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Pierre Leroux : Cher éditeur

Pierre Leroux : Cher éditeur

Par Hélène Simard, Les libraires, publié le 02/11/2004
Québécois habitant dans la vallée de la Loire, Pierre Leroux signe un premier roman épistolaire dans lequel il se penche sur le lien unissant un auteur et son éditeur. Cher éditeur raconte comment des écrivains, espérant voir leur talent reconnu, harcèlent un éditeur en signant des lettres anonymes : « Toute relation entre un auteur et un éditeur passe par le chemin de l’encre et du papier. Qui plus est, Cher éditeur est un roman sur le rêve. Ces auteurs qui s’adressent à cet éditeur dans l’espoir d’être publiés sont démunis devant la porte du temple dans lequel ils espèrent pénétrer. Ce ne sont pas des gens habiles qui feraient intervenir une relation pour se faire présenter ou introduire leurs manuscrits dans la maison d’édition qu’ils vénèrent. Il leur reste donc le mode de la correspondance », explique Leroux.
Certes fantaisiste et bourré d’humour, Cher éditeur n’en recèle pas moins sa part d’ombre car l’un des personnages, n’ayant jamais vu son manuscrit accepté, se taillade les veines à l’aide d’un coupe-papier :
« Instrument un peu délaissé depuis que les pages des livres nous parviennent, comme le pain de mie, prétranchées, le coupe-papier faisait jadis office de “ sésame ouvre-toi ” préalable à toute lecture. (…) Seuls quelques éditeurs perpétuent la tradition de publier ces magnifiques ouvrages aux pages non massicotées. (…) Quand on voudra publier la correspondance entre Beigbeder et Houellebecq dans cinquante ans, on sera bien embêtés. Voilà pourquoi il est urgent que leurs téléphones soient mis sur table d’écoute ! Évidemment, de par sa forme et sa lame tranchante, le coupe-papier demeure une arme redoutable. Entre les mains d’un écrivain, il peut remplir les fonctions d’une dague. Son usage pourra alors servir de multiples usages, des plus anodins aux plus terrifiants. On peut tailler ses crayons avec un bon coupe-papier. Celui-ci peut également devenir l’instrument d’un crime de sang. [De plus], si le coupe-papier afghan revient régulièrement comme un fil rouge, c’est aussi qu’il fait encore partie de la panoplie traditionnelle des écrivains. Comme la faucille et le marteau pour le communisme, la plume et le coupe-papier pourraient être les ornements héraldiques du blason de l’écrivain. » Le roman de Pierre Leroux se lit d’une traite et soulève cette question : comment devient-on un vrai auteur quand tous les hommes peuvent être écrivains ? : « Être publié a souvent des allures de consécration ultime. La part du leurre est immense ! Faut-il pour autant plaindre ceux qui sont atteints de cette douce et violente fièvre ? Quant aux éditeurs, il me revient un mot d’Henri Jeanson, qui disait qu’il avait souvent croisé des producteurs ruinés, mais jamais un seul producteur pauvre. L’analogie pourrait être étendue aux éditeurs... Partant, leur sort paraît un peu moins misérable. Et puis, l’éditeur édite... L’auteur dont les manuscrits sont constamment refusés possèdera-t-il la force intérieure qui lui permettra de continuer à écrire ? » Pour le savoir, il faut lire Cher éditeur, dont la finale nous plonge en pleine tragédie familiale. Pierre Leroux commente : « Dans Cher éditeur, une petite fille dont le papa écrivain a mis fin à ses jours rêve d’un pays où aucun homme ne pourrait penser qu’un livre puisse valoir une vie. Broyé par le refus de tous les éditeurs de la place, John Kennedy Toole s’est suicidé dans les années 70. Peu après, sa mère éplorée parvenait à faire publier son livre, La Conjuration des imbéciles, qui remporta le plus grand prix littéraire américain remis pour la première fois de manière posthume… Ainsi que le disait Giacometti, “ Dans un incendie, entre un chat et un Rembrandt, je sauve le chat. ” Entre l’art et la vie, nous sommes nombreux encore à hésiter… ».
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