, assoiffé de justice. C’est habile, majestueux, puissant.

 

 

L’impureté
Larry Tremblay (Alto)
On retrouve Larry Tremblay loin des thèmes de L’orangeraie, son précédent succès. Cette fois, on parle de machiavélique manipulation, alors qu’un veuf se verra bousculer par le roman posthume de sa femme, romancière à succès dont il n’a jamais aimé l’œuvre.

 

 

Vox populi
Patrick Nicol (Le Quartanier)
Avec Vox populi, on passe la journée du 25 mars dans la tête de Marc, qui travaille à la matériathèque d’un cégep. Si sa vie semble lui échapper – sa blonde l’a laissé, sa fille avec qui il doit souper le soir même semble l’éviter –, ses pensées, parfois confuses, parfois éclairantes, nous sont agréablement partagées grâce à d’agréables clins d’œil au quotidien. Ce nouveau roman de Nicol se rapproche plus, dans le traitement, de La blonde de Patrick Nicol que de La nageuse au milieu du lac.

 

Le poids de la neige
Christian Guay-Poliquin (La Peuplade)

C’est sous le froid et la neige qu’on retrouve la plume poétique de l’auteur du Fil des kilomètres. Dans un village reculé, privé d’électricité, le vieux Matthias s’occupe d’un rescapé aux jambes cassées, retrouvé sous une auto accidentée. Si l’amitié se développe tranquillement entre eux, le jour où ils réaliseront qu’on ne les a pas approvisionnés en vives et en bois de chauffage depuis trop longtemps, les choses devront accélérer. C’est une question de survie.

 

Télésérie
Hugo Léger (XYZ)

Audacieux, le procédé d’écriture d’Hugo Léger, dont on reconnaît la plume vive, nous entraîne dans un roman, mais également dans le scénario d’une télésérie. C’est que Xavier, son personnage, a craqué pour cette procureure… l’héroïne de sa série favorite. Mais quand on fond pour quelqu’un derrière l’écran, les failles ne se font pas attendre longtemps… 

 

 

Le fruit de mon imagination
François Leblanc (Druide)

Il n’en tient qu’au lecteur d’oser s’abandonner aux multiples pérégrinations de cette libraire de 37 ans, qui cherche ardemment des réponses dans la simplicité apparente de sa vie, notamment en espionnant son chum avec un chauffeur de taxi aussi têtu qu’elle, souhaitant le surprendre avec une maîtresse. Le vocabulaire précis, la connaissance méticuleuse du milieu de la librairie et les réflexions toujours intelligentes font de cet ouvrage soigné un livre à conseiller sans complexe.

 

Prague
Maude Veilleux (Hamac)

Après Le vertige des insectes, l’auteure – qui n’a pas encore 30 ans – revient avec ce roman d’une puissance déconcertante. S’il questionne le couple et la sexualité actuelle, ce récit en appelle également aux débats sur l’autofiction et aux perceptions de l’amour, tout en donnant voix à une femme loin du moule : la narratrice, qui vit en couple ouvert et lit Claire Legendre, prise entre désir d’aimer et amour véritable. 

 

 

Pour les lecteurs aventureux
Lire pour être désarçonné : oui, nous sommes plusieurs à le faire! Dans Charlotte ne sourit pas (Leméac), Thomas O. St-Pierre ne nous convie pas uniquement à retrouver les personnages de Même ceux qui s’appellent Marcel (2014), mais aussi à une aventure que le narrateur omniscient animera grâce à ses nombreuses – et peu coutumières – interventions revanchardes. Les amours et amitiés des protagonistes se révèlent dans cette habile comédie. Aventureux, il faut également l’être pour plonger dans la proposition de Renaud Jean, qui nous transporte avec Rénovation (Boréal) dans un univers étrange, inexpliqué et sans réponse, mais pourtant très semblable au nôtre : on écoute les consignes, on fait comme tous, on perd tranquillement notre individualité… Un très court, mais chouette premier roman. Avec Michel Vézina, on sait qu’on s’embarque dans toute une aventure à chaque lecture. Dans Pépins de réalités (Tête première), on grappille du côté de l’essai, du récit et de la poésie, en plus d’en apprendre sur le Buvard, ce camion-librairie inventé par Vézina, qui sillonne le Québec pour propager la « littérature trippante ».

À lire aussi :
Mektoub de Serge Lamothe (Alto)
La mort du pusher de Marie Gagnon (XYZ)
Prophète de hasard de Georges Desmeules (Lévesque éditeur)
L’astronome dur à cuire de Jonathan Ruel(Druide)
La mémoire du papier de Nicolas Tremblay (Lévesque éditeur)
25 cents et autres histoires à la pièce de Marie-Chantale Gariépy (Tête première)

 

Pour les nostalgiques
C’est le retour d’Arlette Cousture avec Chère Arlette (Libre Expression), un roman choral qui donne la parole aux personnages des Filles de Caleb. Ceux-ci écrivent à l’auteure et lui confient leurs opinions par rapport aux rôles que la romancière leur a donnés. Avec la prolifique et talentueuse Louise Tremblay-D’Essiambre, on plonge à l’époque de la bohème avec son roman titré provisoirement Montmartre au temps des lilas (Guy Saint-Jean Éditeur). Chez Hurtubise, les romans historiques ont toujours la cote. Si on attend plusieurs tome 2 de séries déjà amorcées, on apprend avec bonheur qu’un nouveau Jean-Pierre Charland sera du lot. La tentation d’Aldrée : sur les berges du Richelieu (t. 1) nous entraîne en 1905, avec Aldée, fille d’agriculteur qui part travailler chez un docteur, qui ne sera pas insensible à ses charmes. C’est également le retour de Michel Langlois, avec D’un siècle à l’autre. Il était une fois à Québec (t. 1) roman qui unit les voix d’un journaliste du Soleil et d’un sonneur de cloches à l’église. On découvre également chez cet éditeur une nouvelle auteure, Colette G. Bernard, qui se frotte au XIXe siècle avec Le retour du geai bleu : l’écho du fleuve (t. 1), l’histoire d’un travailleur qui, de son village natal aux États-Unis, puis jusqu’à Montmagny, nous fera revivre les misères, bonheurs et tragédies des familles de cette époque.

À lire aussi :
Un violon sous la mer de Myriam LeBouthillier (Druide)

 

Pour les lecteurs boulimiques
Les lecteurs boulimiques avalent les romans de 200 pages en une soirée. Il leur faut donc de gros pavés, dans lequel ils pourront se plonger longuement. Avec ses 560 pages, le nouveau roman de Mélissa Verreault, Les voies de la disparition (La Peuplade), ne les décevra pas. Difficile à résumer en raison de son ampleur, ce roman parle d’espoir, de fuite, mais aussi de politique et d’extinction, le tout à travers différentes géographies, cultures et époques. Bref, un arrêt obligé en cette rentrée 2016.

 

Pour les lecteurs jeunes et branchés
On s’étonne de découvrir le ton qu’utilise la chanteuse Stéphanie Boulay pour son premier roman, À l’abri des hommes et des choses, on s’étonne de découvrir cet univers cru, sale et presque glauque, rappelant Esprit d’hiver. Inaugurant la nouvelle collection La Shop dirigée par Stéphane Dompierre chez Québec Amérique, ce roman est l’histoire d’une jeune fille et de Titi, la femme – sa sœur, sa mère adoptive? on ne le sait pas – qui prends soin d’elle, en marge du monde, en cohabitation avec la nature. En grandissant, les liens avec le monde extérieur l’obligeront à changer, à vivre des émotions jusqu’alors inconnues. Émilie Fanning, scénariste de la populaire série télévisée Mon ex à moi, signe quant à elle, Mon chum à moi, l’antépisode de la série chez Libre Expression, levant ainsi le voile sur le passé de ses personnages – alors que le couple est toujours en amour –, répondant enfin à la question : pourquoi Amélie est-elle tant accrochée à son François? Dans Terminus (Sémaphore), Nathalie Lagacé nous invite à découvrir les dessous du métier de chauffeuse d’autobus, par le biais de sa propre expérience. On y découvre ainsi la faune pas toujours commode qui prend les transports en commun, à travers un kaléidoscope social étonnant. Si la narratrice est désenchantée de son travail, elle nous dévoile tout de même quelques moments plus tendres. Et finalement, dans Géolocaliser l’amour (Ta Mère), Simon Boulerice s’adonne à une autofiction poétique, qui met en scène des aventures d’un soir, douces-amères, amorcées grâce à Tinder ou Grindr. Tirés du blogue du même nom, les textes regroupé dans Une fille louche de l’ancienne libraire Sylvianne Blanchette sont à l'image d'un journal intime de la vingtaine, retraçant une décennie qui débute avec une difficile rupture. S’ensuivront des textes de réflexions, de colère, de tendresse et d’émerveillement, parfois drôles, mais souvent touchants, qui forment, au final, un portrait authentique d’une fille pas si louche que ça.

À lire aussi :
J’écris, tu aimes, ça chie de Diane Lavoie (Libre Expression)
La vie est brève de Chantale Gingras (L’instant même)

 

Pour les lecteurs féministes
Chez Triptyque, le recueil de nouvelles Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard marquera la rentrée. La gent féminine montréalaise s’y verra dépeinte, avec cette ambivalence entre désir de plaire et besoin d’authenticité. Il faut lire ce livre pour y découvrir le souffle de cette auteure, et pour avoir le sien coupé. Avec Emmanuelle Tremblay, on plonge dans l’univers familial de trois générations de femmes (des années 50 à 90), alors que Viviane, 29 ans, est au chevet de sa grand-mère. Des secrets se dévoileront, de petites violences seront remémorées, une époque entière – celle de la libération sexuelle – sera décortiquée. À lire dans Comme des sauvages (Leméac).

À lire aussi :
Dans le regard de Luce (t. 2) de Pauline Gill (VLB éditeur)
Déterrer les os de Fanie Demeule (Hamac)

 

Pour les amateurs d’éros
Marie-Christine Pinel
est sexologue depuis près de deux décennies et c’est par l’écriture de nouvelles (Fontaine de feu et autres mouillures, Leméac)qu’elle explore les liens complexes qui unissent ceux qui se désirent – ou pas –, le tout avec érotisme et beaucoup d’intelligence. En voilà enfin une qui ose mettre en scène des modèles tabous tels que des gens malades, âgés ou très ordinaires. Explorant également des contrées différentes, Marie-Jeanne Bérard nous entraîne dans un roman de « désir inachevé » avec Vous n’êtes probablement personne (Leméac), l’histoire d’une passion entre une femme et son professeur de peinture japonaise, quarante ans plus vieux qu’elle. D’une auteure qui a su maîtriser les nuances grises d’une relation complexe, cerner la dualité entre éros et thanatos. Pour son troisième roman, Laurette Laurin revient avec sa plume qui décrit le désir adultère comme rare l’ont fait les Québécois. Dans Se prendre au jeu (Québec Amérique), on rencontre un homme et une femme mariés, mais pas entre eux, qui se sont rencontrés sur les planches d’un théâtre, en amateurs, alors que leurs personnages s’épanchaient l’un pour l’autre. Et comme l’annonce le titre, parfois, la réalité dépasse la fiction…

À lire aussi : Le prix de la chose de Joseph Elfassi (Stanké)

 

Pour les lecteurs altruistes
L’écrivain public (Leméac) de Michel Duchesne est un roman de terrain, des chroniques des illettrés de l’est de Montréal, par un homme qui a œuvré auprès d’eux bénévolement, racontées avec respect et fierté, mais aussi avec colère et dénonciation à l’endroit de l’actuelle société. Jocelyn Lanouette revient avec Clochard (Stanké), l’histoire touchante d’un être marginalisé, un sans-abri qui a touché le fond, mais qui décide de participer à un concours d’écriture avec l’histoire touchante d’un homme et d’une femme qu’un conflit d’argent a séparés. Avec Les pierres bleues, Chantal Bissonnette nous entraîne notamment en Écosse et nous parle d’amitié, d'amour, de changement et de la vie, qui passe à la vitesse grand V. Pour chaque exemplaire de ce livre vendu, 1$ sera remis à la Fondation du cancer du sein du Québec. Un été à Provincetown de Caroline Vu (Pleine lune) nous entraîne quant à lui, telle une confidence, dans la vie d’une famille vietnamienne malmenée par la vie et ses aléas, qu’on découvre sur quatre générations.

À lire aussi :
Sarah et moi de Christian Tétreault (L’Homme)
Le testament de nos corps de Catherine‐Lune Grayson (Mémoire d’encrier)
Crachin d'Éloïse Simoncelli-Bourque (Fides)

 

Pour les lecteurs qui ont besoin de prendre le large
On compare son ton à celui d’Anne Hébert ou de Robert Lalonde : Micheline Morisset saura assurément ravir ceux qui ont besoin d’une grande bouffée d’air avec Ce visage où habiter (Druide), où un homme, en 1938, quitte sa morne vie du lac Témiscouata pour réapprendre à respirer, en Europe. Sara Lazzaroni, la jeune prodige des lettres québécoises, revient déjà avec un nouveau roman, Okanagan (Leméac), qui se déroule dans la vallée où le titre nous emporte. Collecte de fruits, recherche de soi, moment présent : si ce n’était pas embaumé d’une telle maturité, ce serait surfait. Mais comme c’est signé Lazzaroni, on en redemande. Prendre le large. Voilà ce dont a besoin l’héroïne de Dévissage (Iris Delagrange, XYZ), dont le père vient de mourir. Celle qui travaillait sans relâche a besoin de changer d’air et c’est celui de l’Everest qu’elle décidera d’aller respirer. Si l’ascension est en soi une aventure extraordinaire qui nécessite de plonger au plus creux de nos ressources, le voyage accompli intérieurement est également un défi à surmonter, qui ne se fait pas sans heurts.

À lire aussi :
Cartes postales et autre courrier d’Hugues Corriveau (L’instant même)

 

Pour les lecteurs fidèles
Heureux sont les lecteurs d’Aki Shimazaki, puisque cette auteure ne nous fait jamais attendre trop longtemps avant de nous offrir un nouvel ouvrage. Cette fois, on plonge dans Suisen (Leméac), qui continue le cycle entamé par Azami. On explore cette fois les failles de Gorô, toujours avec cette limpidité et cette distance nimbées de douceur qui fait de Shimazaki l’excellente auteure qu’elle est. De retour à la fiction, Jean-François Beauchemin flirte avec le récit d’anticipation en nous proposant Le projet éternité (Leméac), qui explore l’idée de la mort à travers une société qui arrive à déjouer la vieillesse et qui est pour ainsi dire immortelle. Si Ying Chen nous avait habitués à des récits de l’intime, elle nous transporte cette fois au cœur de la Chine révolutionnaire, qu’elle aborde d’un point de vue historique et politique dans son roman Blessures (Boréal). Avec Yves Beauchemin et Les empocheurs (Québec Amérique), voilà le retour d’un auteur qui maîtrise ses lettres, de façon classique et sans fioritures, et qui sait aborder ses sujets de front. Ici, on parle de corruption. De chasse. De collusion. Jérôme, en sabbatique, se fait arnaquer deux fois plutôt qu’une. Quelle leçon en tirera-t-il? Que si les uns le peuvent, lui aussi le peut. Et le voilà qui plonge parmi les « empocheurs », aveuglé par le pouvoir et l’argent, dans ce monde sale, en réplique à ce système qui l’a trahi.

À lire aussi : La visiteuse de Linda Amyot (Leméac)
Les fautifs de Denis Monette (Logiques)
Le dernier chant des premiers peuples de Jean Bédard (VLB éditeur)

 

Pour les lecteurs qui ont besoin de faire une mise au point
Le comédien Patrice Godin, qui a prouvé avec Territoires inconnus qu’un écrivain sommeillait en lui, revient avec Boxer la nuit, le roman d’un homme dont la femme vient de trépasser et qui, pour taire son chagrin, se réfugie dans le Maine. Là-bas, il rencontrera une femme accompagnée de ses deux enfants, également venue libérer son esprit et faire le point sur sa vie, pour ensuite réapprendre à aimer. Dans une langue sobre et ronde, Éléonore Létourneau raconte la vacuité d’existence qui anime deux couples dans la fin de la trentaine dans Les choses immuables (XYZ). Alors qu’un ACV qui accable sa mère réveille Louis, aux prises avec le syndrome de l’imposteur, on sent que les choses ne sont peut-être pas là où elles devraient être. On lit Christiane Lahaie pour la qualité de son écriture et l’on se réjouit d’apprendre qu’elle publie Parhélie ou Les corps terrestres (Lévesque éditeur) cet automne, l’histoire d’un postier à la retraite qui reprend du service et d’une ado vivant recluse chez sa tante. Un roman qui parle de la vie, de celle qu’on accepte lorsqu’elle ne nous en laisse plus le choix.   

À lire aussi : Sexe, pot et politique de Lucie Pagé (Libre Expression)

 

Pour les éternels ados
Des papillons pis du grand cinéma (Libre Expression) d’Alexandra Larochelle ravira les adultes (et leurs ados, bien sûr) qui aiment se plonger dans les tourments et la force des passions des premières amours. Cette suite à Des papillons pis de la gravité nous entraîne avec Frédégonde, qui décide finalement d’aller faire le point à Londres, toujours dans ces aventures originales et cette langue vive, jeune et maîtrisée. Avec Carole Massé (Le gouffre, XYZ), on plonge dans une autre époque, soit en 1951, à Baie-Saint-Paul, alors que la jeune Estelle, 14 ans, fait une rencontre qui la marquera : Gloria, ancienne danseuse de revue de Montréal. Un roman d’apprentissage coloré, qui fera revivre aux lecteurs une époque bien campée. 

À lire aussi : Le petit Abram de Philippe Simard (L’Interligne)

 

Pour les lecteurs indécis
Les collectifs sont toujours un moyen de découvrir plusieurs plumes différentes, en un court laps de temps. Comme un speed dating littéraire, disons! Populaire, ce genre aura des nouveaux parmi ses rangs, notamment Aimer, encore et toujours (Druide) sous la direction de Claire Bergeron. La ligne directrice autour de laquelle quatorze auteurs se sont prêtés au jeu? Les méandres de l’amour. À La mèche, Pierre-Luc Landry dirige Couronne Sud, dont le titre fait référence à ces banlieues de Montréal (Couronne Nord est prévu pour 2017), avec des textes d’une trentaine de pages chacun permettant de bien explorer les méandres non pas de l’amour cette fois, mais du territoire. Sous la direction de Michel Jean, Amun (Stanké) s’annonce comme le recueil qui fera fureur à l’automne, avec des nouvelles actuelles signées par des auteurs de tous âges et tous horizons, mais qui ont en commun leurs racines autochtones : Joséphine Bacon, Natasha Kanapé Fontaine, Naomi Fontaine, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Louis-Karl Picard-Sioui, etc.

À lire aussi :
Comme chiens et chats d'un collectif dirigé par Florence Meney (Stanké)
Des nouvelles nouvelles de Ta Mère d'un collectif (Ta Mère)

 

Pour les lecteurs philosophes
Écrit par un docteur en biologie végétale, Alain Olivier, L’héritier de Darwin (Lévesque éditeur)mélange audacieusement sciences, voyages et destin personnel : un chercheur en biologie moléculaire part sur les traces de Darwin, en Patagonie, mais la découverte qu’il fera bouleversera sa vision des choses et le plongera dans une quête philosophique inattendue. Avec Simon Roy (Ma vie Rouge Kubrick), on s’intéresse au mensonge dans Owen Hopkins, Esquire (Boréal), l’histoire d’un mythomane mourant, lié à son fils – que la haine et le regret rongent – par une promesse. Comment envisager la vérité lorsqu’on la partage avec des gens pour qui elle ne vaut rien?

À lire aussi : Moments de parcs d’André Carpentier (Boréal).

 

Pour les lecteurs voyageurs
Avec L’étranger dans la montagne (L’instant même) de Roland Bourneuf, on plonge à travers des récits, souvent de voyages, d’aspects initiatiques, qui parcourent les thématiques de l’errance, de l’altérité et du temps qui passe. Avec Rodney St-Éloi, éditeur de Mémoire d’encrier, on plonge dans Passion Haïti (Hamac) et l’on note que celui qui est en exil au Québec continue de poser un regard sur son Haïti natale avec une chaleur qui émeut. Si sa plume rejoint notre cœur, ses paroles poussent à la réflexion. Et avec Lionel Noël, on plonge dans le parcours culinaire – et initiatique – d’un maître, à travers la Belgique et le Québec, à travers le XIXe siècle et les années 60. Dans ce L’ordre du Méchoui (Tête première), il est aussi question d’une énigmatique confrérie des broches… Louis L’allier nous transporte quant à lui dans Nikolaos, le copiste (David), de la chute de l’Empire byzantin à la découverte du Nouveau Monde, grâce à l’épopée d’un homme qui doit transporter un précieux manuscrit, lequel changera le cours de l’histoire. Assurément, un voyage à travers le temps et les paysages à ne pas manquer.

À lire aussi : Un pharaon errant (titre provisoire) de Dominique Millette (Prise de parole)

 

Pour les lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux
Quand on lit, c’est parfois pour se faire frissonner, être déstabilisé. Ainsi, chez Héliotrope, on entre dans l’univers étrange et unique de David Clerson qui, après Frères, propose En rampant, une histoire où le lien qui unit deux amis ayant vécu un drame dans leur jeunesse se fait de plus en plus lourd et angoissant, voire sinistre. Avec Antoine Brea, on s’immisce dans un court thriller juridique noir, porté par une écriture tout en puissance dans Récit d’un avocat (Le Quartanier). L’auteur, qui use ici d’un pseudonyme, est avocat dans la vie et il revient sur une histoire dans laquelle, malgré lui, il a dû replonger : deux immigrants kurdes qui ont sauvagement tué, violé et brûlé, en 1994, une aide-soignante dans le Jura.

À lire aussi : Garde-fous de Martyne Rondeau (Triptyque)
L’ombre de Chacal de Gracia Couturier (David)

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