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Littérature québécoise

Le libraire - Numéro 78
Nos nouvelles plumes: Littérature québécoise

Nos nouvelles plumes: Littérature québécoise

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 06/09/2013

C’est grisés de plaisir que nous avons dévoré ces premiers ouvrages et nous vous souhaitons, chers lecteurs, de vivre à votre tour cette sensation enivrante que procure une découverte inattendue. Cet automne, laissez-vous chatouiller par de nouvelles plumes!

François Désaulniers
L’Aiguilleur (Druide)

François Désaulniers, c’est l’univers d’un rêveur, l’analyse d’un contemplatif et l’humour d’un fabulateur. Un riche et original mélange, il faut en convenir, qu’il met à profit en nous entraînant dans la profondeur des détails du quotidien, alors que nous déambulons avec le narrateur sur les sentiers d’une vie somme toute banale, mais réellement attachante. À vrai dire, l’auteur, un trentenaire de Trois-Rivières, fait de L’Aiguilleur un hymne à la flânerie, à la vie qui se déroule sous nos yeux, que nous la regardions ou non. Pour son premier roman adulte, Désaulniers décide de jouer d’audace, et ça fonctionne.

 

David Clerson
Frères (Héliotrope)

Soyons francs : Frères est un roman qui dérange, en raison de sa force, de son propos. Il a un petit quelque chose de Dogville, mais aussi du Grand cahier et d’Oss. C’est que l’auteur, un Sherbrookois d’origine œuvrant actuellement dans le milieu de l’édition, a un don particulier pour amalgamer réalités et chimères. Et il le prouve habilement avec l’histoire de ces deux frères, dont le cadet serait né du bras de l’aîné, volontairement coupé par leur mère puisque, à ses dires, le monde est trop mauvais pour être affronté seul. Trois parties, trois aventures, une quête : comprendre l’origine de la douleur d’être. Un premier roman tout aussi astucieux que téméraire.

 

Maude Déry
Sur le fil (Triptyque)

En quelques lignes à peine, Maude Déry happe son lecteur, le transperce avec l’univers propre à chacune de ses quinze nouvelles et le garde captif entre ses griffes, jusqu’à ce que la finale le libère de l’emprise des mots. Elle dépeint des personnages aussi forts que blessés, qui ont décidé de se reconstruire, ou, au contraire, qui préfèrent tout réduire en cendre. C’est sur le fil de la vie, des sentiments et des choix que marchent ceux — mais surtout celles — qui ont en commun la cruelle connaissance de la perte. Avec son écriture habile, la jeune auteure native du Nouveau-Brunswick prouve que la sensualité d’un texte s’inscrit autant dans le propos que dans la forme.

 

Jonathan Gaudet
La dérive des jours (Hurtubise)

Jonathan Gaudet vit aujourd’hui à Prague, où il a posé ses valises après avoir sillonné le Brésil, la Louisiane et autres contrées lointaines, guitare à la main. Aujourd’hui, le bluesman met sa plume au service d’un premier roman, duquel résonnent les échos d’une musique languissante et envoûtante. Un couple de fermiers et leurs deux enfants se retrouvent coincés dans un arbre, surpris par une inondation aussi soudaine qu’improbable. Isolée, déstabilisée, la famille devra apprendre à s’adapter. Sous le soleil cuisant d’un été interminable, les mots du conteur glissent, précis et méthodiques, peu pressés d’en finir, savourant chaque instant. La dérive sera longue.

 

Claudine Dumont
Anabiose (XYZ)

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Claudine Dumont sort le lecteur de sa zone de confort, pour mieux le surprendre. Dès les premières pages, la narration saccadée empêche les pantouflards de prendre leurs aises et, très vite, le récit en apparence banal prend un virage à 90 degrés. La jeune protagoniste se retrouve enfermée dans une cellule blanche et vide. Qui la tient captive? Pourquoi? Tout cela n’a pas de sens et, pourtant, les sens justement sont au cœur de cette histoire tissée serrée, au rythme à la fois lent et enlevant. L’auteure jongle à merveille avec les codes de la nouvelle, pour finalement faire éclore un roman des plus attachants.

 

Marie-Anne Legault
Le Museum (Québec Amérique)

L’univers de Marie-Anne Legault emprunte un petit quelque chose à celui de Lewis Carroll. Dans ce récit où le « je » a disparu, un Grand Brouillard recouvre la ville. Arrivé à l’improviste, le voile opaque a plongé le monde dans une grande dépression. Dans les dédales de cette cité embrumée, une jeune femme croise un étrange mendiant qui lui somme de prendre la route de l’Orient et de trouver le Museum avant qu’il ne soit trop tard. Commence alors une aventure sans queue ni tête, où se succèdent des personnages aussi attachants qu’incongrus. Avec une maîtrise surprenante, l’auteure emboîte les pièces d’un casse-tête complexe qui, une fois terminé, ne peut que nous faire crier : bravo!

 

Simon Lanctôt
Tout foutre en l’air. Carnet d’un jeune prof (Hamac)

D’emblée, le titre annonce le propos : le narrateur, professeur de soir au cégep, a envie de délaisser cet emploi sans conditions, de crier à quel point le partage du savoir ainsi que l’envisagent les institutions scolaires est à des années-lumières des ses valeurs. Mais une forte passion l’anime, celle de créer des ponts entre les connaissances et les étudiants. Le lecteur a donc droit à un hybride entre journal de bord et récit introspectif, une critique posée et bien étayée de la réalité actuelle d’un jeune prof. Original, bourré de franchise et sans prétention, cet ouvrage, principalement dédié à un public intéressé par le système d’éducation actuel, ouvre la fenêtre sur l’univers de ceux et celles qui, en définitive, portent l’éducation sur leurs épaules.

 

Diane Lavoie
Tremblement de mère (Flammarion Québec)

On dit qu’il faut s’armer de patience lorsqu’on décide d’adopter un enfant à l’étranger, car le processus peut durer plusieurs années. Diane Lavoie aura eu à peine plus de neuf mois pour se préparer à la venue de sa fille. Dans ce récit autobiographique, cette conceptrice de costumes à Radio-Canada raconte comment elle est devenue mère de manière précipitée, après le violent séisme qui a secoué Haïti en janvier 2010. Sans maquiller la réalité, elle livre d’un seul souffle son histoire, teintée de panique, d’impuissance, de désespoir, mais également d’une irrésistible envie de vivre, partagée par la mère et l’enfant.

 

Louis Carmain
Guano (L’Hexagone)

1862. Quatre navires espagnols appareillent pour l’Amérique du Sud pour mener à bien une expédition scientifique. Or, le voyage prend une nouvelle tournure : rapidement les contours de la guerre hispano-sud-américaine se dessinent sous la plume rieuse et imagée de Louis Carmain. Ainsi, le récit qui aurait pu être un roman historique triste et froid se révèle une histoire d’amour vivante et colorée. C’est donc avec une habile maîtrise du langage que l’auteur, finaliste au prix Robert-Cliche en 2012, nous entraîne dans un voyage captivant où la guerre et l’amour naissent de si peu de choses.

 

Maude Pichereau
Dans l’idéal je suis perdue (Vents d’Ouest)

À 14 ans, Iriook étouffe, oppressée par un mal de vivre qui ne finit plus. Elle crache son venin à la face du monde, mais rien ne semble l’apaiser. « L’adolescence, c’est difficile », tente de la rassurer sa mère, mais ces paroles demeurent insignifiantes pour la jeune fille. Sans dentelles ni détours, Maude Pichereau couvre d’un épais voile de laideur le monde qui nous entoure et nous plonge dans cet univers fait de déceptions et de solitude. Iriook parviendra-t-elle à trouver la lumière? Si oui, le fera-t-elle de la « bonne » manière? Cette confrérie de la Vérité est attirante…

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